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Chine: la condamnation d'un ministre corrompu peine à convaincre

12/07/2013 06:51 EDT | Actualisé 11/09/2013 05:12 EDT

La condamnation d'un ancien ministre à une peine de mort avec sursis était censée témoigner de la détermination des autorités à combattre la corruption, mais a été accueillie avec scepticisme par les experts et les internautes.

L'ex-ministre des Chemins de fer chinois Liu Zhijun s'est vu infligé lundi la peine de mort "avec sursis", un verdict généralement commué en prison à vie, dans le premier grand procès anticorruption de la présidence de Xi Jinping, débutée en mars.

Nommé en 2003 à la tête de ce puissant ministère, Liu était accusé d'avoir touché 64,6 millions de yuans en pots-de-vin de 1986 à 2011 en échange de promotions ou d'attributions de contrat.

La loi chinoise prévoit la peine capitale pour des infractions à partir de 100.000 yuans.

Le tribunal pékinois a indiqué avoir fait preuve de "clémence", étant donné que Liu avait "confessé ses crimes" et collaboré avec les enquêteurs.

Selon les experts, cette condamnation emblématique ne marque pas pour autant le début d'un assainissement général du système.

"Ce que les gens attendent, ce sont de véritables gardes-fous, la mise en place de mécanismes pérennes, à la place d'une nouvelle campagne" éphémère durant laquelle "tout le monde se tiendra tranquille pour quelque temps", estime Joseph Cheng, expert en politique chinoise à la City University de Hong Kong.

Les autorités chinoises cherchent à désamorcer les mouvements de colère suscités par la corruption à tous les niveaux de l'administration, en vantant leur lutte contre les cadres malhonnêtes.

Cette rhétorique s'est faite fracassante ces derniers mois, le Président Xi Jinping appelant à combattre la corruption "sans indulgence".

Des enquêtes largement médiatisées ont ainsi été lancées contre plusieurs hauts responsable, dont Liu Tienan -- ancien directeur adjoint de la plus haute instance de supervision économique du pays, ainsi que contre plusieurs cadres provinciaux.

De nombreux autres officiels de rang plus modeste se sont par ailleurs vus congédiés après la révélation de leurs abus par des internautes sur le site de microblogs Weibo.

Pour l'agence officielle Chine Nouvelle, la condamnation de Liu montre la détermination "des plus hauts dirigeants" de cibler aussi bien "les tigres" haut placés que les "mouches" en bas de l'échelle.

Mais dans un pays où des milliers de personnes sont exécutées chaque année, de nombreux Chinois y ont vu au contraire le signe d'une justice plus indulgente pour les puissants.

Des médias ont ainsi indiqué que la prison de Qincheng, située en dehors de Pékin et réservée à l'élite des détenus, leur offrait des cellules bien plus confortables que la moyenne et les traitait avec attention.

"C'est comme frapper un tigre avec une tapette à mouches", a ironisé sur Weibo un internaute, Laolao V.

Dans les cas les plus exposés, comme celui de Liu, les sanctions sont habituellement décidées par les autorités politiques avant même le procès.

Pour Jean-Pierre Cabestan, chercheur en sciences politiques à la Hong Kong Baptist University, Liu a subi un traitement "habituel", et toute appréciation sur la campagne anti-corruption dépendra du nombre d'autres "tigres" arrêtés et de la manière dont ils seront condamnés.

Le procès de Bo Xilai, dont la chute spectaculaire avait tenu le pays en haleine l'an dernier, reste ainsi très attendu: chef du Parti dans la métropole de Chongqing (sud-ouest), il est accusé d'avoir aidé son épouse à dissimuler le meurtre d'un homme d'affaires britannique.

"Je pense que le mouvement va s'étendre, mais avec quelle ampleur, je ne le sais pas", confie M. Cabestan, insistant sur "le délicat équilibre" que doivent trouver les autorités, soucieuses "de ne pas déstabiliser le système et de ne pas générer d'incertitudes excessives".

Malgré ses promesses réitérées, il est peu probable que le gouvernement mène à bien son combat contre la corruption, estime de son côté Kerry Brown, professeur de politique chinoise à l'Université de Sydney.

"Les nouveaux dirigeants y ont consacré tellement d'efforts et de rhétorique, qu'une absence de résultats paraîtrait étrange", note-t-il, tout en tempérant aussitôt: "Mon coeur voudrait y croire, mais ma raison me dit que, non, c'est encore une simple campagne politique".

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