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Lac-Mégantic: certains rentrent chez eux, d'autres perdent patience (VIDÉO)

09/07/2013 08:33 EDT | Actualisé 09/07/2013 08:49 EDT

Près de quatre jours après l'explosion terrible d'un train au coeur du village québécois de Lac-Mégantic, certains sinistrés qui habitent près de la "zone rouge" commençaient mardi à perdre patience et reprochaient aux enquêteurs de faire du zèle.

"On veut rentrer, y'a plus de danger!"

Bandana sur le crâne, cigarette fumée frénétiquement, un trentenaire s'époumone. Pendant que les autorités tiennent une conférence de presse, il a tenté discrètement de passer le barrage de la Sûreté du Québec avec sa mère. Ils n'ont pas fait un mètre à l'intérieur du périmètre, interdit à tous car considéré comme "une scène de crime", avant d'être rattrapés.

Devant les caméras des journalistes, le ton monte.

"On veut aller chez nous dans les plus brefs délais", crie l'homme. "Avec tous les médias partout et tout, on fait quoi? On part camper?"

Sa mère, le regard perdu, accepte l'invitation du chef de la police locale d'aller discuter calmement.

"C'est dur de vivre ailleurs", murmure la femme au policier qui lui répond qu'il ne veut pas "donner de faux espoirs".

Son fils, lui, ne décolère pas. Il possède plusieurs perruches et craint pour elles. "Les oiseaux c'est fragile!"

Assis sur un banc, à deux mètres de là, Jean-Claude Prince assiste impassible à la scène. "Ca va rien donner d'être obstiné", dit ce ferrailleur de 65 ans, qui a dormi trois nuits dans son pick-up, avant de retrouver son domicile mardi matin.

"Au moins je suis debout", dit l'homme, qui, cynique, plaisante sur le fait que les enquêteurs auraient eu "de la misère" (du mal, ndlr) à l'identifier s'il s'était trouvé dans le brasier. "Il ne me reste que quatre dents", lance-t-il.

Plus de 2 000 personnes ont été évacuées du centre-ville de la bourgade québécoise dans les heures qui ont suivi le déraillement et l'explosion d'un convoi de wagons-citernes, dans la nuit de vendredi à samedi.

Les autorités évoquent "plus ou moins 50 disparus", dont 15 corps ont déjà été retrouvés.

"Le train a mis Mégantic à terre"

Mardi, quelque 1 200 habitants ont eux reçu l'autorisation de regagner leurs domiciles pour la première fois depuis leur évacuation samedi.

Et alors que l'émotion est toujours vive dans la petit ville, beaucoup attendent de pied ferme le PDG de la compagnie ferroviaire américaine MMA, Ed Burkhardt, lui reprochant en particulier une communication quasi-inexistante depuis le drame.

Les dirigeants de la société ferroviaire "auraient dû communiquer beaucoup plus, ils sont nuls", juge Gérard, un tailleur de granite, en train de griller cigarette sur cigarette sur le patio de sa maison qu'il vient tout juste de regagner dans le quartier de Fatima.

"Est-ce que le PDG de MMA a peur?", s'interroge cet homme de 53 ans à propos du silence de la société, qui a suscité l'ire des locaux en publiant dimanche un communiqué dans un français incompréhensible.

Il faut "au moins" que Ed Burkhardt "s'excuse auprès de la population" pour le drame, "cela apaiserait les choses", estime pour sa part Vital, un autre résident du quartier.

Ed Burkhardt était attendu mardi, mais ne s'est pas montré. Mercredi peut-être.

"Il est supposé venir, mais pour faire quoi?", dit Jean-Claude Prince. "Il va faire faillite et récupérer les assurances", avance le ferrailleur.

De retour chez lui, M. Prince s'interroge sur l'avenir de sa ville. "Avec un tel désastre, c'est fini", craint-il, notant que "le train dans le passé a permis à Mégantic de sortir de terre. Mais cette fois il l'a mis à terre."

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