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Deux employés de MMA étaient avertis de l'incendie d'une locomotive, dit le BST

09/07/2013 04:56 EDT | Actualisé 08/09/2013 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - Au moins deux employés de l'entreprise ferroviaire impliquée dans la tragédie de Lac-Mégantic avaient été avisés qu'un incendie s'était déclenché sur la locomotive juste avant qu'elle parte à la dérive sans conducteur, a indiqué mardi le Bureau de la sécurité des transports.

Le responsable régional Ed Belkaloul a prévenu lors d'une conférence de presse qu'il faudra encore attendre avant d'avoir une idée plus précise des circonstances qui ont mené au décès de 15 personnes et à la disparition d'environ 35 autres.

«Le processus est très long, parce qu'on ne veut pas manquer notre coup, c'est très important pour le public, pour les gens de qui ont perdu des proches», a-t-il dit.

«Il y a plusieurs enquêtes qui sont menées parallèlement à la nôtre, c'est un facteur énormément important, c'est ça qui va éventuellement limiter l'information qu'on peut communiquer au public, pour ne pas compromettre les autres enquêtes.»

M. Belkaloul a cependant esquissé un portrait des deux heures qui ont précédé l'explosion d'un convoi ferroviaire de 72 wagons-citernes remplis de pétrole, tirés par cinq locomotives.

Concernant l'incendie qui s'est déclenché tard vendredi, deux heures avant le drame, dans la locomotive de tête, alors que le convoi était à l'arrêt dans le village de Nantes, à 10 km de Lac-Mégantic, M. Belkaloul a confirmé que deux employés de l'entreprise Montreal, Maine & Atlantic (MMA) avaient été prévenus.

«À 23h50, il y a eu un incendie qui a été signalé au contrôleur de la circulation ferroviaire de la compagnie, a-t-il dit. Ensuite un employé, ça c'est important, un employé de MMA est arrivé sur les lieux pour aider les services d'incendie.»

Le BST n'est cependant pas encore capable de préciser qui est la dernière personne à avoir quitté le convoi, dont les freins pneumatiques se sont ensuite desserrés parce que le moteur de la locomotive avait été coupé par les pompiers.

M. Belkaloul a indiqué que le contact a été coupé à minuit, et qu'à environ 1h, le convoi s'est mis en mouvement vers Lac-Mégantic.

Selon le représentant du BST, la pente entre les deux municipalités est dans les plus prononcées, avec une dénivellation de 1,2 pour cent, ce qui se compare aux variations de 1,4 pour cent dans les montagnes Rocheuses.

«En terme de chemin de fer, 1,2 pour cent, c'est énorme», a-t-il précisé, en précisant que la vitesse du train a ensuite excédé la limite autorisée.

Le déraillement est survenu vers 1h14, quand les wagons sont sortis de la voie dans une courbe puis explosé, enflammant le centre-ville.

Plus tôt cette semaine, le président et chef de la direction de MMA, Edward Burkhardt, a affirmé que l'arrêt du moteur de la locomotive avait entraîné une baisse de pression dans le système de freinage pneumatique, ce qui a permis au convoi de se mettre en mouvement.

Le chef du service d'incendie de Nantes, Patrick Lambert, a expliqué lundi que les pompiers ont coupé le contact lors de l'intervention, en conformité avec les procédures édictées par MMA. M. Lambert s'est dégagé de toute responsabilité, indiquant que des employés de MMA avaient donné congé aux pompiers une fois le feu éteint.

Le BST n'a pas encore eu accès aux wagons-citernes, toujours dans la «zone rouge» surveillée par les pompiers, mais les enquêteurs examineront lorsque ce sera possible la position des freins à main sur leurs roues, a indiqué M. Belkaloul.

«On va examiner les roues de près, la position des sabots, c'est ça qui va nous dire combien de freins ont été appliqués sur le train», a-t-il dit.

M. Burkhardt avait précisé plus tôt à La Presse Canadienne que les freins avaient été serrés sur les 11 premiers wagons du convoi.

Mardi, M. Belkaloul n'a pas été en mesure de dire sur combien de wagons les freins devaient être serrés en vertu des règles auxquelles la compagnie est soumise, puisque ces consignes varient en fonction des situations.

Au cours des prochains jours, les enquêteurs examineront davantage les informations recueillies dans la boîte noire de la locomotive, qui enregistre les données diverses relatives au mouvement du convoi.

M. Belkaloul a néanmoins précisé que l'enquête s'accélérera dès que l'accès aux wagons-citernes sera possible.

Les neuf enquêteurs du BST ont été rejoints par cinq autres, qui seront principalement affectés à l'établissement des causes de l'incendie qui est survenu dans la locomotive juste avant que le convoi parte à la dérive.

Le BST devra aussi préciser pourquoi le convoi avait été immobilisé à Nantes sur la voie principale plutôt que sur la voie de garage, qui comporte un dispositif de déraillage qui aurait pu empêcher le train de se mettre en mouvement sans conducteur.

L'enquête s'intéressera de plus à la résistance des wagons citerne de classe 111, qui composaient le convoi de MMA, un type de voitures utilisé à grande échelle en Amérique du Nord pour le transport de marchandises diverses.

«Ce ne sont pas des wagons qui sont protégés, comme les wagons de propane, qui ont des doubles coques ou des bouliers de bout pour résister aux chocs lors des impacts, a-t-il dit. La résistance de ces wagons-là, dans ce type de transport et dans des conditions similaires va être couverte par l'enquête.»

Le BST a déjà recommandé l'utilisation de wagons plus solides pour le transport de pétrole, à la suite d'un accident à La Tuque dans les années 1990, ce qui avait donné lieu à des améliorations.

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