NOUVELLES

Remaniement à Ottawa: d'importants ministres déplacés et huit nouveaux visages

15/07/2013 10:29 EDT | Actualisé 14/09/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Après une session entachée de scandales, Stephen Harper a procédé lundi au remaniement de son cabinet le plus substantiel depuis son arrivée au pouvoir, en déplaçant plusieurs de ses importants ministres et en y amenant huit nouveaux visages.

Il a toutefois misé sur la stabilité économique en gardant en poste Jim Flaherty aux Finances.

La nouvelle équipe sera celle qui affrontera l'opposition — et tentera de séduire les électeurs — lors du prochain scrutin de 2015. Il était aussi pressenti que le premier ministre souhaitait effectuer ces changements pour redorer son blason après les controverses du printemps, dont celle des dépenses des sénateurs.

Mais Stephen Harper a refusé d'admettre que son remaniement était fait pour détourner l'attention des difficultés des conservateurs. «Un changement générationnel», a-t-il insisté.

Le remaniement a d'ailleurs été annoncé, ministre par ministre, sur le compte Twitter de M. Harper, avant la cérémonie officielle. Une première.

Du côté du Québec, Christian Paradis subit une rétrogradation: il quitte l'important ministère de l'Industrie et devient ministre du Développement international. Le député de Mégantic-L'Érable sera aussi responsable de la Francophonie.

Il perd de plus son titre de lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, remplacé par Denis Lebel.

Celui-ci reste à l'Infrastructure et aux Collectivités, mais sans la portion des Transports. Il s'occupera aussi des Affaires intergouvernementales.

Une importante promotion a été toutefois été offerte à Steven Blaney, qui devient le ministre de la Sécurité publique.

Contrairement aux attentes, le Beauceron Maxime Bernier n'a pas obtenu de promotion et demeure ministre d'État aux Petites Entreprises et au Tourisme. Il ajoute à ses responsabilités celle de ministre d'État à l'Agriculture. Le député de Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, Jacques Gourde, reste encore le seul député conservateur québécois sans ministère.

Huit nouveaux visages font aussi leur apparition au conseil des ministres, dont quatre femmes.

«J'ai indiqué à mes ministres au commencement de ce Parlement que je cherche un changement de génération pendant ce mandat et aujourd'hui c'est une étape importante à cet égard. Et je pense que c'est un mélange, évidemment, de nouveau talent et aussi des gens avec beaucoup d'expérience», a déclaré le premier ministre, peu après le remaniement.

Malgré son insistance sur le «changement générationnel», seulement trois des huit nouveaux membres du cabinet ont moins de 45 ans.

En comptant M. Harper, le cabinet compte maintenant 39 ministres. Les 12 femmes représentent donc près du tiers du conseil des ministres. Aucune ne détient toutefois d'important poste économique, la priorité du gouvernement Harper.

Peter MacKay et Rob Nicholson se sont échangé leurs ministères: désormais, M. Mackay s'occupera de la Justice et M. Nicholson sera à la barre de la Défense.

Possiblement dans la foulée de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, les Transports deviennent un ministère à part entière, et c'est l'ancienne ministre du Travail, Lisa Raitt, qui s'en occupera.

Le puissant Jason Kenney, qui aspire à remplacer Stephen Harper à la tête du Parti conservateur, quitte l'Immigration pour aller à l'Emploi.

La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, devient responsable de l'Environnement. C'est Rona Ambrose qui la remplace à la Santé, quittant le ministère des Travaux publics.

Certains joueurs importants restent toutefois en place: John Baird demeure aux Affaires étrangères et Joe Oliver aux Ressources naturelles. Le Conseil du trésor sera encore dirigé par Tony Clement.

Le ministère du Patrimoine Canadien et des Langues officielles, jusque-là détenu par James Moore, revient à la Manitobaine Shelly Glover, une ancienne policière.

James Moore reçoit une promotion et hérite de l'important portefeuille de l'Industrie.

La chirurgienne orthopédique Kellie Leitch prend du galon et obtient le ministère du Travail et celui de la Condition féminine. L'ancien diplomate Chris Alexander devient le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté.

Après avoir encaissé les coups avec la controversée réforme de l'assurance-emploi, Diane Finley change de responsabilités et assumera les Travaux publics et Services gouvernementaux.

Candice Bergen, du Manitoba, qui a mené le dossier de l'abolition du registre des armes à feu, devient ministre d'État au Développement social.

Stephen Harper a exclu de son cabinet deux ministres, dont Peter Kent, qui a vécu des moments difficiles à l'Environnement, et Steven Fletcher, ministre d'État aux Transports.

«Ce nouveau conseil des ministres travaillera fort au nom de tous les Canadiens», a fait savoir le premier ministre.

Un discours du Trône aura lieu à l'automne, a-t-il confirmé. Et plus de détails sur la prochaine vague de politiques gouvernementales seront alors dévoilés.

Pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), le remaniement de lundi n'est qu'un «exercice de relations publiques».

«Il n'indique pas qu'il y aura un changement dans la gouvernance», a commenté la députée Rosane Doré Lefebvre. Bref, l'opposition officielle n'anticipe pas qu'avec la nouvelle équipe la gestion publique soit désormais plus transparente.

Pour le Parti libéral, peu importe l'importance du remaniement.

«Le seul ministre qui ait du pouvoir au sein de ce cabinet est le premier ministre. Le remaniement d'aujourd'hui n'y changera rien», a réagi le chef Justin Trudeau sur son compte Twitter.

Selon le Bloc québécois, le poids du Québec est désormais moindre au sein du cabinet de Stephen Harper.

Le chef Daniel Paillé s'inquiète notamment de voir Jason Kenney, «un homme prêt à tout, entêté», s'occuper du dossier de l'assurance-emploi.

Seuls trois ministres ont accepté de donner des entrevues à la sortie de Rideau Hall, la résidence du gouverneur général où sont effectués les changements au cabinet. Les autres ont quitté par une porte arrière, inaccessible aux médias.

PLUS:pc