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Des Russes se font opérer en Finlande pour "le prix d'une belle voiture"

11/07/2013 11:54 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

Assise sur son lit d'hôpital, petit sourire aux lèvres, Valentina Micheeva, 80 ans, en fait dix de moins. Quatre jours plus tôt, cette Russe alerte se faisait poser une prothèse de la hanche dans une clinique de Finlande, qui cherche à attirer ses compatriotes.

Très sportive, Valentina a dû arrêter le jogging il y un an car elle souffrait de la hanche. Pourtant, impossible pour elle de se faire opérer à Moscou, sa ville d'origine.

"J'étais trop âgée pour recevoir une prothèse. On m'a seulement prescrit des anti-douleurs", raconte-t-elle. "En Russie, il y a de bons docteurs. Mais (...) si on ne connaît pas quelqu'un qui peut faire avancer notre dossier, c'est très difficile".

Il lui restait une seule solution: se faire opérer à l'étranger. "Ma fille habite en Finlande (...) et m'a proposé de venir", explique-t-elle.

Chaque année, cette clinique Coxa, située à Tampere (sud), en majorité propriété d'actionnaires publics finlandais, accueille une vingtaine de Russes parmi ses 3.000 patients.

"C'est encore peu, mais cela ne fait pas très longtemps que nous cherchons à accueillir des patients étrangers", glisse Tarmo Martikainen, son PDG. "A terme, nous aimerions bien en avoir une centaine par an", dit-il. La majorité de cette clientèle viendrait de pays russophones, tels que l'Ukraine et le Belarus.

Le tourisme médical s'est beaucoup développé en Europe, généralement vers des pays de l'ex-bloc soviétique, où les soins sont moins chers que dans les pays riches.

Avec d'autres centres hospitaliers finlandais, Coxa a formé un groupe HealthCareFinland, pour attirer les patients russes. "Nos prix sont moins élevés qu'en Allemagne par exemple, et nous sommes beaucoup plus proches: il ne faut que six heures pour relier en train Saint-Petersbourg à Tampere", rappelle le docteur Jorma Pajamäki, chirurgien.

"La langue est peut-être l'obstacle majeur", reconnaît le docteur Jorma Pajamäki. Coxa a donc recruté du personnel russe, dont Irina Ivanova, médecin.

Elle gère la venue des patients et s'occupe de la traduction du russe au finnois. Près du lit de Valentina Micheeva, elle montre fièrement les fiches plastifiées qui facilitent la communication entre russophones et finnois.

Contrairement à certains centres qui appliquent les tarifs finlandais aux étrangers, Coxa les facture un peu plus. "Il y a des frais supplémentaires, liés à la barrière de la langue par exemple", justifie M. Martikainen sans dévoiler le montant d'une opération.

"Pour les patients russes, venir se faire opérer en Finlande représente beaucoup d'argent, environ le prix d'une belle voiture", explique le docteur Ivanova.

Depuis quelques années, des institutions médicales finlandaises lorgent sur cette clientèle, profitant des failles du système de santé russe. En 2011, environ 10.000 Russes sont venus en Finlande. Ils y ont dépensé quinze millions d'euros en services de santé, de la chirurgie dentaire à des traitements contre des cancers. Les professionnels du secteur espèrent voir tripler ce marché d'ici 2020.

"La Finlande fait de plus en plus de publicité à l'étranger sur (ses) infrastructures médicales", remarque Tarmo Martikainen.

"En toute logique, elle se tourne vers la Russie car c'est le marché le plus proche". Pour attirer des usagers susceptibles de se tourner vers l'Allemagne, le pays mise sur sa proximité géographique et une qualité égale des soins à moindre coût.

Si le tourisme médical prend son essor, les relations commerciales entre Russie et Finlande restent fondées sur l'énergie, qui constitue la majorité des importations de Russie. La Finlande exporte de son côté des services.

"La Russie est le seul pays vers lequel les exportations de la Finlande augmentent, dans le domaine des services en particulier. C'est notre second partenaire commercial après la Suède", souligne par ailleurs Timo Laukkanen, expert chargé de la Russie au sein de la Confédération finlandaise des industries.

Près d'un siècle après l'indépendance de la Finlande vis-à-vis de la Russie, "les relations économiques ont déjà pris le pas sur les questions politiques et militaires", souligne M. Laukkanen.

"La Russie pourrait bien devenir le premier partenaire commercial de la Finlande d'ici à quelques années", conclut un autre expert, Markku Kivinen.

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