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L'incendie causé par un déraillement à Lac-Mégantic a fait au moins un mort

06/07/2013 04:16 EDT | Actualisé 04/09/2013 05:12 EDT

LAC-MÉGANTIC, Qc - Gilles Fluet a échappé de peu à l'explosion d'un convoi de wagons-citernes remplis de pétrole qui a fait au moins un mort dans la petite municipalité de Lac-Mégantic, tôt samedi matin.

M. Fluet venait tout juste de quitter le bar Musi-Café, vers 1h du matin, où se trouvaient selon lui une quarantaine de personnes à l'intérieur de l'établissement et sur la terrasse.

En compagnie d'un couple d'amis avec qui il avait passé la soirée, M. Fluet rentrait chez lui quand il a aperçu le convoi ferroviaire composé de wagons-citernes de pétrole derrière lui, à environ 50 mètres.

«On venait juste de passer ça et le train nous a passé aux fesses, à une vitesse de fou, a-t-il dit. Toutes les roues, ça boucanait, une grosse boucane blanche. Et là, j'ai dit à mes amis: 'courons parce que ça va sauter'»

Avec son ami, ils ont réussi à s'abriter derrière un immeuble, mais la femme n'a pas eu le temps de se protéger de la déflagration, qui l'a brûlée à un bras et à une jambe.

Les détonations ont suivi le déraillement et les wagons-citernes se sont vidés de leur contenu qui s'est aussitôt enflammé.

«Ça faisait comme une rivière de pétrole qui coulait vers le lac, a-t-il dit. Il y avait du pétrole qui brûlait sur le lac.»

Selon M. Fluet, un retraité de 65 ans, aucun son ni signal n'a précédé l'arrivée du convoi, à bord duquel il n'y avait aucun conducteur.

«Le train venait tellement vite, il n'y avait aucun signal, a-t-il dit. À un moment donné, on s'est aperçu que ça passait en arrière de nous autres. Comme une balle. On n'a jamais vu venir ça, on n'a jamais entendu venir rien. Quand on l'a vu, il passait en arrière de nous autres. C'est là que j'ai dit à mes amis: 'go, parce qu'on est morts'.»

Le témoin, qui a toujours résidé à Lac-Mégantic, a estimé que le train devait se déplacer «peut-être à la vitesse que roule une automobile sur une grande route.»

Marchant vers chez lui pour prendre sa voiture et fuir les lieux où les déflagrations se succédaient, M. Fluet a donné l'alerte sur son chemin, frappant aux portes des immeubles.

«Quand il y avait quelqu'un qui sortait de là, je disais: avertis le monde dans ton bloc que le centre-ville est en feu, c'est parti pour sauter.»

M. Fluet a affirmé qu'il croit avoir perdu plusieurs de ses amis qui se trouvaient à l'intérieur du Musi-Café, au moment où il a quitté.

«À date, j'ai des noms de gens qui semblent avoir 'passé au cash', a-t-il dit. Ce n'est pas encore confirmé officiellement.»

En après-midi, samedi, la Sûreté du Québec a confirmé qu'une personne était décédée, sans pouvoir divulguer son identité.

Mais lors d'une conférence de presse, tard samedi soir, les autorités policières ont dit s'attendre à ce que le bilan des victimes soit plus élevé.

«Je ne voudrais pas avancer n'importe quels chiffres. Chose certaine, on a déjà un décès de confirmé, et on s'attend à ce qu'il y en ait d'autres. Par contre, on s'attend aussi à ce que le nombre de personnes portées disparues soit plus élevé que le bilan final au niveau des décès», a déclaré le lieutenant Guy Lapointe, un porte-parole de la Sûreté du Québec.

Le chef du service des incendies de Lac-Mégantic, Denis Lauzon, a reconnu que des pompiers de la municipalité voisine de Nantes étaient intervenus sur un train peu avant l'explosion. M. Lauzon a affirmé qu'il s'agirait probablement du même convoi qui a explosé ensuite à Lac-Mégantic.

«Il semblerait qu'ils soient intervenus sur une locomotive», a-t-il dit.

