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Messe à Lac-Mégantic: comment trouver les mots pour apaiser la souffrance?

26/07/2013 10:35 EDT | Actualisé 25/09/2013 05:12 EDT
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LAC-MEGANTIC, CANADA - JULY 13: Local residents during a candle-lit vigil, at the Presbytres-Eglises Catholiques, in July 13, 2013 in Lac-Megantic, Quebec, Canada. A train derailed and exploded into a massive fire that flattened dozens of buildings in the town's historic district, leaving 60 people dead or missing in the early morning hours of July 6. (Photo by Ian Willms/Getty Images)

LAC-MÉGANTIC, Qc - Maurice Couture se souvient avoir «été plongé dans une mer de douleur» dans les jours précédant les funérailles civiques qu'il a célébrées dans la petite église de Saint-Bernard, en Beauce, pour les victimes de la tragédie des Éboulements.

L'ancien archevêque de Québec se rappelle la peine «presque physique» des familles et des proches de ces 44 personnes qui ont péri après que l'autocar à bord duquel elles prenaient place eut terminé sa course dans un ravin au bas de la Grande Côte des Éboulements, dans la région de Charlevoix, en 1997.

Il est donc bien placé pour savoir ce qui attend l'archevêque de Sherbrooke, Luc Cyr, à qui a été confié le mandat de célébrer la cérémonie de commémoration pour les dizaines de victimes du déraillement de train survenu à Lac-Mégantic.

«Il y avait une tonalité dans l'église, une espèce de silence lourd qui accompagnait les gens à ce moment-là. C'est difficile à soutenir», se remémore le Beauceron d'origine.

«Je lui souhaite (à Mgr Cyr) d'être capable de vivre ça sans crouler. C'est tellement lourd. Et par ailleurs, je lui souhaite de trouver les mots que l'Esprit Saint va lui inspirer», souffle-t-il à l'autre bout du fil.

Le principal intéressé est conscient de l'ampleur du drame qui s'est joué dans la municipalité de 6000 âmes. Il s'y est rendu quelques heures après la catastrophe du 6 juillet, puis à quelques reprises depuis. Et ce qu'il a vu l'a secoué.

«C'est une souffrance terrible, et c'est aussi la souffrance d'un deuil qui va être difficile parce qu'on ne voit pas les victimes», résume Mgr Cyr en entrevue téléphonique.

Le fait de se rassembler en l'église Sainte-Agnès samedi matin permettra aux familles des 47 victimes, aux citoyens de Lac-Mégantic et à la communauté élargie de prendre «un premier temps d'arrêt» pour se recueillir et communier, a néanmoins fait valoir jeudi le curé de la paroisse, Steve Lemay.

La catastrophe qui s'est produite dans la petite municipalité estrienne dans la nuit du 6 juillet rappelle celle survenue aux Éboulements, mais aussi le glissement de terrain meurtrier de Saint-Jean-Vianney (1971, 31 morts) ou encore le funeste incendie de Chapais (1980, 48 victimes).

Les Chapaisiens ont mis des années à panser leurs plaies. Et aujourd'hui encore, pour certains, la blessure est toujours vive.

«C'est dur de se remettre de ça. Moi, je connaissais presque tout le monde. Même si ça fait 33 ans, on y pense encore», murmure Jean-Roch Poirier, qui a perdu sa femme dans l'incendie déclenché par un plaisantin pendant le réveillon du Nouvel An de 1980.

Grièvement brûlé, M. Poirier n'avait pu assister à la cérémonie qui avait été célébrée dans la petite ville située près de Chibougamau, dans le nord du Québec. Il est resté cloué sur un lit d'hôpital pendant environ quatre mois

«Je pense que ça m'aurait donné un bon coup de pouce. Mais heureusement, j'avais des gens qui prenaient soin de moi et qui me donnaient tout ce dont j'avais besoin comme affection», suggère-t-il, ajoutant qu'il a éprouvé pendant des années de la colère à l'endroit du jeune homme à l'origine du brasier, Florent Cantin.

Mgr Cyr est conscient que plusieurs proches des victimes de Lac-Mégantic sont toujours furieux contre celui qu'ils considèrent comme le principal responsable du déraillement — Edward Burkhardt, grand patron de la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA).

Il soutient d'ailleurs avoir choisi des prières qui expriment «la douleur» pour respecter et reconnaître celle qui habite encore plusieurs endeuillés.

«C'est une messe commémorative tout à fait particulière d'abord centrée sur la place accordée aux familles qui vont se retrouver toutes ensemble une première fois», lâche-t-il.

«On n'est pas là pour donner une réponse toute faite. On est là pour accueillir les gens avec une accolade. Des réponses toutes faites, il n'en existe pas.»

Et selon l'ex-archevêque Couture, il faut éviter de livrer un message qui risquerait d'être «artificiel» ou trop «évangélique» que tous ne sont pas prêts à recevoir.

«Idéalement, il faut éviter des propos trop spiritualisants. C'est facile, sous prétexte de vouloir consoler, d'en arriver avec des propos spiritualisants qui ne tiennent pas compte de la révolte intérieure de certaines personnes», fait-il valoir.

À titre de curé de la paroisse Sainte-Agnès, cette révolte intérieure, l'abbé Lemay la comprend. Et il y a fort à parier qu'il l'abordera, à sa manière, dans l'homélie qu'il offrira à ses ouailles.

«Il est conscient que ce ne sera pas facile. Il est vulnérable, il est secoué, c'est bien sûr», expose l'abbé Marc-André Lachance, l'ancien curé de la paroisse Saint-Bernard qui avait célébré en 1997 les funérailles civiques des victimes de la tragédie routière des Éboulements aux côtés de Maurice Couture.

Mais il arrivera sans doute à trouver les mots justes pour soulager les proches et les familles des victimes, qui seront environ 700 à assister à la cérémonie de samedi matin à Lac-Mégantic, estime l'abbé Lachance.

La messe débutera à 11 heures. Elle sera diffusée en direct sur deux écrans géants qui seront installés à l'extérieur du lieu de culte.

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