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Mali : les 12 travaux du prochain président

26/07/2013 02:25 EDT | Actualisé 24/09/2013 05:12 EDT

Le Mali vote dimanche pour élire un nouveau président, tourner la page tumultueuse de l'année écoulée et peut-être aussi renouer avec la stabilité démocratique qui faisait autrefois sa réputation en Afrique de l'Ouest.

Cette réputation a volé en éclats avec le coup d'État militaire de mars 2012, puis l'occupation de la moitié nord du pays par des rebelles touaregs et islamistes, jusqu'à l'intervention de l'armée française dans le cadre de l'opération Serval en janvier dernier.

La France a particulièrement poussé en faveur de la tenue rapide de cette élection, espérant réduire d'ici la fin de l'année son contingent de plus de 3000 hommes sur place.

Mais ceux qui aspirent à un renouvellement majeur de la politique malienne grâce aux 27 candidats en lice risquent la déception. Comme le dit Ben Essayouti, enseignant et militant des droits de l'homme à Tombouctou, « ces personnes appartiennent toutes au système depuis vingt ans ».

L'opération Serval a stoppé net la progression de centaines d'islamistes radicaux affiliés à Al Qaïda vers le Sud et Bamako, et l'armée française et les forces africaines - opérant depuis juillet sous mandat de l'ONU - ont permis au pays de retrouver une certaine sérénité.

Le prochain chef de l'État devra cependant négocier avec les séparatistes touaregs présents dans le nord, organiser des élections législatives et superviser la répartition de plus de 3 milliards d'euros (4 milliards de dollars) d'aide à la reconstruction promis par les donateurs à l'issue de la présidentielle.

« Le président aura cinq ans pour réconcilier les Maliens, réformer l'armée et remettre l'économie sur les rails », résume Djibril Koné, un homme d'affaires de Bamako. « C'est une tâche énorme donc il vaut mieux être réaliste. Il n'y aura pas de baguette magique. »

27 candidats

Beaucoup de Maliens aimeraient effacer le souvenir du gouvernement par intérim installé après le putsch du 22 mars 2012 qui a détruit l'image démocratique rattachée au Mali depuis la chute de Moussa Traoré et l'avènement du pluralisme en 1991.

Jusqu'à l'an dernier, les élections et les gouvernements s'étaient succédé sans heurts. Cette façade cachait cependant, soulignent diplomates et bon nombre de Maliens, une mauvaise gestion gouvernementale, une corruption généralisée et des tensions ethniques toujours fortes entre les populations noires du sud et les Arabes et Touaregs au nord.

Vingt-sept candidats briguent la présidence, mais seuls quatre semblent capables de tirer leur épingle du jeu.

Les deux favoris sont Ibrahim Boubacar Keita, premier ministre pendant une bonne partie des années 1990, et Soumaila Cissé, ancien ministre des Finances.

Modibo Sidibé, ancien premier ministre lui aussi, et Dramane Dembélé, candidat de l'Adema, le premier parti du pays, devraient eux aussi engranger un nombre important de voix.

À moins qu'un candidat réunisse plus de 50 % des voix dès le premier tour, ce qui paraît peu probable, un second tour sera organisé le 11 août.

Des barrières antiattentats installées devant les ambassades et hôtels de Bamako reflètent la crainte d'attaques de la part des extrémistes musulmans, mais la MINUSMA, la force de l'ONU qui comptera au total 12 600 militaires et policiers, épaulée par l'armée française, a jusqu'ici empêché les djihadistes de se regrouper et de contre-attaquer.

Quelle participation?

La plupart des candidats ont ainsi pu faire campagne à travers le pays, deux fois grand comme la France.

Seule une poignée d'entre eux ont fait le voyage jusqu'à Kidal, bastion des séparatistes touaregs du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) à l'extrême nord, où les 30 000 électeurs inscrits - sur 6,8 millions au total - pourront voter grâce à un fragile accord de cessez-le-feu conclu il y a quelques semaines entre Bamako et le MNLA.

À Tombouctou, où il y a encore moins d'électricité chaque jour que lorsque les islamistes tenaient la ville, et où des poches de rebelles sont toujours signalées dans le désert environnant, les habitants se sont rendus massivement à des rassemblements politiques avec musiciens et danseurs.

À Bamako, les lampadaires, les ponts ont été placardés d'affiches électorales promettant une armée forte, des milliers de nouveaux emplois ou la sécurité alimentaire.

De nombreux candidats font aussi campagne sur les réseaux sociaux, même si l'impact sera probablement limité étant donné le faible taux d'alphabétisation des adultes (30 %) et le très faible accès de la population à Internet (3 %).

Un jeune candidat, Moussa Mara, 38 ans, comptable devenu maire d'une des communes de Bamako, a décidé de faire campagne en espérant que la crise de 2012 forcerait la population à changer ses habitudes. Il a sans doute pris rendez-vous pour l'avenir, mais se veut réaliste. « Les gens veulent du changement, mais ils ne sont peut-être pas prêts à tout balayer. »

Le succès de l'élection sera mesuré à l'aune du nombre d'incidents et du taux de participation, qui n'a jamais excédé 40 % au cours des précédentes élections.

« En dépit de la malhonnêteté de nos politiciens, nous devons voter massivement pour mettre cette période troublée derrière nous », déclare Maiga, un habitant de Tombouctou.

Reuters

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