En soirée, le lieu du déraillement, au centre de la petite ville, était encore entouré par un important périmètre de sécurité pendant que les pompiers s'affairaient encore autour de l'incendie qui dégageait toujours un panache de fumée visible à 5 km à la ronde.

Le train de l'entreprise Montreal, Maine & Atlantic était composé de 73 wagons-citernes transportant du pétrole brut et se dirigeait vers le Maine. La cause du déraillement est inconnue pour l'instant.

Edward Burkhardt, président et chef de la direction de Rail World, la société propriétaire de Montreal, Maine & Atlantic Railway, a affirmé que le train avait été stationné avant la catastrophe.

«Le train était stationné, il n'était pas en opération. Il était stationné», a-t-il dit.

Selon M. Burkhart, plus d'analyses sont nécessaires pour comprendre ce qui s'est passé, car le train était à l'arrêt à la fin d'un parcours accompli par le conducteur.

«Il est évident qu'il s'est passé quelque chose avec les freins sur ce train, a-t-il dit. Il y a une dénivellation entre l'endroit où le train était stationné et la municipalité de Lac-Mégantic.»

«Si les freins ne sont pas serrés correctement sur un train, il se met en mouvement. Mais nous croyons que les freins étaient serrés correctement.»

Lors d'un point de presse en milieu d'après-midi, le lieutenant Michel Brunet, de la Sûreté du Québec, n'était pas en mesure de dire combien de personnes manquent à l'appel.

«Nous devons être extrêmement prudents», a-t-il déclaré.

M. Brunet a invité les résidants qui souhaitent signaler une disparition à se déplacer à la polyvalente Montignac, où la Croix-Rouge a installé un centre d'hébergement pour les quelque 1000 résidants évacués.

«Plusieurs personnes peuvent avoir signalé la disparition d'un même individu», a-t-il ajouté, laissant entendre qu'il faudrait du temps pour établir une liste définitive des gens qui manquent à l'appel.

L'incendie est circonscrit, mais pas encore éteint, a expliqué un responsable du service des incendies. Quelque 150 pompiers sont déployés sur les lieux et tentent notamment de refroidir cinq des wagons-citernes. Trente bâtiments sont détruits dans le secteur.

Environ un millier de résidants de la localité voisine de Fatima ont été évacués dans l'après-midi à cause des émanations toxiques.

Des représentants de divers ministères ont indiqué que plusieurs équipes d'intervention étaient déployées sur place, non seulement pour assurer la sécurité des citoyens, mais également pour s'attaquer aux émanations toxiques et au déversement de carburant dans la rivière Chaudière.

Pour le Bureau de la sécurité des transports, dont une équipe d'intervention a été déployée sur les lieux de la catastrophe, il faudra attendre que les équipes d'urgence terminent leur travail avant de s'aventurer près des wagons incendiés et se mettre à la recherche des boîtes noires contenant les informations du train. Une fois ces enregistrements récupérés, il sera plus facile de tenter de comprendre les raisons de l'accident, explique-t-on.

La première ministre Pauline Marois s'est déplacée et elle a survolé la ville juste avant de se rendre sur place pour exprimer sa solidarité envers la population lors d'un point de presse. Mme Marois a expliqué avoir éprouvé un sentiment de désolation devant le spectacle qui s'est offert des airs.

«C'est la tristesse que j'ai ressenti surtout pour les gens qui sont concernés par ce désastre», a-t-elle dit.

Un peu plus tôt, alors qu'il se trouvait à Calgary, le premier ministre canadien Stephen Harper s'est dit «choqué et horrifié par la nouvelle».

«Mes pensées et mes prières sont avec les gens de Lac-Mégantic. J'aimerais offrir mes condoléances aux familles des victimes», a également déclaré M. Harper.

M. Harper dit être entré en communication avec Mme Marois et ajouté que les fonctionnaires fédéraux étaient en communication avec leurs homologues provinciaux, et prêts à aider en cas de besoin.

Une porte-parole de M. Harper a fait savoir que le premier ministre se rendra à Lac-Mégantic dimanche.

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