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« S » de C!RCA à Montréal Complètement Cirque : hymne à la beauté du monde (CRITIQUE/PHOTOS)

10/07/2013 11:21 EDT | Actualisé 09/09/2013 05:12 EDT
Darcy Grant

La fébrilité à son paroxysme, les sens en éveil, les paupières humides, les battements du cœur qui se transforment en palpitations, l'impression que vous êtes à la fois un enfant qui découvre la beauté du monde et un adulte qui remercie la vie d'être témoin d'une telle splendeur. Assister à une représentation de « S », c'est être convaincu en quelques minutes que vous avez droit à la meilleure production du festival Montréal Complètement Cirque !

Après un arrêt dans la métropole en 2011 avec Wunderkammer, la troupe australienne C!RCA est de retour à Montréal pour présenter « S », une œuvre dénuée d'histoire, mais qui déborde d'un élément trop souvent délaissé par les créateurs : la simplicité. Les décors sont inexistants, les accessoires se font rares, les costumes n'offrent rien d'autre que des pantalons et des maillots d'un noir parfaitement neutre et sans artifice. Les quatre hommes et trois femmes se laissent aller sur scène pendant 90 minutes avec un savoureux amalgame de candeur, de pureté, d'humour et de grande concentration.

Dès les premiers instants, les spectateurs comprennent que les interprètes de « S » sont à la fois des circassiens de grand calibre et des danseurs de talent, C!RCA étant réputée pour ses œuvres à l'esthétique léchée, où le cirque donne la main à la danse contemporaine. Parions que les danseuses et chorégraphes Marie Chouinard et Louise Lecavalier, qui étaient dans la salle en ce soir de première, se sont laissées inspirer par tant de créativité.

Les artistes de C!RCA ne sont pas seulement des acrobates capables de se mouvoir dans l'espace avec brio, ils font également preuve d'une polyvalence circassienne quasi indescriptible. Séquences de mains à mains exécutées à une vitesse ahurissante, transferts périlleux d'un partenaire à l'autre, portés spectaculaires, lancés d'une maîtrise effarante, prouesses de contorsion à couper le souffle, pirouettes aériennes rappelant certains mouvements de patinage artistique en couple, partitions dignes de gymnastes, numéro de tissu aérien nous donnant le sentiment de redécouvrir une discipline pourtant maintes fois éprouvée, portion consacrée à quelques prouesses avec des cerceaux. Le tout exécuté sur une musique capable de rythmer la cadence, de ponctuer l'atmosphère d'émotions et de nous garder captifs jusqu'à la fin.

Malgré le talent indéniable des acrobates masculins, il est impossible de ne pas mentionner les capacités surprenantes de leurs collègues féminines. Les trois circassiennes sont tantôt souples, tantôt rieuses, tantôt capables de se relever du sol avec un de leur partenaire masculin sur le dos, tantôt parfaitement concentrées dans un numéro d'équilibre, tantôt suave enroulée de tissu pris entre ciel et terre, tantôt poignantes d'intensité.

L'inventivité de la troupe australienne se démarque tout particulièrement lors d'un numéro où les moindres sons provoqués par les mouvements, les respirations et les coups résonnent dans un micro attaché au corps d'un acrobate. Il fallait voir l'acrobate blondinette s'en donner à cœur joie frappant la poitrine de son collègue, en montant sur sa tête et faisant des vrilles dans ses bras ! Au-delà de leurs prouesses physiques qui nous laissent pantois d'admiration, les interprètes de « S » se démarquent par leur cohésion et leur complicité folle.

Les mots peinent à décrire l'œuvre de C!RCA. Parfois, il suffit de se taire, d'être là et de goûter chaque éclat de beauté qui s'arrime à notre cœur, sans chercher à l'intellectualiser et à l'expliquer. Simplement vivre la beauté.

« S » au Théâtre du Nouveau Monde du 9 au 13 juillet 2013. Pour plus de détails, cliquez ici.

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« S » de C!RCA
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