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Irlande : les législateurs adoptent un projet de loi sur l'avortement

11/07/2013 08:07 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

DUBLIN - Les parlementaires de l'Irlande ont largement appuyé le premier projet de loi du pays sur l'avortement, légalisant la pratique dans les cas exceptionnels où les médecins jugent que la grossesse met en danger la vie de la femme enceinte.

Épuisés, les législateurs ont applaudi le vote qui s'est terminé dans une proportion de 127-31 en faveur du projet de loi. Pendant ce temps, à l'extérieur des portes du Parlement, des militants des droits à l'avortement manifestaient leur joie en prenant connaissance des résultats à l'aide de leur téléphone intelligent.

Ce vote est venu mettre un terme à un débat-marathon qui s'est d'abord éternisé jusqu'à 5 h, jeudi matin, et, après une pause pour le sommeil, au-delà de minuit vendredi.

Bien que le résultat était prévisible puisque le premier ministre Enda Kenny détient une imposante majorité, le débat a mis en lumière les craintes viscérales à l'effet que ce premier pas du gouvernement irlandais n'entraîne ce pays essentiellement catholique vers des droits élargis en matière d'avortement dans le futur.

Des conservateurs catholiques ont juré de sortir le parti centriste Fine Gael du pouvoir pour ne pas avoir respecté une promesse électorale faite en 2011 de ne pas légaliser l'avortement. Le gouvernement a rédigé le projet de loi en réaction au cas d'une femme décédée l'an dernier d'une septicémie environ une semaine après avoir fait une fausse couche. Les médecins de l'hôpital irlandais avaient refusé d'interrompre sa grossesse.

Ce décès a mis en relief deux décennies de flottement autour de la question de l'avortement et ce, malgré un jugement de la Cour suprême, en 1992, voulant qu'en cas de danger pour la vie de la mère, l'avortement devrait être légal en Irlande.

Plusieurs députés issus de la gauche, notamment du parti Labour, qui fait partie de la coalition de M. Kenny et qui prône un meilleur accès à l'avortement, ont fortement appuyé le projet de loi.

Le premier ministre Kenny a expulsé cinq des 74 élus de son parti qui ont voté contre le projet de loi. Ils ne pourront pas se porter candidats du parti Fine Gael lors d'élections futures.

Les divisions ont été particulièrement grandes au sujet de la clause permettant à une femme suicidaire de procéder à un avortement si un comité composé de trois médecins est d'accord qu'elle tenterait de s'enlever la vie dans l'éventualité où sa demande d'avortement est refusée. Des militants contre l'avortement ont averti que des femmes faisant croire qu'elles ont l'intention de se suicider, et des médecins sympathiques, exploiteront cette clause.

Mais des lobbyistes pro-avortement ont fait valoir que ces cas sont rares et que les femmes qui souhaitent se faire avorter continueront de choisir l'option la plus facile, c'est-à-dire d'aller en Angleterre, où l'avortement est légal depuis 1967.

Des chiffres publiés jeudi révèlement que 4000 Irlandaises ont subi un avortement en Angleterre l'an dernier. Plusieurs centaines d'autres ont mis fin à leur grossesse non désirée en prenant des médicaments à cette fin commandés sur Internet.

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