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Chine: la croissance sous pression au deuxième trimestre

11/07/2013 11:29 EDT | Actualisé 10/09/2013 05:12 EDT

La croissance de la Chine a ralenti au deuxième trimestre, selon des économistes interrogés par l'AFP, mais ce coup de frein ne devrait pas détourner Pékin des réformes structurelles destinées à rééquilibrer l'économie.

La hausse du produit intérieur brut (PIB) au cours des trois mois terminés fin juin devrait avoir atteint 7,5% sur un an, selon la prévision médiane de ce panel de 10 économistes, soit un peu moins que les 7,7% enregistrés au deuxième trimestre.

Alors que le gouvernement doit annoncer lundi le chiffre officiel de la croissance pour le deuxième trimestre, les nuages s'accumulent sur l'économie chinoise -- qui pâtit de la morosité de la conjoncture aux Etats-Unis et en Europe, et de la faiblesse de la demande intérieure.

L'activité manufacturière a ainsi enregistré en juin sa plus forte contraction depuis neuf mois, selon un indicateur de la banque HSBC, et la Chine a connu le mois dernier une chute inattendue de 14% de son excédent commercial, ses exportations reculant de plus de 3%.

"Une chose est certaine: la croissance chinoise au deuxième trimestre sera plus basse qu'au premier" qui s'était déjà avéré "décevant", a commenté Yao Wei, économiste de Société Générale basé à Hong Kong, insistant sur la faiblesse de la production manufacturière.

Ces dernières années, tout fléchissement de la croissance chinoise incitait les autorités à injecter d'abondantes liquidités pour soutenir l'économie -- une attitude qui ne semble plus de mise depuis l'investiture en mars du président Xi Jinping.

La nouvelle équipe, avec à la manoeuvre le Premier ministre Li Keqiang, a mis l'accent davantage sur la relance de la consommation intérieure que sur les exportations ou les investissements, facteurs traditionnels de croissance du géant asiatique.

"Les réformes sont bénéfiques pour le moyen et le long terme, mais elles ne sont pas de nature à stimuler l'économie à court terme", accentuant au contraire la pression sur la croissance, a commenté Ma Xiaoping, économiste de HSBC basé à Pékin.

De fait, malgré le souci accordé au réformes, l'économie chinoise reste encore dominée par le pilier manufacturier (plus de 40% du PIB): "De façon générale, quand l'activité manufacturière trébuche, elle entraîne la croissance dans son sillage", abonde Mme Yao. Et selon elle, des indicateurs moroses ne suffiront pas à amener Pékin à "fléchir sa position".

Li a justement insisté cette semaine sur la nécessité de poursuivre les réformes engagées, tant que la croissance et l'emploi ne descendent pas sous "les seuils" (non précisés) fixés par le gouvernement, et tant que l'inflation n'excède pas "un niveau limite", selon des déclarations postées sur le site du gouvernement central.

Jian Chang, économiste chez Barclays, a résumé ainsi la politique économique de Li Kequiang (surnommée "Likonomics"): "Arrêt des mesures d'aide publique à l'économie, désendettemment et réformes structurelles", ces dernières visant notamment à réduire les soutiens aux nombreuses entreprises d'Etat peu productives, tout en rééquilibrant les activités économiques.

Ainsi, la baisse de régime du secteur manufacturier est "un ajustement douloureux mais inévitable", la surcapacité industrielle après les aides publiques massives de 2008-2009 étant devenue "de plus en plus criante" face à une demande faiblissante, a commenté Jian Chang.

Mais en conséquence "la Chine a un besoin urgent de trouver de nouveaux facteurs de croissance", prévient l'analyste de Barclays, qui n'exclut pas, au cours de cette transition, "un scénario d'atterrissage brutal quoique temporaire" de l'économie.

Dans le même temps, "les autorités n'assouplissent pas leur politique monétaire, et elles tentent même de resserrer le crédit; les facteurs de rebond (de l'activité) sont donc extrêmement limités", relève Mme Yao.

La sévère crise de liquidités sur le marché interbancaire chinois survenue en juin --fruit de la volonté de mettre au pas un système bancaire plombé par ses créances douteuses-- a ainsi restreint les possibilités d'emprunt des petites entreprises.

Cependant, Li Keqiang a également insisté cette semaine sur l'importance d'une "croissance stable" pour la bonne mise en oeuvre des réformes.

Cette remarque "pourrait indiquer qu'il se sent davantage sous pression à mesure que les indicateurs s'assombrissent", ont estimé Zhang Zhiwei et Wendy Chen, économistes de la banque Nomura.

"Les chiffres de la semaine prochaine seront un test crucial pour le gouvernement", ont-ils jugé. Pour Nomura, il y a "une probabilité de 30%" de voir la croissance glisser sous les 7% au second semestre.

Le gouvernement a fixé pour l'année 2013 un objectif de croissance de 7,5%, contre 7,8% l'an dernier -- son plus bas niveau en 13 ans.

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