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Un autre chef de l'opposition assassiné devant sa résidence en Tunisie

25/07/2013 11:27 EDT | Actualisé 24/09/2013 05:12 EDT

TUNIS, Tunisie - Des hommes armés ont tué par balle un député de l'opposition tunisienne devant sa résidence, jeudi, le deuxième assassinat politique de l'année dans le pays qui a donné le coup d'envoi du Printemps arabe, en 2011.

Mohammed Brahmi, 58 ans, fondateur d'un parti nationaliste de gauche, se trouvait dans sa voiture devant sa maison de la capitale, Tunis, quand des hommes armés ont ouvert le feu à plusieurs reprises, a déclaré un porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohammed Ali Aroui.

Les deux assaillants se sont ensuite enfuis sur une mobylette, d'après un voisin cité par l'agence de presse officielle tunisienne. Des médias locaux ont rapporté que les assaillants avaient tiré à onze reprises.

Il s'agit du deuxième meurtre d'une personnalité de l'opposition cette année en Tunisie. En février, Chokri Belaïd, membre de la même coalition de gauche que M. Brahmi, avait lui aussi été tué par balle devant sa résidence. Son meurtre avait provoqué une crise politique qui a presque fait dérailler la transition politique tunisienne.

La Tunisie est dirigée par le parti islamiste modéré Ennahda, qui a remporté les élections de 2011 et qui préside une coalition formée avec deux autres partis laïques. L'opposition a critiqué le gouvernement Ennahda pour ne pas avoir sévi contre les extrémistes islamistes, et plusieurs membres du parti de Chokri Belaïd tiennent le gouvernement responsable de son assassinat.

Peu après l'annonce du meurtre de Mohammed Brahmi, des manifestants se sont rassemblés devant l'édifice du ministère de l'Intérieur à Tunis en appelant à la chute du gouvernement.

D'autres manifestations ont été signalées ailleurs dans le pays, notamment à Sidi Bouzid, la ville d'origine de M. Brahmi, qui a aussi été le berceau du soulèvement de 2011 ayant mené à la chute de la dictature. Dans la ville voisine de Meknassi, des manifestants ont mis le feu aux bureaux du parti Ennahda.

«Cette journée signifie la mort du processus démocratique en Tunisie», a déclaré Nejib Chebbi, du parti libéral d'opposition Jomhouri, sur une radio tunisienne. «Le gouvernement doit partir.»

Des manifestants se sont aussi rassemblés à Ariana, une banlieue de Tunis, où le corps de Mohammed Brahmi a été exposé après le meurtre. La foule s'est ensuite accrochée à l'ambulance qui emportait le corps pour l'autopsie.

Ce meurtre «va vraiment mettre Ennahda sous le feu des projecteurs», a déclaré Laryssa Chomiak, directrice du Centre d'études maghrébines à Tunis.

«Le public tunisien n'est pas content de la façon dont l'enquête sur l'assassinat de Chokri Belaïd a été menée. (...) S'ils négligent celle-ci, je crois que ce sera vraiment mauvais pour eux, pour le soutien dont il jouissent dans le pays», a-t-elle ajouté.

Le chef d'Ennahda, Rachid Ghannouchi, a déclaré à l'Associated Press qu'il était «très choqué» par le meurtre.

Dans un communiqué diffusé jeudi, Ennahda condamne un «crime lâche et méprisable» et appelle les autorités à «arrêter de toute urgence ceux qui ont commis ce crime et ceux qui visent à ébranler la stabilité du pays».

Le meurtre est survenu alors que la Tunisie célébrait le 56e anniversaire de la proclamation de la république, après son indépendance de la France. Le président de l'Assemblée nationale, Mustapha Ben Jaafar, a annoncé que vendredi serait une journée de deuil dans tout le pays.

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