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Le Portugal de nouveau confronté à l'incertitude politique

11/07/2013 12:08 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

Le Portugal était confronté jeudi au risque de replonger dans le flou politique après le soutien en demi-teinte accordé au gouvernement par le président, qui a défendu un compromis droite-gauche assorti d'élections législatives anticipées dans un an.

Dans une déclaration à la nation mercredi soir, le président Anibal Cavaco Silva a assuré que la coalition de centre droit, au pouvoir depuis juin 2011, était en mesure d'exercer "la plénitude de ses fonctions", mais il appelé à la construction d'un gouvernement "de salut national" soutenu par l'opposition socialiste.

Le chef de l'Etat a également préconisé des élections législatives anticipées en 2014, à la fin du plan d'aide international de 78 milliards d'euros que le Portugal a obtenu en juin 2011, en échange d'un programme de réformes et de rigueur.

Mais, dans le même temps, il a exclu que des élections anticipées puissent avoir lieu dès maintenant, comme le réclame l'ensemble de la gauche, car elles risqueraient de compromettre la conclusion du plan de sauvetage négocié avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international.

Et, surtout, il n'a pas évoqué le remaniement ministériel voulu par le Premier ministre, Pedro Passos Coelho, pour surmonter les divisions qui ont éclaté la semaine dernière au sein de son gouvernement suite à la démission de son partenaire de coalition et ministre des Affaires étrangères, Paulo Portas.

Le silence du chef de l'Etat sur ce point a été interprété comme un refus de l'accord censé assurer la survie de la majorité parlementaire formée par le Parti social-démocrate (PSD, centre-droit) M. Passos Coelho et le CDS-PP, la formation conservatrice de M. Portas.

Cet accord annoncé samedi prévoyait le maintien de M. Portas au gouvernement, promu au rang de vice-Premier ministre en charge de la coordination économique et des relations avec la "troïka" UE-BCE-FMI qui représente les créanciers du Portugal.

La solution préconisée par le chef de l'Etat a donc provoqué surprise et scepticisme parmi les analystes et les commentateurs, qui estiment qu'elle risque de prolonger la crise politique.

"Un président qui nous plonge dans le doute", titrait le quotidien Diario de Noticias dans son éditorial : "En donnant la priorité au moyen-terme, le président n'a pas réglé le court-terme", a-t-il regretté.

Le chef de l'Etat a "désavoué le Premier ministre", a estimé son concurrent Publico. "Nous sommes devant un gouvernement fragilisé auquel le président n'accorde ni confiance ni crédibilité", a renchéri Antonio José Teixeira, directeur de la chaîne d'information Sic Noticias.

Le président devait recevoir M. Passos Coelho jeudi en fin de journée, après s'être entretenu avec le secrétaire général du Parti socialiste, Antonio José Seguro, dont un porte-parole avait réaffirmé dès mercredi son appel à la réalisation d'élections et le refus du PS d'intégrer un gouvernement qui ne soit pas issu des urnes.

Le Portugal a plongé la semaine dernière dans la crise après la démission du ministre des Finances Vitor Gaspar, architecte des mesures d'austérité imposées par la "troïka" (UE-FMI-BCE) des créanciers du pays, suivie de celle du chef de la diplomatie, défenseur d'un allègement de la rigueur pour freiner la récession économique et la hausse de chômage.

Le retour de l'incertitude politique à Lisbonne risquait de reporter le nouvel examen trimestriel du plan de redressement portugais que la "troïka" des créanciers devait entamer lundi prochain.

"Des discussions sont en cours à ce sujet avec nos partenaires au sein de la +troïka+ et les autorités portugaises", a dit à Bruxelles Simon O'Connor, le porte-parole du commissaire européen en charge des Affaires économiques Olli Rehn.

Alors que les marchés financiers avaient bien accueilli la perspective d'une sortie de crise, la Bourse de Lisbonne a perdu 2% jeudi à la clôture tandis que les taux d'emprunt à 10 ans du Portugal se tendaient à près de 7%.

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