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John Kerry rencontre des réfugiés syriens qui dénoncent l'«inaction» américaine

18/07/2013 06:08 EDT | Actualisé 17/09/2013 05:12 EDT

ZAATARI, Jordanie - Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a été pris à partie jeudi par des réfugiés syriens en Jordanie, qui lui ont demandé d'en faire plus pour protéger les opposants au régime du président Bachar el-Assad.

Lors d'une visite dans le camp de réfugiés de Zaatari, dans le nord de la Jordanie, M. Kerry a rencontré six représentants des quelque 115 000 réfugiés du camp, qui lui ont demandé de créer une zone d'exclusion aérienne et d'établir des zones humanitaires sûres sur le territoire syrien.

Il s'agit de la sixième visite de John Kerry au Proche-Orient depuis qu'il est devenu secrétaire d'État. Jeudi, il s'est rendu dans les bureaux administratifs du camp de Zaatari et n'a pas visité les lieux où vivent les réfugiés, pour des raisons de sécurité.

Durant sa rencontre de 40 minutes avec les six représentants, ceux-ci ont exprimé leur colère face à ce qu'ils estiment être l'inaction et l'indifférence de la communauté internationale.

«Nous vous supplions d'imposer une zone d'exclusion aérienne», a déclaré Jamalat Abu al-Hariri, une femme originaire de Daraa, dans le sud-ouest de la Syrie.

Les six représentants que M. Kerry a rencontrés comprenaient trois autres femmes, un homme de Daraa et une autre femme de Homs.

«Toutes sortes d'options sont présentement évaluées», a répondu le secrétaire d'État. «J'aimerais que les choses soient simples. (...) Nous tentons d'aider de différentes façons, notamment en aidant les combattants de l'opposition à acquérir des armes. Nous faisons de nouvelles choses. Nous considérons l'établissement de zones-tampon et d'autres options, mais les choses ne sont pas aussi simples qu'elles paraissent.»

Une autre réfugié, qui a demandé de ne pas être nommée pour des raisons de sécurité, a lancé: «Monsieur Kerry, si la situation reste inchangée d'ici la fin du Ramadan, ce camp deviendra vide. Nous allons retourner en Syrie et nous battre avec des couteaux».

«Le gouvernement américain traite Israël avec respect», a-t-elle poursuivi. «Pourquoi ne pouvez-vous pas faire la même chose avec les enfants syriens?»

Après la rencontre, John Kerry a déclaré aux journalistes qu'il comprenait les préoccupations des réfugiés, tout en soulignant que les États-Unis étaient le plus important fournisseur d'aide humanitaire au peuple syrien, tant sur le territoire syrien que dans les camps établis dans les pays voisins.

«Je pense qu'ils sont frustrés et en colère que le monde ne s'implique pas», a-t-il dit. «Si j'étais à leur place, je chercherais de l'aide n'importe où. Je partage leur passion et leur frustration face à la détresse qu'ils vivent au quotidien.»

Génération perdue

La guerre civile en Syrie forcera une génération d'enfants à grandir sans aller à l'école, a déclaré jeudi la représentante spéciale de l'ONU pour les enfants et les conflits armés.

Leila Zerrougui a affirmé que les deux parties du conflit continuaient de perpétrer de graves violations contre les droits des enfants.

Des dizaines d'enfants ont été tués, blessés, détenus ou forcés d'assister à des atrocités, a-t-elle dénoncé, après une visite de trois jours en Syrie, où elle a rencontré des responsables gouvernementaux et des commandants rebelles.

Quand la guerre sera terminée, a-t-elle souligné, la Syrie «devra faire face à une génération qui aura perdu son enfance, qui éprouvera beaucoup de haine et qui sera illettrée».

Les combats ont détruit des dizaines d'écoles à travers la Syrie, tandis que plusieurs de celles qui restent ont été transformées en abris d'urgence pour les personnes déplacées, a dit Mme Zerrougui devant les journalistes à Beyrouth.

Selon Mme Zerrougui, les enfants représentent environ la moitié des quelque cinq millions de personnes déplacées à l'intérieur des frontières syriennes.

Le Centre de documentation des violations en Syrie, une organisation civile qui compile les victimes de la guerre, estime que 7132 enfants syriens de moins de 15 ans ont été tués depuis deux ans et demi, soit 4939 garçons et 2193 filles.

Le camp de Zaatari, en Jordanie, compte environ 60 000 enfants sur une population de 115 personnes. On y enregistre au moins une dizaine de naissances par jour, selon Killian Kleinschmidt, gestionnaire du camp pour le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

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