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Lac-Mégantic: une cérémonie qui restera gravée dans les mémoires

27/07/2013 04:20 EDT | Actualisé 25/09/2013 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - Le temps s'est figé l'espace d'un avant-midi à Lac-Mégantic. Trois semaines après la tragédie ferroviaire qui a bouleversé la vie de la petite communauté, quelques milliers de personnes se sont rassemblées, samedi, pour pleurer ensemble ces 47 vies fauchées par le «train fantôme».

Tandis que les familles et les proches des victimes étaient massés en l'église Sainte-Agnès, à l'abri des médias, plusieurs centaines d'autres personnes — amis, simples citoyens ou curieux — ont suivi la cérémonie sur les deux écrans géants installés au milieu de la rue Laval.

«Ça fait du bien d'être ici parce qu'il y a des gens qu'on n'avait pas revus depuis la catastrophe. Il y a toute une chaleur humaine qui est ici, mais en même temps, il y a toute une solitude en-dedans, dans chacun de nous», a confié Manon Bouchard, dont la maison est située dans la «zone rouge», toujours inaccessible.

Les dignitaires, pour qui une cinquantaine de sièges avaient été réservés, ont eu droit à un accueil chaleureux. La mairesse Colette Roy-Laroche, la première ministre Pauline Marois, le premier ministre Stephen Harper — entre autres —, sont arrivés sous les applaudissements et les sifflements spontanés de la foule.

Le volume a monté d'un cran lorsque les pompiers ayant combattu le violent incendie ont gravi les marches menant au parvis de la petite église, où avaient été déposés des pots de fleurs pour l'occasion. Certains de leurs collègues des municipalités avoisinantes étaient sur place pour leur rendre hommage.

«Nous faisons partie d'une grande fraternité, alors lorsque nos collègues traversent une période difficile, nous répondons présent. Et nous voulons aussi montrer aux gens de Lac-Mégantic que s'ils ont besoin d'aide, nous serons là», a dit Peter Clark, le directeur du Service des incendies de Clarenceville-Noyan.

La messe a débuté vers 11 h. Avec un trémolo dans la voix, Pierrette Turgeon Blanchet, une ancienne enseignante, a donné le coup d'envoi en lisant les noms de chacune des personnes tuées à la suite du déraillement ferroviaire survenu dans la nuit du 6 juillet.

L'énumération a fait couler de nombreuses larmes sur les visages des centaines de personnes qui suivaient la cérémonie sous le chaud soleil de juillet au beau milieu de la rue Laval, fermée à la circulation pour l'occasion.

L'artère était bondée de monde — si bien qu'au moment de la communion, les ciboires se sont vidés de leurs hosties plus rapidement que prévu. Une deuxième tournée a été nécessaire.

Il faut dire qu'ils étaient nombreux à vouloir partager ce moment de recueillement.

Vers 9 heures, environ une douzaine de personnes faisaient déjà la file, rue Laval, pour se procurer l'un des 175 billets pour avoir accès à l'intérieur de l'église. Sur le coup de dix heures, ils avaient tous été distribués, et quelques personnes ont été refoulées à l'extérieur.

«Je viens tout le temps ici, il me semble que ça ne prend pas de billet pour rentrer à l'église», s'est désolé Aimé Rodrigue.

Célébrer la vie et la résilience

Même si l'église Sainte-Agnès est située à un jet de pierre du centre-ville, dont la vue n'inspire que tristesse et désolation, c'étaient la vie et la résilience que le curé de la paroisse, Steve Lemay, voulait célébrer dans l'homélie qu'il a prononcée devant ses ouailles.

Lors de son allocution, l'abbé Lemay a souligné l'importance de l'implication de la communauté, affirmant que «tous ensemble, (elle pourra) faire triompher la vie», et assimilant le courage et la détermination à une sorte de «résurrection».

Pour Jean-Marie Déhaye, qui était venu de Québec pour assister à l'événement, l'attitude du curé est à l'image de celle de ses paroissiens.

«On ressentait énormément de solidarité et de calme. Les gens ici sont extraordinaires, ils me sidèrent. On les sent paisibles et puissants à l'intérieur. Je suis persuadé qu'ils vont rebondir», a-t-il lancé.

La cérémonie, chargée d'émotion, en a chamboulé plusieurs. La première ministre Pauline Marois, entre autres, a eu beaucoup de difficulté à contenir ses larmes lorsqu'elle s'est adressée aux médias à l'issue de la messe.

«Je crois que je peux parler au nom de tous les Québécois pour indiquer aux gens ayant perdu des proches que nous vous souhaitons de la sérénité et du courage. Nous vous aimons», a-t-elle déclaré avant d'entourer la mairesse de Lac-Mégantic de son bras.

De son côté, Stephen Harper a de nouveau exprimé sa solidarité et celle du peuple canadien envers la population méganticoise, après une série de journées «très fortes en émotions», alors que le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a suggéré qu'il était «extrêmement important que les gens de Lac-Mégantic sachent qu'ils ne sont pas seuls».

Un peu plus tôt, on avait aperçu au milieu de la foule deux de leurs rivaux politiques, le leader bloquiste Daniel Paillé et le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau.

«Il n'y avait plus de place pour les dignitaires dans l'église, mais ça ne me dérange pas, parce que je suis venu pour être avec les gens de Mégantic, être avec eux en train de me souvenir et de célébrer la vie», a fait valoir le député de Papineau.

Comme l'avait signalé l'abbé Lemay jeudi dernier, la messe de samedi représentait pour les Méganticois un «premier temps d'arrêt» depuis le drame.

Toutefois, pour bon nombre de citoyens, il s'agit plutôt d'une simple pause aux allures plutôt éphémère.

Car il sera bientôt temps, pour toutes ces familles éprouvées, de commencer à songer à l'organisation des funérailles de leurs êtres chers.

«Ce qui est dur, c'est de savoir qu'on va être obligés de revivre ça, mais encore plus durement», a murmuré Raymond Lafontaine, qui a perdu un fils, deux belles-filles et l'une de ses employées.

«Mais c'était une belle cérémonie. Et je pense qu'on a fait un grand pas en avant», a-t-il conclu dans un soupir.

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