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Au Caire, le campement des irréductibles pro-Morsi compte résister jusqu'au bout

28/07/2013 03:54 EDT | Actualisé 27/09/2013 05:12 EDT

Ils bivouaquent tout près du palais présidentiel au Caire, mais n'ont jamais paru aussi loin du pouvoir. Retranchés dans leur camp de toile, des milliers de fidèles irréductibles du président islamiste professent pourtant une foi inébranlable en son retour.

"Ensemble pour soutenir la légitimité", proclame une banderole géante à l'entrée de ce village de tentes, illustrée du visage de Mohamed Morsi, invisible depuis sa destitution et sa mise au secret par l'armée le 3 juillet.

Un triple cordon de sécurité contrôle l'accès au campement, autour de la mosquée Rabaa al-Adawiya, à Nasr City, un faubourg du nord-est du Caire, où des milliers de personnes, dont de nombreuses femmes, maintiennent une présence permanente.

Leur dernière sortie samedi a tourné au carnage: 72 morts dans des affrontements avec la police et des groupes de civils, des riverains excédés selon le ministère de l'Intérieur, des nervis selon les islamistes.

"Nous sommes prêts à mourir", assure Khaled Khalil, un professeur de sociologie barbu et souriant, qui se sert d'un portrait cartonné de Mohamed Morsi pour s'abriter du soleil, indifférent au déséquilibre des forces entre les zélateurs du président déchu et l'armée, commandée par le général Abdel Fattah al-Sissi.

"Le 25 janvier 2011, le président Hosni Moubarak était fort, mais il est tombé de manière pacifique", rappelle-t-il, citant la date du début de la révolte contre l'ancien raïs, "si Dieu le veut, Sissi tombera lui aussi de manière pacifique".

Derrière lui passe un petit groupe d'hommes avec une brouette remplie de sable pour renforcer les défenses de fortune dressées autour du camp, que le nouveau pouvoir a promis de démanteler "très prochainement", de force si nécessaire.

Un conseiller du président par intérim Adly Mansour, Moustapha Hegazy, a affirmé dimanche que les autorités transitoires s'efforçaient "d'épargner le sang et sauver la face" des manifestants de Rabaa al-Adawiya, qualifiant le campement de "source de terrorisme".

Face à ces accusations, les partisans de M. Morsi protestent de leur pacifisme, à l'image de Dhahi Abdallah, 52 ans, un tapis de prière sous le bras, avec lequel il appuie son propos.

"Nos seules armes sont le tapis de prière et le Coran. L'autre camp a les balles et les gaz", remarque Dhahi Abdallah, originaire du delta du Nil, dans le nord du pays.

Tout autour, entre les portraits omniprésents de Mohamed Morsi, s'affiche le martyrologe tout frais des Frères musulmans, le mouvement du chef de l'Etat déposé.

Une banderole percée de trous pour figurer les impacts de balles énumère les noms des derniers "martyrs", classés par zone géographique, accompagnés de photos de cadavres ensanglantés.

"Celui qui a le droit et la légitimité de son côté ne craint personne", déclame Ali Chafiq, un militant des Frères musulmans. "Ou bien nous vivrons dans la dignité sur notre terre et dans notre pays, ou bien nous mourrons dans l'honneur!".

"Nous faisons face aux balles, aux chars et aux blindés de manière pacifique", s'enflamme le jeune homme glabre, venu de la même province que Mohamed Morsi.

Les forces de sécurité ont déployé d'importants effectifs aux alentours, y compris des véhicules blindés. Les partisans du président renversé ont dressé des barrages de briques sur les routes avoisinantes pour briser un éventuel assaut.

L'armée a ouvert dimanche un numéro vert disponible 24 heures sur 24 et une adresse électronique dédiés aux riverains de Rabaa al-Adawiya, ainsi que d'un autre rassemblement pro-Morsi, devant l'Université du Caire, près du centre.

Nul n'a même osé toucher une pancarte du temps du régime militaire transitoire post-Moubarak, sur laquelle un soldat, l'air attendri, tient dans ses bras un bébé joufflu, frappée du slogan "l'armée et le peuple, main dans la main".

sst/cr/feb

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