NOUVELLES

Irlande: adoption d'une loi controversée sur l'avortement (médias)

11/07/2013 09:13 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

Les parlementaires irlandais ont adopté vendredi peu après minuit (jeudi 23H30 GMT) une loi autorisant l'avortement dans le cas où la vie de la mère est en danger, un texte très controversé dans ce pays à forte tradition catholique, selon la télévision irlandaise RTE.

Le texte, voté à l'initiative du gouvernement après la mort très médiatisée d'une jeune femme d'origine indienne, a été adopté par 127 voix contre 31, après des discussions marathon sur 165 amendements. Il doit maintenant être avalisé par la chambre haute du parlement où le gouvernement détient la majorité.

La nouvelle loi autorise l'avortement si la poursuite de la grossesse fait courir à la vie de la mère un "risque réel et substantiel" qui doit être certifié par les médecins. Elle prévoit qu'en cas de risque de suicide de la mère, l'avis unanime d'un obstétricien et de deux psychiatres est requis.

Cette clause a suscité des résistances de la part de certains parlementaires qui redoutent qu'elle n'ouvre la voie à la multiplication des avortements, mais le Premier ministre Enda Kenny (Fine Gael, centre) avait imposé un vote favorable à ses troupes sous peine d'exclusion du groupe parlementaire.

La modification de la loi intervient après une décision de la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) de décembre 2010 condamnant l'Irlande pour avoir interdit l'avortement à une femme en phase de rémission d'un cancer, qui craignait que sa grossesse n'entraîne une récidive de sa maladie.

En 1992, la Cour suprême irlandaise avait jugé qu'une femme avait le droit d'avorter si sa vie était en danger, mais cette décision n'avait jamais eu jusque-là de transposition législative.

Le gouvernement d'Enda Kenny avait été incité à accélérer le processus législatif après la mort en octobre 2012 de Savita Halappanavar, une femme de 31 ans originaire d'Inde, décédée d'une septicémie à l'hôpital de Galway (ouest), une semaine après y avoir été admise alors qu'elle était en train de faire une fausse couche, à 17 semaines de grossesse.

Mais la loi a provoqué d'importantes résistances dans ce pays, conduisant notamment 35.000 personnes à manifester à Dublin samedi.

Des députés de gauche en revanche jugent encore bien trop restrictive cette loi, qui ne prévoit pas d'autoriser l'avortement dans les cas de viol et d'inceste, ni si le foetus est anormal, soulignant que des milliers d'Irlandaises vont subir un avortement à l'étranger chaque année.

Le Premier ministre Kenny a révélé récemment qu'il avait reçu des lettres écrites avec du sang et qu'il s'était fait traiter de meurtrier par des opposants à la loi.

Selon des statistiques du département britannique de la santé publiées jeudi, 3.982 femmes, dont 124 de moins de 18 ans, sont venues d'Irlande vers l'Angleterre ou le Pays de Galles pour un avortement en 2012.

Entre 1980 et 2012, plus de 150.000 femmes venues d'Irlande ont fait le même voyage, selon ces statistiques.

cb/tj

PLUS:afp