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Commission de vérité et réconciliation: Larmes, colère et espoir

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Radio-Canada

D'anciens survivants des pensionnats autochtones ont raconté leurs expériences troublantes devant la Commission de vérité et réconciliation, mercredi à Hobbema, au sud d'Edmonton.

Les audiences se déroulent dans le site de l'ancienne école résidentielle Ermineskin qui a été ouverte en 1894 et qui est devenue le plus grand pensionnat du genre au Canada dans les années 1980.

L'ancienne élève Flora Northwest a expliqué que son enfance heureuse a été ruinée par des autorités religieuses qui l'ont arrachée à ses parents alors qu'elle n'était qu'une petite fille.

« J'avais une belle enfance. Je me réveillais au son du tambour de mon grand-père. Il y avait beaucoup d'harmonie jusqu'au jour où j'ai été prise », a-t-elle raconté.

Au pensionnat, ses longs cheveux ont été coupés et elle a été forcée de ne s'exprimer qu'en anglais, une langue qu'elle ne connaissait même pas, a ajouté Flora Northwest, avant de rappeler qu'elle était empêchée de parler sa langue, le Cri, et assistait à de pires abus.

« Mon esprit m'a été retiré. Comment survivre à cela ? Comment je m'en suis sortie, je pense que je ne le saurai jamais. L'école a détruit ma capacité d'élever mes propres enfants plus tard. J'ai été leur mère supérieure, leur criant par la tête jour et nuit. Mes enfants sont devenus des victimes à cause de ce que j'ai vécu. »
-- Flora Northwest

Un autre témoin, Chris Frenchman, n'a pu retenir ses larmes, en expliquant à la Commission qu'il se demande pourquoi il est encore de ce monde alors que ses compagnons d'école ne le sont plus.

« J'ai 56 ans et jusqu'à présent, je me demande pourquoi je vis encore, sans mes amis, mes frères, mes soeurs. Nous avions été heureux, heureux d'être chez-nous », a-t-il lâché d'une voix ponctuée d'émotion.

« Je n'ai pas de haine envers quiconque. Je suis seulement obligé de vivre avec cela. »
-- Chris Frenchman

Laurelle White a rappelé de son côté qu'elle appartenait à la dernière génération dans sa famille à être envoyée dans un pensionnat autochtone. Elle a également fondu en larmes en soulignant qu'elle ne comprend toujours pas pourquoi sa culture a été attaquée.

« Qu'avons-nous fait d'autre que d'être bruns, d'avoir une tradition différente, d'avoir une culture différente et d'avoir un autre regard sur la vie ? Qu'avons-nous fait qui était si erroné pour qu'ils nous haïssent à mort, au point de nous éliminer, de nous renier? »
-- Laura White

La colère et les larmes ont aussi fait place à l'humour et à l'espoir. Mary Stoney, qui a été élève dans les années 1940, a souligné que les écoles résidentielles avaient aussi de bons côtés.

« J'ai appris à peler les pommes de terre, comme une professionnelle même. J'ai appris à faire mon lit et à bien nettoyer les coins ».

La Commission de vérité et réconciliation se poursuit jeudi à Hobbema, une région qui héberge quatre réserves autochtones et qui est confrontée à des problèmes de trafic de drogue et de violence entre gangs rivaux, depuis des années.

Pour le participant Brian Lee, la Commission et les autres visiteurs ont bien fait de venir entendre les récits des expériences d'anciens élèves de pensionnats autochtones.

« Le moment est venu pour qu'ils comprennent pourquoi nous sommes ce que nous sommes », a-t-il conclu.

En Alberta, la Commission a déjà tenu d'autres audiences à Red Deer.

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