POLITIQUE

Réfugiés: des dizaines d'enfants arrivent seuls à la frontière chaque année

26/07/2013 07:38 EDT | Actualisé 25/09/2013 05:12 EDT
Radio-Canada

Pas moins de 323 enfants se sont présentés, sans leurs parents, à des postes frontaliers canadiens l'an dernier pour revendiquer le statut de réfugié.

Ces jeunes exilés avaient en moyenne 10 ans, selon des données obtenues par Radio-Canada auprès de l'Agence des services frontaliers.

Des travailleurs sociaux affirment qu'il n'est pas rare de voir des enfants de moins de 10 ans laissés seuls à l'aéroport Pearson de Toronto dans la zone des arrivées ou être envoyés dans un taxi à la frontière entre les États-Unis et le Canada.

La majorité d'entre eux arrivent aux différents points d'entrée du sud de l'Ontario. Le poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, au Québec, est cependant le bureau qui a reçu le plus de requêtes en 2012, soit 104 dossiers.

L'un de ces réfugiés mineurs, Muhamad, un Kurde d'Irak, est arrivé au poste frontalier de Fort Érié, en Ontario, après que ses parents eurent payé 20 000 $US à une agence pour l'y amener. « Ils m'ont interrogé à la frontière, raconte-t-il. J'avais vraiment peur à ce moment-là. Mais ils ont dit : "tu peux passer." C'est la première fois que je me suis dit, ok, ça va peut-être bien se terminer ».

Le nombre de demandes d'asile d'enfants seuls est stable depuis 2008, selon les dernières données fournies à Radio-Canada.

Témoin d'assassinats

Bryan Shone travaille à la Société d'aide à l'enfance de la région de Peel, qui s'occupe notamment de trouver des familles d'accueil aux enfants abandonnés à l'aéroport Pearson de Toronto.

Il affirme avoir rencontré des jeunes qui ont été témoins de l'assassinat de leurs parents durant des guerres civiles. D'autres viennent au Canada afin d'éviter d'être enrôlés dans une armée d'enfants-soldats ou de fuir un mariage forcé.

À Fort Érié, en Ontario, le plus jeune exilé en 2012 était un bambin de deux ans du Pérou, abandonné par sa mère et transporté par un organisme de bienfaisance.

Les familles des jeunes paient habituellement une agence ou un accompagnateur pour prendre soin de l'enfant jusqu'à son arrivée à la frontière.

L'obtention du statut

L'avocate Christine Lonsdale de la firme McCarthy Tétrault a fondé un programme pour représenter gratuitement devant Immigration Canada les mineurs qui arrivent seuls au pays.

Elle ajoute que certains ont même du mal à comprendre pourquoi leur famille les a envoyés au Canada.

Son travail consiste à rassembler des preuves pour démontrer au tribunal que l'enfant serait en danger si on le renvoyait dans son pays.

Elle craint que les réformes récentes d'Immigration Canada, qui raccourcissent le temps alloué pour présenter un dossier, pénalisent les enfants. Selon elle, ceux-ci ont besoin de plus de temps pour rassembler la documentation nécessaire à leur défense.

Vide juridique

L'Agence des services frontaliers ne conserve pas de statistiques sur le nombre de mineurs qui se présentent à la frontière. Elle comptabilise seulement ceux qui présentent une demande pour obtenir le statut de réfugié. L'Agence s'est refusée à tout commentaire.

Or, selon le Conseil canadien pour les réfugiés, plusieurs jeunes sont incapables de faire une demande à cause de la complexité de la loi. Ils se retrouvent alors dans un vide juridique.

« On les laisse entrer, mais on ne leur donne pas la possibilité de faire une demande d'asile », note Janet Dench, la directrice de l'organisme. Elle ajoute que ces enfants grandissent souvent au Canada, mais ils se retrouvent menacés d'expulsion dès qu'ils atteignent l'âge de 18 ans.

Autre problème : en Ontario, les sociétés d'aide à l'enfance du gouvernement provincial n'ont pas le mandat de prendre en charge les jeunes de 16 ans et plus. Certains adolescents sont donc traités comme des adultes, dans un pays étranger, alors qu'ils n'ont pas de statut.

* Selon un dossier d'Annie Poulin

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