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Edward Burkhardt blâme le conducteur du train pour la tragédie de Lac-Mégantic

10/07/2013 12:28 EDT | Actualisé 09/09/2013 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - Sous les cris et les invectives de citoyens en colère, escorté par la police à travers une meute de journalistes, le grand patron de l'entreprise ferroviaire impliquée dans la tragédie de Lac-Mégantic a déclaré mercredi que le conducteur du train n'avait pas serré correctement les freins à main des wagons citernes remplis de pétrole qui ont ensuite explosé, en fin de semaine dernière.

Ed Burkhardt, président et chef de la direction de Rail World, était attendu de pied ferme dans la municipalité des Cantons-de-l'Est, où la déflagration a fait 20 morts et 30 personnes manquant à l'appel. À peine une dizaine de citoyens ont cependant réussi à l'aperçevoir, alors qu'il s'adressait aux journalistes.

Lors de cette conférence de presse qu'il n'avait pas convoqué, à quelques centaines de mètres du centre-ville dévasté, M. Burkhardt a présenté ses excuses, alors que des citoyens lui criaient qu'il n'était plus le bienvenu, sous le regard attentif des policiers qui les gardaient à bonne distance de l'homme d'affaires américain, qui a semblé déconcentré par instants.

«Nous offrons nos plus sincères excuses à la population de cette ville, a-t-il dit. (...) J'offre mes sympathies les plus sincères et personnellement je suis dévasté par ce qui s'est passé ici. Je me sentirais aussi mal si cela s'était produit chez moi. Au-delà de cela, je ne sais que dire de plus.

«Je comprends pourquoi (la population) est en colère contre moi et parce que je suis le président du conseil d'administration de la compagnie, c'est mon rôle de recevoir toutes ces critiques.»

M. Burkhart a clarifié un point important des circonstances qui ont mené le convoi de cinq locomotives et 72 wagons citernes remplis de pétrole à se mettre en mouvement sans conducteur.

«Il y a plusieurs questions à poser sur la façon dont les freins à main avaient été serrés sur le convoi, en fait ils ne l'ont pas été, sans quoi on n'aurait pas eu cet incident, a-t-il dit. Je ne crois pas qu'un employé a desserré les freins, en fait ils ne les ont tout simplement pas serrés. (...) C'était la responsabilité du conducteur de le faire.»

Le conducteur du train a été suspendu sans solde et M. Burkhardt croit qu'il ne retravaillera pas pour Montreal, Maine & Atlantic (MMA), qui exploite la ligne traversant Lac-Mégantic.

Dimanche, lors d'une entrevue à La Presse Canadienne, M. Burkhardt avait indiqué que les freins à main avaient été serrés correctement sur 11 des 17 wagons citernes du convoi quand le conducteur s'est arrêté à Nantes, à 10km de Lac-Mégantic, vendredi soir, pour un changement de quart.

Rail World, propriétaire de la MMA, avait aussi indiqué que les feins pneumatiques de la locomotive de tête s'étaient désengagés quand les pompiers de Nantes ont du couper le moteur afin d'éteindre un incendie mineur causé par une fuite de carburant, deux heures avant le drame.

Mais M. Burkhardt a expliqué mercredi qu'il n'attribue aucune responsabilité directe aux pompiers de la municipalité de Nantes, qui sont intervenus avant que le train ne parte à la dérive sans conducteur.

«Je crois que les pompiers de Nantes ont joué un rôle, c'est un fait, mais cela ne signifie pas que nous les tenons responsables d'avoir causé cet accident tragique, a-t-il dit. Ils ont joué un rôle, par inadvertance.»

M. Burckhardt a affirmé que l'employé responsable des voies de MMA dans le secteur est arrivé après le départ des pompiers.

«À partir du moment où le conducteur de la locomotive a mis le train à l'arrêt, pour aller se reposer à l'hôtel, jusqu'à ce que notre employé responsable de la voie arrive, après que les pompiers de Nantes soient intervenus, aucun autre employé n'est allé sur place», a-t-il dit.

Le frein à main de la locomotive de tête avait été serré, ce que MMA a constaté après une inspection de l'engin, a indiqué M. Burkhardt.

«Le frein à main sa été mis correctement sur la locomotive, a-t-il dit. Le fait que le train se mette en mouvement quand le frein pneumatique s'est relâché est une indication que les freins à main n'avaient pas été serrés correctement sur le reste du train.»

Alors que plusieurs critiques se sont faites entendre en raison du délai qu'il a mis pour se rendre à Lac-Mégantic, M. Burkhardt a expliqué qu'il avait été retenu à Chicago pour gérer les conséquences de l'accident, notamment en contactant des entrepreneurs chargés d'urgences environnementales ainsi que ses assureurs, en plus de répondre aux médias.

«J'avais le sentiment d'être plus efficace à mon bureau plutôt que d'essayer de travailler par téléphone cellulaire depuis Lac-Mégantic.»

L'entreprise consulte ses assureurs actuellement et M. Burckhadt a expliqué que son objectif est de contribuer à la Croix-Rouge afin de faciliter la relocalisation des personnes touchées par l'explosion et rebâtir les maisons qui sont disparues.

MMA souhaite poursuivre ses activités de transport à travers le secteur de Lac-Mégantic, a indiqué M. Burkhardt, alors que la mairesse Colette Roy-Laroche a plutôt déclaré que la voie devrait déplacée à l'extérieur de la municipalité.

«Nous aimerions regarder ce projet mais pour savoir ce que nous pouvons faire, cela dépendra de nos capacités financières, a-t-il dit. Au départ, nous aimerions nous associer à la planification avec le bureau de la mairesse.»

M. Burkhardt, qui doit être à Lac-Mégantic mercredi et jeudi, a affirmé qu'il voudrait aller visiter des personnes évacuées à cause de l'incendie qui a ravagé le centre-ville. Mais il doute que la mairesse l'autorise à le faire.

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