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Mutinerie en Indonésie: cent détenus en fuite

12/07/2013 01:37 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

Un millier de soldats et de policiers tentaient vendredi de reprendre le contrôle d'une prison indonésienne surpeuplée et de retrouver une centaine d'évadés, dont des "terroristes", après une gigantesque mutinerie qui a fait cinq morts.

Après avoir lutté contre les flammes une grande partie de la nuit, les pompiers ont réussi à éteindre l'incendie allumé jeudi par les mutins.

Devant l'établissement aux murs calcinés, des centaines de policiers et militaires montaient la garde vendredi. A l'intérieur, les détenus étaient réunis dans la cour de la prison, se déplaçant librement hors de leurs cellules, a rapporté un journaliste de l'AFP.

Certains d'entre eux bavardaient devant la porte d'entrée noircie de la prison, face aux forces de l'ordre qui n'osaient pas avancer.

Les détenus de l'établissement Tanjung Gusta de Medan, capitale provinciale de Sumatra-Nord (nord-ouest), se sont mutinés en signe de protestation contre une coupure d'électricité qui affecte la prison surpeuplée depuis jeudi matin.

L'absence d'électricité a bloqué toute distribution d'eau, tirée de puits par des pompes, empêchant les indispensables ablutions d'avant-prière en cette période sacrée du ramadan. L'établissement abrite 2.600 prisonniers pour une capacité d'un millier, selon les autorités.

Des détenus ont mis feu à des bureaux de la prison, lançant des bouteilles en verre aux gardiens. Dans l'agitation, environ 150 personnes en ont profité pour s'évader. Dix gardiens ont été brièvement pris en otages avant d'être relâchés, a précisé la police.

"Cinq personnes sont mortes: trois sont des prisonniers et deux autres du personnel de l'établissement", a indiqué à l'AFP Heru Prakoso, porte-parole de la police provinciale de Sumatra-Nord, ajoutant qu'une centaine de prisonniers étaient toujours en fuite, dont des "terroristes".

"Nous avons repris 55 évadés, dont trois condamnés pour des actes terroristes", a-t-il ajouté. Entre "95 et 100" détenus sont toujours en fuite, dont "six condamnés pour des actes terroristes".

"Nous n'avons pas encore été capables de reprendre le contrôle total de la prison", a-t-il reconnu. Un millier de policiers et de militaires ont été déployés.

La prison abritait au total onze détenus condamnés en vertu de la loi antiterroriste, certains pour avoir fait partie d'un camp d'entraînement de militants dans la province voisine d'Aceh, où une rébellion séparatiste a sévi pendant des décennies, d'autres pour des hold-up de banques visant à financer des actes terroristes, a précisé Heru Prakoso.

Les mutins ont laissé entrer une vingtaine de militaires vendredi matin, mais pas de policiers. "On n'aime pas les policiers. Ce sont des barbares, ils n'arrêtent pas de nous battre", a crié un détenu depuis l'intérieur de la prison.

Des pourparlers devaient démarrer dans la journée entre sept représentants des prisonniers et un haut responsable du ministère de la Justice et des Droits de l'homme, a précisé M. Prakoso.

Cette nouvelle mutinerie, après celle survenue en février 2012 à Bali, jette une lumière crue sur les conditions déplorables dans les établissements pénitentiaires d'Indonésie, quatrième pays le plus peuplé au monde avec 240 millions d'habitants.

"Tanjung Gusta est surpeuplée: sa capacité est de seulement 1.200 détenus mais elle abrite actuellement environ 2.600 condamnés et prévenus", a reconnu Gonjang Raharjo, porte-parole du ministère de la Justice et des Droits de l'homme.

"Le surpeuplement est un problème pour la majorité des prisons dans le pays", a-t-il admis.

En février 2012, la prison de Kerobokan sur l'île de Bali, vétuste et surpeuplée, avait été le théâtre de violentes émeutes.

Les détenus avaient pris le contrôle pendant plusieurs jours de l'établissement qui abrite un millier de détenus. Des prisonniers étrangers avaient dû être évacués par peur qu'ils soient pris en otages comme monnaie d'échange avec l'administration. Les émeutes, qui n'avaient fait aucun mort, avaient éclaté à la suite d'un énième épisode de violence entre détenus, les ONG soulignant la promiscuité en raison du surpeuplement.

bur-lv/jh

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