DIVERTISSEMENT

«Propaganda» à Montréal Complètement Cirque : la gentille anarchie (CRITIQUE/PHOTOS/VIDEO)

12/07/2013 10:55 EDT | Actualisé 12/07/2013 10:56 EDT

Pour sa 4e édition, le festival Montréal Complètement Cirque démontre à quel point le cirque contemporain ratisse de plus en plus large. Après avoir mis à l’affiche un cabaret, des jongleurs british, des brutes au cœur tendre, des improvisateurs, des hommes à tout faire et des clowns en tous genres, voilà que l’événement ouvre ses portes à deux gentils acrobates aux influences punks, hippies et un brin anarchistes.

Accompagnés de comparses musiciens-techniciens-collègues à toutes les sauces, les deux artistes entreprennent leur aventure de propagande en incitant le public à déboulonner les idées reçues, à remettre en question l’ordre établi et à élaborer sa propre pensée. Pour ce faire, l’homme et la femme déconstruisent leurs acrobaties en s’échappant, en éliminant la notion de raffinement et en n’ayant pas peur d’entrer en collision ou de perdre le contrôle. Une telle démonstration de « non-maîtrise » demande une concentration de tous les instants, doublée d’une confiance aveugle envers son partenaire et d’un talent indéniable pour réussir tous les éléments qu’on prétend manquer.

propaganda

Vient ensuite un segment ou monsieur, habillé tel un soldat, avec une moustache quelques pouces plus longue que celle d’un certain Hitler, y va d’un exercice à la fois brutal et gracieux. L’homme possède une capacité surprenante à se faire violence avec une succession de périlleux, de vrilles et d’acrobaties, sans jamais perdre la pureté de ses lignes. Descend alors du plafond sa compagne à la tignasse frisée, installée sur un trapèze, avec des airs d’ange noir venu du ciel ou d’une version féminine de Jésus-Christ accroché par les mains à une croix. Sur une musique sombre et métallique, mais non agressante, la jeune femme nous offre des images d’une beauté apocalyptique.

Une fois réunis, les deux créateurs s’amusent à critiquer le mode de vie traditionnel du couple consensuel et sans saveur : l’homme bien installé au creux de son hamac (rôle ici joué par un fil de fer), avant de se trémousser à la vue de sa compagne. Une fois debout sur le mince fil qui supporte son existence, le voilà qui tente de s’habiller sur une jambe, de boire du jus d’orange ou de se faire un bol de céréales, sans se soucier des restes de nourriture qui se répandent sur le plancher et sur le visage de madame.

À ce moment-ci du spectacle, le couple d’acrobates cède sa place pour un bref instant à un de leurs musiciens, affublé d’ailes de carton et perché dans les airs, tel un messager venu transmettre la bonne nouvelle. L’envoyé de Dieu fait ainsi défiler une série de slogans puérils et pertinents, allant de « Sois gentil » à « Jardine à poil », en passant par « Mange tes légumes », « Éteins les lumières » à « Fais du vélo ».

propaganda

C’est d’ailleurs sur une bicyclette que le duo revient à l’avant-scène, accumulant les prouesses acrobatico-cyclistes sur les notes de l’hymne national australien.

À la ligne d’arrivée, on retient de Propaganda un spectacle qui se veut différent, qui réussit à nous divertir et à nous faire passer 60 minutes agréables, mais qui n’a rien d’une œuvre artistiquement ou philosophiquement transcendante.

Propaganda

Usine C – 11 au 14 juillet