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Les pompiers de Nantes ont suivi les règles d'intervention de la MMA

08/07/2013 04:42 EDT | Actualisé 07/09/2013 05:12 EDT

NANTES, Qc - Le chef des pompiers de la municipalité de Nantes, qui ont éteint un premier incendie sur le train qui a ensuite explosé à Lac-Mégantic, a déclaré lundi que les règles d'intervention édictées par la compagnie ferroviaire ont été scrupuleusement respectées.

Patrick Lambert a affirmé que lui et ses hommes ont reçu une formation de la part de Montreal, Maine & Atlantic (MMA), une entreprise propriétaire d'un convoi de pétrole qui a explosé samedi matin, causant au moins 13 morts et une quarantaine de disparus.

M. Lambert a expliqué que ses pompiers étaient déjà intervenus quatre fois au cours des huit dernières années pour éteindre des incendies sur les locomotives de l'entreprise.

Le directeur du service des incendies de la municipalité de Nantes, à 10 km de Lac-Mégantic, a affirmé qu'il ne comprend pas comment le train a pu être laissé en marche, vendredi en fin de soirée, sans surveillance.

C'est un appel d'urgence d'un citoyen qui a alerté les pompiers concernant un incendie qui s'était déclaré dans la locomotive. Des flammes sortaient de la cheminée quand les 12 pompiers sont arrivés en fin de soirée.

MMA a affirmé que le convoi s'est mis en marche sans conducteur parce que les freins appliqués sur le convoi s'étaient desserrés en raison de l'arrêt du moteur.

M. Lambert a affirmé lors d'une rencontre avec des journalistes, devant l'hôtel de ville de Nantes, que lors de l'intervention des pompiers, le moteur avait été coupé, une procédure prévue par l'entreprise.

«Quand on est arrivés, la locomotive fonctionnait, c'est nous qui l'avons arrêtée, par sécurité, a-t-il dit. C'est dans le protocole d'intervention de MMA, il faut couper le moteur.»

M. Lambert s'est dégagé de toute responsabilité concernant les conséquences de l'arrêt du moteur de la locomotive.

«C'est les règles que MMA nous a montrées. Ils nous ont dit: c'est de même que vous intervenez», a-t-il dit.

Selon le chef des pompiers, le nombre de wagons-citernes contenant du pétrole a augmenté considérablement au cours des dernières années.

«Avant, il y a deux ans, trois ans, on pouvait avoir trois ou quatre citernes de pétrole dans un convoi, mais aujourd'hui on a des convois qui ne comportent que des citernes de pétrole.»

M. Lambert croit qu'il est dangereux que les citernes ne soient pas isolées par d'autres wagons transportant des marchandises non inflammables.

«Pour moi, ça devrait être séparé, par exemple tous les dix citernes, un 'box-car', ça peut empêcher le feu de se propager d'un wagon à l'autre, a-t-il dit. Autrement, quand le premier explose, ça continue.»

Selon le chef des pompiers, deux représentants de MMA étaient présents lorsqu'ils sont partis, quand le feu a été éteint, 45 minutes après le début de l'intervention.

«Les gens de MMA ont dit: 'c'est beau, le train est sécurisé, il n'y a plus de feu, il n'y a plus rien, il n'y a plus de danger, on a eu notre libération et on est partis», a-t-il dit.

Edward Burkhardt, le président et chef de la direction du holding propriétaire de MMA, Rail World, a laissé entendre que les pompiers auraient pu faire mieux durant leur intervention.

M. Burkhardt a affirmé qu'il était possible que les employés de son entreprise, rencontrés par les pompiers, ne connaissaient pas le fonctionnement des freins.

«Lorsqu'ils reçoivent un appel pour une locomotive en flammes, pourquoi ne tirent-ils pas le conducteur de son lit pour l'emmener sur place avec eux?», a-t-il demandé dans une entrevue à CBC.

M. Burkhardt a minimisé la responsabilité de son entreprise dans la tragédie.

«Est-ce que tout cela traduit une énorme négligence? Non, on ne peut pas dire ça.»

Le maire de Nantes, Sylvain Gilbert, a affirmé que les risques liés au transport de pétrole par rail ont incité la ville à placer les accidents ferroviaires au sommet de la liste de son plan de mesures d'urgence.

«Plus on a de pétrole ou de produits dangereux qui transitent par notre municipalité, plus c'est dangereux, ça c'est clair, a-t-il dit. Mais il y a du monde plus pesant que nous qui dit: regarde, on passe par là. C'est à eux de rendre leur voie ferroviaire sécuritaire.»

M. Gilbert a expliqué qu'il était «plus ou moins» insatisfait de l'entretien du réseau ferroviaire effectué par MMA dans sa municipalité, notamment concernant un passage à niveau qui suscite des craintes de déraillement.

«C'est le laisser-aller à certains endroits, ce sont des vieux réseaux, qui ont plusieurs années, a-t-il dit. Il y aurait beaucoup d'argent à remettre là-dessus. C'est sûr que les compagnies essaient d'économiser comme à peu près tout le monde.»

Le coordonnateur à la sécurité civile de Nantes, Jacques Breton, a soutenu que les convois de wagons-citernes transportant du pétrole ne devraient pas circuler ainsi à travers des municipalités.

M. Breton a rappelé que jusqu'à récemment, les citernes de pétrole étaient rares sur les convois, où des marchandises comme le bois dominait.

«Ça fait un an et demi qu'on voit passer le 'pipeline-roulant'», a-t-il dit.

Le ministre des Transports Denis Lebel a expliqué lors d'un passage à Lac-Mégantic que la locomotive de MMA, en cause dans l'explosion, avait été inspectée par un représentant de Transports Canada vendredi dernier, veille de la tragédie.

«Il n'avait décelé aucune lacune sur la locomotive», a-t-il dit, en précisant que le Canada compte 80 inspecteurs fédéraux affectés au transport ferroviaire.

M. Lebel a affirmé que les règles actuelles permettent de laisser un convoi sans surveillance, comme dans le cas de celui de MMA qui était sur une voie de garage à Nantes.

«Les règles actuelles le permettent, c'est une pratique qui semble assez répandue dans l'industrie, a-t-il dit. C'est clair que ça va faire partie des recommandations qui vont nous être ramenées, je suis certain que les inspecteurs vont analyser ça et nous faire leurs commentaires.»

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