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Les règlements sur les coups à la tête dans la LNH n'ont rien donné

17/07/2013 05:12 EDT | Actualisé 16/09/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - La réglementation sur les coups à la tête implantée par la Ligue nationale de hockey en 2010-11 et renforcée en 2011-2012 afin de réduire le nombre de commotions cérébrales est un échec sur toute la ligne.

Une étude du Centre canadien de recherches sur les blessures au cerveau de l'Université de Toronto démontre en effet que le nombre de commotions dans la LNH a augmenté à chacune des deux années en dépit de la réglementation.

«La raison initiale d'implanter ce règlement était d'améliorer la sécurité des joueurs, rappelle l'un des auteurs de l'étude, le neurochirurgien Michael Cusimano. Mais nous avons plutôt découvert qu'en fait, le nombre de commotions n'a cessé d'augmenter.»

Ainsi, durant la saison 2009-2010, l'incidence de commotions cérébrales dans la LNH était de 3,58 commotions par 100 matchs joués.

La saison suivante, lorsque est entré en vigueur le règlement 48 punissant les coups à la tête portés dans l'angle mort d'un joueur, ce taux a augmenté à 5,28 commotions par 100 matchs.

Puis, en 2011-2012, lorsque le règlement 48 a été élargi pour inclure tous les coups à la tête sauf dans certains cas laissés à l'interprétation de l'arbitre, l'incidence a de nouveau augmenté pour atteindre 6,83 commotions cérébrales par 100 matchs, soit près du double du taux enregistré avant l'adoption du règlement.

Bien que les chercheurs n'aient pas analysé la raison de l'augmentation, le docteur Cusimano avance certaines hypothèses.

«Certains diront que le jeu est plus rapide, les joueurs plus lourds, les enjeux plus grands dans la victoire ou la défaite. Certaines équipes pourraient avoir volontairement décidé d'embaucher les plus gros joueurs possibles, y voyant une stratégie pour la victoire, et d'autres pourraient choisir une approche de robustesse, par exemple.»

L'étude se penche toutefois de manière approfondie sur les causes de commotions et les pénalités associées à ces blessures et, si les auteurs hésitent à expliquer l'augmentation, ils sont très clairs sur les raisons qui font que la nouvelle réglementation se soit avérée inefficace. Selon eux, la LNH a erré en laissant une trop grande place à l'interprétation de ce qui constitue une infraction, notamment.

«Ils ont changé la formulation du règlement après la première année pour élargir l'infraction et c'est tant mieux. Mais il y a encore trop d'ouverture à l'interprétation — la tête était visée, la tête était le principal point de contact, l'adversaire — c'est-à-dire la victime — s'est placé dans une position vulnérable, c'est de sa faute, il l'a mérité», ironise le docteur Cusimano.

Selon lui, il faut punir tout coup à la tête, enlever toute notion d'interprétation et mettre aux poubelles une fois pour toutes la notion selon laquelle un joueur victime d'une commotion en est responsable s'il s'est placé dans une position vulnérable.

«Ce sont les meilleurs joueurs au monde. De dire qu'il ne sait pas jouer, qu'il doit garder la tête haute, c'est de la bouillie pour les chats. Ces gars-là savent mieux jouer que n'importe qui sur la planète.»

Mais surtout, ce règlement n'est pas suffisant en soi. Les chercheurs ont également démontré qu'il y a autant de commotions cérébrales causées par une mise en échec sans coup direct à la tête mais où la tête subit un impact secondaire, notamment en frappant la bande ou la glace.

Les auteurs concluent donc que la LNH ne pourra réduire les blessures à la tête que si le règlement est élargi pour rendre illégal et punissable tout coup à la tête ou toute mise en échec menant à un impact à la tête, que ce règlement soit appliqué de manière plus stricte et systématique et que les sanctions soient beaucoup plus sévères non seulement pour l'auteur du coup mais aussi pour l'équipe.

Interrogé sur la réticence des directeurs généraux et des propriétaires d'équipes à mieux protéger les joueurs, le docteur Cusimano met de côté son habit de chercheur pour livrer le commentaire suivant: «c'est une mauvaise décision d'affaires sur toute la ligne».

Prenant l'exemple de l'absence prolongée du meilleur joueur de la ligue, Sidney Crosby, en raison d'une commotion cérébrale, il note que non seulement les Penguins de Pittsburgh ont souffert de son absence, mais aussi toutes les autres équipes puisque plusieurs partisans qui se seraient déplacés pour aller le voir dans les autres arénas sont restés chez eux.

«Ces joueurs dans lesquels les équipes investissent plusieurs millions de dollars sont des actifs très précieux et de permettre qu'on mette leur sécurité à risque n'a aucun sens, tant du point de vue santé que du point de vue affaires», dit-il.

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