NOUVELLES

Tragédie à Lac-Mégantic: la compagnie ferroviaire accepte une part du blâme

10/07/2013 12:40 EDT | Actualisé 08/09/2013 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - La compagnie ferroviaire exploitant le train qui a détruit une partie du centre-ville de Lac-Mégantic et fait au moins 15 morts accepte une part du blâme pour la tragédie, a déclaré mardi son président, Robert Grindrod.

«Du moins, jusqu'à un certain point. Je n'ai jamais caché cela», a affirmé le dirigeant de la Montreal Maine and Atlantic (MMA), en entrevue avec La Presse Canadienne, quelques heures après que le bilan des décès confirmés eut été revu à la hausse à la suite de la découverte de deux autres cadavres.

«Mais on ne peut pas dire quelle portion du blâme», a-t-il ajouté, précisant que dans ce genre d'accident, il y a habituellement plus d'un facteur en cause.

«Et nous n'avons pas été en mesure de faire notre enquête», a-t-il dit.

La catastrophe ferroviaire de samedi fait, dans l'intervalle, l'objet d'une enquête criminelle «sans précédent», selon la Sûreté du Québec (SQ).

La force policière a réitéré mardi qu'environ 35 personnes étaient toujours considérées disparues.

Quelque 200 policiers de la SQ, dont une soixantaine d'enquêteurs, travaillent jour et nuit sur la scène de l'accident afin de retrouver et d'identifier les victimes de la catastrophe, a-t-on indiqué mardi en fin d'après-midi.

Malgré le degré de dévastation des lieux, les policiers n'abandonnent pas.

«On a espoir de trouver d'autres corps», a déclaré mardi l'inspecteur Michel Forget de la SQ.

Certains éléments, que la police n'a pas voulu divulguer, font que les enquêteurs n'écartent pas la possibilité d'un acte criminel ou d'une négligence criminelle.

Personne n'a encore été arrêté et la SQ affirme qu'elle est à la recherche d'éléments de preuve potentiels qui pourraient permettre le dépôt d'accusations criminelles.

«Je ne vais pas spéculer sur les éléments que nous avons retrouvés parce qu'ils sont secrets», a dit fermement l'inspecteur Forget. Il a toutefois indiqué qu'il ne croyait pas que le drame avait été causé par des actes terroristes.

La colère des citoyens, bien présente jusqu'à maintenant, risque de se faire sentir encore mercredi, alors qu'Edward Burkhardt, le président de Rail World, le principal actionnaire de la MMA, est attendu dans la petite ville de Lac-Mégantic.

«Il vient ici pour parler aux gens et exprimer ses sympathies, en même temps que les nôtres», a fait savoir M. Grindrod.

Il veut aussi voir ce qu'on peut faire pour aider, a-t-il rajouté.

Il croit que M. Burkhardt s'attend à devoir faire face à des questions difficiles.

Mais pas à se faire tirer dessus, a précisé M. Grindrod.

«Ce n'est pas plaisant d'être dans mes souliers», a d'ailleurs commenté le président de la MMA.

Celui-ci a par contre louangé le conducteur du train. Un héros? s'est-il fait demander. «Je pourrais dire cela», a-t-il répondu. «Il a évité qu'il y ait plus de dommages et de possibles pertes de vie».

En ce qui a trait à la compensation des victimes et de leurs proches, M. Grindrod a avoué ne pas être trop au courant du processus.

Il s'agit de sa première expérience au Canada, a-t-il dit, et les choses se font différemment aux États-Unis.

Il croit qu'il y a un fonds où l'argent est mis en commun pour dédommager les personnes qui ont subi des pertes de différentes natures. Son entreprise y contribuerait, tout comme les gouvernement provincial et fédéral, ainsi que la Croix-Rouge.

Il a fait savoir que c'est la MMA qui paie pour la décontamination et le nettoyage.

Avenir de Lac-Mégantic

La mairesse de la ville, Colette Roy-Laroche, a lancé un véritable cri du coeur mardi.

«Ne nous abandonnez pas», a-t-elle demandé aux vacanciers potentiels de sa ville.

«Le plus beau cadeau que vous pouvez nous faire, c'est de ne pas annuler vos réservations», a poursuivi Mme Roy-Laroche. Tous les attraits touristiques sont fonctionnels et l'eau du lac n'est pas contaminée, a-t-elle assuré, voulant minimiser les pertes financières pour les entreprises de sa ville, comme les campings et les auberges.

Car la mairesse craint que les compagnies locales ne ferment leurs portes ou ne quittent la municipalité, et que ses citoyens, déjà éprouvés par la tragédie, ne perdent en plus leur emploi.

Elle s'attend à ce que sa municipalité connaisse de lourdes pertes financières, notamment avec la destruction quasi complète de son centre-ville après l'explosion du convoi ferroviaire de la compagnie MMA.

«Certains ont tout perdu», a-t-elle souligné.

La mairesse dit être en communication avec Québec et Ottawa et que les deux gouvernements ont promis de l'aide financière à sa municipalité. Mais pas de montant d'argent.

«On espère que cela va être à la hauteur de nos besoins», a-t-elle déclaré.

Quelque 800 personnes, qui habitent les secteurs les plus près du brasier, attendaient toujours mardi de pouvoir rentrer à la maison.

PLUS:pc