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Des affrontements entre militaires et islamistes font au moins 54 morts au Caire

08/07/2013 06:20 EDT | Actualisé 07/09/2013 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Des soldats et des policiers égyptiens ont affronté, lundi au Caire, des islamistes qui manifestaient contre la destitution du président Mohammed Morsi, un véritable bain de sang qui a fait au moins 54 morts, ont déclaré les autorités et des témoins.

Au moins 51 manifestants et trois membres des forces de sécurité ont été tués. Les autorités ont également rapporté plus de 400 blessés, la plupart par des tirs de balles réelles ou de chevrotine. Ce nouvel affrontement menace d'aggraver la crise en Égypte, le parti des Frères musulmans ayant appelé ses partisans à se rebeller contre l'armée.

Le carnage devant le siège de la garde républicaine au Caire, où l'ex-président a d'abord été détenu la semaine dernière, est l'incident le plus grave depuis les grandes manifestations qui ont mené à la destitution du gouvernement Morsi, mercredi.

Le président par intérim désigné par l'armée a annoncé un échéancier serré qui mènerait à des élections dans environ sept mois.

Selon cet échéancier, deux comités seraient désignés afin d'amender la constitution islamiste adoptée sous le régime de Mohammed Morsi. Un référendum sur ces modifications aurait lieu d'ici quatre mois et demi. Des élections parlementaires se tiendraient dans un délai de deux mois. Une fois le nouveau Parlement élu, il aurait une semaine pour déterminer la date du scrutin présidentiel.

Avant même que le bilan final des victimes ait été établi, des informations contradictoires circulaient sur la façon dont l'affrontement a commencé. Les manifestants pro-Morsi affirment que les forces de l'ordre ont attaqué leur campement sans provocation après la prière du matin. L'armée affirme pour sa part avoir été attaquée par des hommes armés, qui ont tué un militaire et deux policiers.

Des témoins qui ne participaient pas à la manifestation ont déclaré avoir vu les forces de l'ordre avancer dans une apparente volonté de démanteler le camp des manifestants, tirant des gaz lacrymogènes. C'est alors que les tirs à balles réelles ont commencé. Une femme a déclaré que les tirs semblaient provenir du côté des manifestants, mais d'autres témoins n'étaient pas en mesure de dire d'où ils venaient.

L'affrontement s'est poursuivi pendant trois heures. Les manifestants lançaient des pierres et des cocktails Molotov du haut des édifices, tandis que des tirs pouvaient être entendus. Les cliniques improvisées mises sur pied par des partisans des Frères musulmans ont été submergées de blessés.

L'affrontement sanglant risque de creuser davantage le fossé entre les Frères musulmans, qui estiment que l'armée a mené un coup d'État contre un président démocratiquement élu, et leurs opposants, qui affirment que Mohammed Morsi a gâché sa victoire électorale de 2012 et menaçait la démocratie en renforçant l'emprise des islamistes sur l'État.

Le plus haut chef religieux musulman de l'Égypte, qui a soutenu la destitution de M. Morsi, a déclaré qu'une «guerre civile» menaçait le pays et a annoncé qu'il resterait reclus jusqu'à ce que la violence cesse.

Le cheikh Ahmed el-Tayeb, imam de la mosquée Al-Azar, a déclaré qu'il n'avait «pas d'autre choix» que de rester confiné dans sa résidence «jusqu'à ce que tout le monde assume la responsabilité de faire cesser le bain de sang plutôt que d'entraîner le pays dans la guerre civile». Il a demandé la mise sur pied immédiate d'un processus de réconciliation qui comprendrait la libération des membres des Frères musulmans détenus.

Peu après l'attaque, le parti salafiste Al-Nour, qui avait indiqué son intention de participer à la transition politique, a annoncé qu'il retirait son appui au plan de transition en réponse au «massacre».

Le bras politique des Frères musulmans, le Parti de la liberté et de la justice, a appelé les Égyptiens à se soulever contre l'armée.

Le parti a aussi appelé la communauté internationale à faire cesser les «massacres» en Égypte et a accusé l'armée de pousser le pays vers la guerre civile, affirmant que l'Égypte risquait de devenir «une nouvelle Syrie».

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