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Égypte: mobilisation monstre sur la place Tahrir

07/07/2013 04:18 EDT | Actualisé 06/09/2013 05:12 EDT
AFP

LE CAIRE - Des dizaines de milliers d'opposants à Mohamed Morsi étaient rassemblés dimanche en Égypte, notamment sur la place Tahrir au Caire, dans une démonstration de force destinée à prouver que l'ex-président islamiste a été renversé par une révolution populaire et non un coup d'Etat.

Alors que des avions de chasse rasaient les toits de la capitale, lâchant derrière eux une fumée aux couleurs du drapeau national, la place Tahrir était noire de monde pour une mobilisation se voulant pacifique, après des heurts d'une rare violence vendredi entre pro et anti-Morsi.

De leur côté, les islamistes continuaient à mobiliser leurs troupes pour maintenir la pression sur l'armée, qui détient M. Morsi depuis sa destitution, et dénoncer l'"Etat policier" qu'elle a instauré, selon eux.

Ces mobilisations rivales font peser le risque de nouvelles violences, alors que de difficiles tractations se poursuivent en vue de la nomination d'un Premier ministre, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, pressenti, ne faisant pas consensus.

Vendredi, au moins 37 personnes avaient été tuées et plus de 1 400 autres blessées à travers le pays, notamment en marge de rassemblements de dizaines de milliers de sympathisants des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi.

Dimanche, l'ambiance était bon enfant à Tahrir recouverte d'une nuée de drapeaux, dont l'un, géant, proclamait "Dégage" à l'adresse de M. Morsi, tandis que des pancartes affirmaient, en anglais, "l'Egypte a connu une révolution, pas un coup d'Etat".

Non loin de là, Yasser, ingénieur, a affirmé à l'AFP que la destitution de M. Morsi n'était pas "contre la démocratie car 30 millions de personnes sont descendues dans la rue pour exprimer leur colère".

Comme lui, des dizaines de milliers d'Egyptiens étaient mobilisés dimanche dans de nombreuses villes du pays pour "achever (la révolution) du 30 juin", date à laquelle avaient débuté les manifestations d'une ampleur inédite qui ont conduit l'armée à déposer M. Morsi.

Mobilisation rivale

Ses partisans étaient quant à eux massés par milliers près de l'université du Caire, dans le quartier de Guizeh, devant une mosquée du faubourg de Nasr City, ainsi que devant la Garde républicaine, où quatre des leurs sont morts vendredi lors d'échanges de tirs avec des soldats.

"Les militaires ont volé la légitimité et mon vote. Ce sont des traîtres", a lancé Ahmed Mohamed, un étudiant venu d'Assiout (sud).

Alors que la transition a été lancée avec la nomination d'Adly Mansour comme président par intérim et la dissolution de la chambre haute dominée par les islamistes, les nouvelles autorités peinent à s'accorder sur le nom d'un Premier ministre.

Le choix de M. ElBaradei, annoncé samedi soir par l'agence officielle Mena et plusieurs sources politiques et militaires, s'est heurté aux objections du parti salafiste al-Nour, partenaire islamiste d'une coalition principalement composée de mouvements laïques.

L'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et prix Nobel de la paix apporterait, s'il était désigné, la caution d'une personnalité internationalement reconnue, aux fermes convictions démocratiques, au gouvernement qui doit se mettre en place en vertu d'une "feuille de route" présentée par l'armée.

Tractations politiques

Il risque en revanche de braquer les islamistes de tous bords, qu'ils soient ou non partisans de M. Morsi.

"On ne peut pas parler de réconciliation nationale et ensuite nommer l'opposant le plus virulent de M. Morsi Premier ministre", a déclaré à l'AFP un haut responsable d'al-Nour, Nader Baqqar.

Un proche de M. ElBaradei a confié craindre qu'une telle nomination ne "pousse les salafistes dans les bras" des Frères musulmans. Selon des sources politiques, des tractations auraient lieu sur des ministères à confier à des partisans d'al-Nour afin qu'ils acceptent M. ElBaradei.

Ce dernier a, dans un entretien à l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, assuré qu'il voulait "l'intégration des Frères musulmans dans le processus de démocratisation", et a souhaité que M. Morsi "soit traité avec dignité", alors qu'une campagne d'arrestations et de procédures judiciaires a été lancée contre la confrérie.

Quel qu'il soit, le prochain chef de gouvernement aura une lourde mission, le pays étant au bord de la banqueroute financière et en proie à une polarisation donnant lieu à des violences meurtrières. La Constitution a été suspendue et le pouvoir législatif -dominé par les islamistes- a été dissout depuis la chute de M. Morsi.

Le président russe Vladimir Poutine a estimé que l'Egypte était au bord d'une guerre civile. Son homologue américain Barack Obama a répété ne soutenir "aucun (...) groupe égyptien particulier", tandis que l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair a défendu le coup militaire, estimant que l'alternative était "le chaos".

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