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La catastrophe de Lac-Mégantic fut un défi «colossal» pour les pompiers

14/07/2013 11:53 EDT | Actualisé 13/09/2013 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - Au cours de sa longue carrière comme pompier, le plus important incendie qu'a dû combattre le lieutenant Tim Harvey comptait trois bâtiments brûlant simultanément.

Cette expérience pouvait difficilement être comparée à ce que vétéran américain a constaté la fin de semaine dernière alors qu'il a franchi la frontière pour aider ses collègues québécois à Lac-Mégantic.

«Cela n'était rien de plus qu'un feu de camp, en comparaison de ceci», a-t-il dit en décrivant le centre-ville dévasté de la municipalité.

Lorsque sa caserne de Farmington, dans le Maine, a reçu un appel à l'aide, dès 4 h 33, ce samedi fatidique, sept pompiers, un camion et une fourgonnette ont immédiatement été dépêchés au Québec pour appuyer les secours.

M. Harvey dit avoir été impressionné de constater à quel point les pompiers de Lac-Mégantic avaient déjà réussi à contrôler le sinistre lorsque son équipe est arrivée sur place.

L'équipe du Maine a grossi les rangs de quelque 200 pompiers appelés en renfort des villes voisines pour soutenir la municipalité dévastée à la suite des explosions du samedi 6 juillet.

Stéphane Simoneau, qui travaille au Service de protection contre les incendies de Sherbrooke, a pour sa part aidé à organiser le déploiement d'équipement et d'intervenants sur les lieux de la catastrophe.

«Nous avons dû demander l'aider d'autres villes pour fournir des services de lutte aux incendies, mais également pour aider à la recherche de victimes», a-t-il dit. C'est une tâche colossale: quelque chose qu'un groupe d'une trentaine de pompiers volontaires à Lac-Mégantic ne peut pas effectuer seul.»

Bien que des explosions aient ébranlé la ville jusqu'à 4 h, la nuit du déraillement, l'incendie a été officiellement déclaré contenu plus tard dans la journée. Certaines informations ont par la suite mentionné que l'équipe de pompiers de la ville avait été mise en congé pour pouvoir faire son deuil, mais M. Simoneau a souligné que plusieurs d'entre eux étaient demeurés disponibles pour aider.

Toujours selon lui, il n'y a pas de manque de personnel ou d'équipement à Lac-Mégantic, particulièrement depuis que la zone du désastre est officiellement devenu une scène de crime.

Alors que l'enquête criminelle se poursuit, la présence des pompiers a été réduite. La police a confirmé qu'elle avait demandé aux sapeurs de réduire leur présence pour protéger d'éventuelles preuves.

Les autorités disent toutefois que les pompiers sont toujours responsables de la sécurité de tous et chacun sur les lieux de l'accident.

Malgré le deuil entourant la mort probable de 50 personnes, le travail accompli par les pompiers suscite son lot de fierté.

Aux yeux de Jacques Proteau, directeur général de l'École nationale des pompiers du Québec, les efforts à Lac-Mégantic furent «exceptionnels».

«C'est le genre d'événement qui n'arrivera qu'une fois dans une carrière», a-t-il dit, alors qu'il cherchait les mots pour décrire le désastre.

«C'est sans précédent.»

L'ampleur du sinistre, et ce qu'il considère comme sa gestion impressionnante, a poussé M. Proteau à prendre note de l'ensemble alors qu'il se prépare à former les prochaines générations de pompiers.

«Il y aura des conférences, des bilans, des analyses détaillées en rétrospective, et nous tirerons des conclusions à propos de ce qui s'est passé à Lac-Mégantic», a-t-il dit.

«En vertu de ces conclusions, si nos programmes doivent être ajustés ou améliorés, croyez-moi, ils le seront.»

Tentant de mettre l'accident en contexte, il n'a pu lier la catastrophe de Lac-Mégantic qu'à un déraillement survenu il y a plus de trois décennies à Mississauga, en Ontario. En 1979, un train de 106 wagons transportant des produits chimiques dangereux avait quitté les rails, forçant l'évacuation de plus de 200 000 personnes. Un incendie avait fait rage sur 1,5 kilomètre.

M. Proteau s'est également prononcé sur l'importante intensité émotionnelle, pour l'équipe d'une petite communauté, de devoir réagir à une tragédie dans leur ville natale où, contrairement à un grand centre, les pompiers connaissaient vraisemblablement une ou plusieurs des victimes ayant péri.

«Dans ce contexte, ce qu'ils ont pu accomplir est incroyable», a-t-il ajouté.

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