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Edward Snowden a officiellement demandé un asile provisoire à la Russie

16/07/2013 08:33 EDT | Actualisé 15/09/2013 05:12 EDT
AP

L'ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden, bloqué depuis plus de trois semaines dans un aéroport de Moscou, a officiellement demandé mardi un asile provisoire à la Russie, une requête a minima qui ménage les relations avec les Etats-Unis.

"La demande a été envoyée aux autorités russes", a déclaré Anatoli Koutcherena, un avocat, proche du pouvoir russe, qui a déclaré s'être rendu mardi pour cette démarche à l'aéroport Cheremetievo où se trouve Edward Snowden.

Il a précisé que la demande avait été remise à des représentants du Service fédéral des migrations (FMS). Ce service a confirmé, de même que le site WikiLeaks sur Twitter.

Me Koutcherena avait participé vendredi à une rencontre organisée dans la zone de transit de l'aéroport.

Edward Snowden, qui y est bloqué depuis son arrivée en provenance de Hong Kong le 23 juin, avait annoncé son intention de demander l'asile en Russie faute de pouvoir rejoindre dans l'immédiat un pays d'Amérique latine comme le Venezuela.

Interrogé par la suite à l'antenne de la télévision publique Rossia 24 sur la raison pour laquelle Edward Snowden avait demandé un asile temporaire, délivré au maximum pour un an renouvelable, et non l'asile politique ou le statut de réfugié, Anatoli Koutcherena a affirmé que cette décision était motivée par le délai plus court -- 3 mois -- d'examen de la demande.

"Comme il est fatigué et que cela fait un mois qu'il se trouve dans la zone de transit de l'aéroport, il a choisi cette procédure", a affirmé l'avocat, selon lequel Edward Snowden doit rester à l'aéroport jusqu'à la décision sur sa demande.

"Il va rester dans la zone de transit pendant l'examen de sa demande", a déclaré Anatoli Koutcherena à l'AFP.

Le site du FMS précise pourtant explicitement que le demandeur d'asile peut circuler librement dès l'enregistrement, et non l'acceptation de sa demande.

"Lors de l'enregistrement de sa demande, le demandeur se voit délivrer une attestation (...) qui lui donne le droit de séjourner sur le territoire de la Fédération de Russie durant l'examen de sa demande", indique le site.

Le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a de son côté souligné en substance qu'il s'agissait d'une requête a minima n'impliquant pas de décision du Kremlin, comme ce serait le cas pour un asile politique.

"S'il s'agit d'un asile temporaire, cela ne concerne pas le président, mais le Service fédéral des migrations, dont même un directeur peut examiner le cas", a déclaré M. Peskov, cité par Interfax.

Moscou souhaite que cette affaire "ne nuise pas au développement positif des relations de la Russie avec les Etats-Unis", a-t-il ajouté.

Le Kremlin, dont les réactions ont révélé depuis trois semaines un certain embarras, a gardé ses distances avec l'affaire Snowden.

Edward Snowden avait en effet demandé début juin l'asile politique à la Russie. Mais il était revenu sur sa demande après que M. Poutine avait posé comme condition que l'ancien consultant de l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA) cesse ses révélations sur le programme de surveillance électronique américain.

M. Poutine a répété lundi que la Russie avait exigé pour qu'il reste qu'il cesse ses révélations, et qu'il avait refusé. Il a souligné que la Russie avait "d'autres combats" et ne souhaitait pas que l'affaire porte préjudice aux relations avec Washington, déjà tendues.

Le président russe a souligné qu'Edward Snowden n'avait pas initialement l'intention de rester en Russie, y avait été bloqué par les pressions des Etats-Unis sur des pays tiers, et qu'il repartirait "dès qu'il aurait la possibilité d'aller ailleurs".

Mardi, avant l'annonce de M. Snowden, les interrogations étaient cependant nombreuses sur les coulisses de la demande d'asile de l'Américain.

La militante des droits de l'homme et spécialiste des questions d'asile Svetlana Gannouchkina avait notamment exprimé ses doutes à l'AFP sur cette affaire qui dure depuis quatre semaines.

"Je ne comprends pas au profit de qui est jouée toute cette comédie", a déclaré cette militante respectée, membre notamment de l'ONG Memorial.

Elle a ajouté se demander si la situation n'était pas "orchestrée par d'autres personnes".

Vladimir Poutine a affirmé à plusieurs reprises que les services secrets russes n'avaient "pas travaillé" et ne travaillaient pas avec Edward Snowden.

Mais nombre d'observateurs ont estimé que la rencontre de vendredi à l'aéroport de Moscou, à laquelle avaient été conviés des défenseurs des droits de l'Homme, des avocats et un député proche du Kremlin, n'avait pas pu être organisée sans la participation des services russes.

La Maison Blanche avait alors invité la Russie à ne pas "offrir une tribune de propagande" à Edward Snowden depuis son territoire.