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24/07/2013 06:06 EDT | Actualisé 24/07/2013 06:07 EDT

Juste pour rire: Kheiron, le «mauvais garçon» de l'humour français

Courtoisie

Sur scène, il tient des propos décapants. Ce n’est pas une figure de style; certaines de ses répliques nous laissent complètement bouche bée, estomaqué. Mais Kheiron a le ton juste assez frondeur et la bouille, suffisamment inoffensive, pour qu’on lui pardonne à peu près n’importe quoi. Passé maître dans l’art d’improviser, de tourner à son avantage le moindre incident inattendu, le nouveau trentenaire taquine allègrement ses spectateurs sans jamais les offusquer. Au contraire, ceux-ci en redemandent.

Plus qu’à un spectacle, c’est à une véritable discussion avec le public, pleine de rythme et de gags mordants, que nous a convié la jeune étoile française ce week-end, à la Cinquième Salle de la Place des Arts, dans le cadre de la série Découvertes Juste pour rire. Vous l’avez manqué ? N’ayez crainte. On le reverra bientôt, c’est certain.

Kheiron a ouvert sa prestation avec un air de hip-hop de son cru. Il a ensuite testé son pouvoir sur la foule en faisant réagir celle-ci au gré de ses mouvements du bras.

« Wow! C’est ça qu’il a ressenti, Hitler ! C’est normal qu’il ait pété les plombs! »

Déjà, on savait qu’on n’aurait pas affaire à un numéro de stand up traditionnel. L’artiste a poursuivi en s’enquérant de l’âge des gens dans la salle. « Détendez-vous, vous allez passer une bonne soirée. Je sais que c’est une phrase de violeur, mais c’est vrai! »

Avec comme seuls accessoires un tabouret et un micro, Kheiron a joué avec les malaises et a frôlé les limites du bon goût, sans toutefois jamais les franchir. Allant jusqu’à se permettre des plaisanteries sur Guy Cloutier et Jean-François Harrisson (que même les humoristes d’ici n’osent pas faire), il a aussi pataugé allègrement dans la thématique ethnique, dans le but avoué de susciter un trouble… pour mieux le tourner en dérision par la suite.

« Moi, je suis le contraire d’un raciste, a-t-il mentionné. Pour moi, il n’y a pas de hiérarchie. Je déteste tout le monde également. »

« Mais, si je devais choisir un peuple, ce serait les Noirs, a-t-il continué. Les Noirs se sont toujours battus. Vous étiez assis en arrière de l’autobus, vous vous êtes battus, et maintenant, vous la conduisez! »

« En plus, les Noirs gagnent toujours tout aux olympiques. Sauf en aviron. Mais pourtant, on vous a entraînés pendant 400 ans! »

Kheiron, qui a été éducateur pendant quatre ans parallèlement à son cheminement dans le monde artistique, s’est par ailleurs risqué à dresser un rapprochement entre le cerveau des enfants et celui des tyrans.

« Un dictateur, c’est un cerveau d’enfant avec une armée à sa disposition », a-t-il illustré.

Ses talents d’improvisateur ont été mis pleinement à profit lorsqu’une accessoiriste est sortie inopinément du rideau, à son insu, pour remplacer sa bouteille d’eau. Pris par surprise, n’ayant réalisé qu’un centième de seconde plus tard le passage de « l’indésirable », le gaillard a feint une colère abasourdie, qui n’a pas manqué de déclencher l’hilarité.

« S’il y a d’autres gens qui veulent intervenir, attendez la fin des blagues, s’il vous plait ! Non mais, est-ce que quelqu’un voudrait chier sur scène, aussi? »

Du même souffle, il a apostrophé un homme qui l’écoutait attentivement, le front appuyé sur un doigt. « Tu ne te téléporteras nulle part », a-t-il averti.

Certes, il faut avoir l’esprit ouvert pour apprécier le style audacieux de Kheiron. Mais pour une soirée de rigolade pas ennuyante, où vous serez constamment assis sur le bout de votre siège, sur le qui-vive, il constitue le choix parfait. Pour l’instant, le coloré personnage s’éclate en France avec son one man show, Libre éducation. Il est venu nous saluer à la demande de Christian Viau, producteur au contenu des galas Juste pour rire 2013. Et on espère lui serrer la pince à nouveau sous peu.

Pas de quatrième mur

En entrevue avec Le Huffington Post quelques jours avant de se produire à Juste pour rire, Kheiron avait laissé entrevoir ses couleurs de « mauvais garçon » et exprimé son plaisir de performer dans la métropole, lui qui avait fait un saut chez nous l’an dernier pendant le Zoofest, et qu’on avait aussi pu applaudir dans le gala de Stéphane Rousseau.

« J’ai un style très frontal, très direct, a expliqué le jeune homme d’une voix assumée. Pour moi, il n’y a pas de quatrième mur. Je parle vraiment aux gens et, quand je joue à Montréal, je n’ai pas l’impression de m’adresser à un public, mais à des interlocuteurs. Partout où je vais, en dehors de Paris, au début du spectacle, les gens ne répondent pas, parce qu’ils croient que je fais un sketch. Mais à Montréal, ils n’ont pas peur. Il y a une réponse. Et pour moi, c’est très agréable. »

Sans surprise, Kheiron a dit être un adepte de l’humour trash… ce qui se vérifie sans peine lorsqu’on le voit à l’œuvre. « Je suis un fan de Mike Ward. Et j’aime l’humour ethnique. Je pense que tous les humoristes ont les mêmes thèmes, mais la différence, c’est l’œil, la façon de les aborder. Le regard de chacun fait en sorte que ce sera original ou répétitif. Personne ne peut avoir de thèmes différents, parce que tous les êtres humains vivent la même chose. »

Humour versus éducation

Kheiron mise beaucoup sur son passé d’intervenant auprès des tout-petits pour interagir avec son parterre. Ayant fait ses premières armes en humour en 2008, et en enseignement, en 2009, il a alterné ses deux passions pendant quelques années avant de se vouer pleinement à sa carrière sous les projecteurs. Mais son habileté avec les gamins était telle qu’il a même créé et implanté une forme de médiation dans une association parisienne venant en aide aux enfants en difficulté. Aujourd’hui, ce bagage social lui permet de nouer des liens solides avec l’assistance pendant ses représentations.

« Les enfants difficiles sont le meilleur public au monde, parce qu’ils n’ont pas envie d’être là, détaille-t-il. Ils n’ont pas le goût d’être à l’école et ils s’ennuient. Et moi, j’avais des élèves exclus. Au lieu de rester chez eux à ne rien faire, ces enfants étaient dans une salle avec moi. Ça me forçait donc à être taquin et très vif car, si je perdais l’attention d’un seul d’entre eux, je perdais l’attention de tout le groupe. Et c’est pareil dans mes spectacles. Si je perds les gens une seconde, je les perds définitivement. »

« Maintenant, il n’y a aucune situation qui peut me désarçonner. Tout m’est arrivé : j’ai vu des couples se disputer devant moi, des alcooliques éméchés, quelqu’un qui a mal pris une blague et qui a voulu se battre contre moi… Je n’ai fait aucune école d’humour, mais je suis prêt à toutes les possibilités », conclut l’Iranien d’origine, qui joue aussi son propre rôle dans la comédie Bref.

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