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Égypte: des dizaines de milliers de manifestants, 25 morts dans des violences

05/07/2013 05:50 EDT | Actualisé 04/09/2013 05:12 EDT
AP

Des dizaines de milliers de partisans et d'opposants des Frères musulmans se sont mobilisés vendredi en Egypte, deux jours après le coup militaire contre le président Mohamed Morsi, les violences faisant 25 morts dans le pays, dont 19 en marge de manifestations.

Alors que la tension est extrême entre pro et anti-Morsi, cinq policiers et un soldat ont été tués dans la péninsule du Sinaï (nord), dans des attaques de militants islamistes qui n'ont pas été revendiquées. Dans la nuit, des islamistes ont attaqué le gouvernorat du Nord-Sinaï et y ont hissé leur drapeau.

Au Caire, des affrontements ont éclaté dans la soirée aux abords de la place Tahrir entre manifestants des deux camps, faisant deux morts.

Des tirs étaient entendus et les protestataires se jetaient des pierres sur le pont du 6-Octobre à proximité de la place emblématique de la capitale égyptienne, où s'étaient rassemblés des milliers d'opposants au président islamiste. L'armée a envoyé ses blindés pour séparer les protestataires.

Dans la deuxième ville du pays, Alexandrie (nord), des affrontements similaires ont fait 12 morts et 460 blessés, a indiqué l'agence officielle Mena.

Plus tôt dans la capitale, devant ses partisans mobilisés pour un "vendredi du refus" du "coup d'Etat militaire" et "l'Etat policier", le Guide suprême des Frères musulmans -- dont est issu M. Morsi--, Mohammed Badie, a appelé à rester "dans les rues par millions jusqu'à ce que" le président déchu soit revenu au pouvoir.

"Nous avons déjà vécu sous un régime militaire et nous ne l'accepterons pas une nouvelle fois", a-t-il prévenu, faisant référence à l'intérim controversé assuré par l'armée entre la chute de Hosni Moubarak en février 2011 et l'élection de M. Morsi en juin 2012.

Les nouvelles autorités mises en place par l'armée, après l'éviction de M. Morsi mercredi, semblaient toutefois tout aussi déterminées à mettre en place rapidement de nouveaux rouages dans le pays et mener à bien leur "feuille de route" qui doit aboutir à des élections anticipées.

POLITIQUE DE "REPRESAILLES"

Le président intérimaire Adly Mansour, nommé par l'armée, a dans son premier décret dissous la chambre haute dominée par les islamistes, qui assure l'intégralité du pouvoir législatif, et nommé un nouveau chef des renseignements.

En outre, le numéro 2 de la confrérie, Khairat al-Chater, sous le coup d'un mandat d'arrêt, a été appréhendé au Caire avec son frère.

Le procureur général a annoncé que des poursuites seraient engagées contre neuf dirigeants du mouvement islamiste --dont M. Badie-- dans le cadre d'une enquête pour "incitation au meurtre" de manifestants M. Morsi est quant à lui toujours détenu par l'armée.

Reflétant l'embarras international face à ce coup militaire qui a le soutien d'une importante partie de la population, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a mis en garde contre une politique de "représailles".

L'Union africaine a, elle, suspendu l'Egypte.

Ces décisions pourraient faire monter encore davantage la tension, déjà alimentée par les accrochages qui ont fait plus de 80 morts dans le pays depuis le 26 juin.

Dans l'après-midi, des milliers de partisans de M. Morsi ont défilé dans la capitale scandant "Mohamed Morsi est notre président", pour se rendre devant la Garde républicaine située non loin du palais présidentiel.

Ils ont ensuite essayé d'accrocher sur les barbelés entourant le bâtiment une photo de l'ex-chef d'Etat, toujours détenu par l'armée, avant que des tirs n'éclatent, faisant quatre morts, selon l'agence officielle Mena. Ils ont annoncé qu'ils poursuivraient un sit-in devant le bâtiment jusqu'au rétablissement du président.

En réponse à ce "vendredi du refus", l'opposition à M. Morsi a appelé à manifester, en particulier dimanche, pour "défendre la révolution du 30 juin", allusion à la journée ayant vu les plus importantes manifestations contre le président déchu.

APPELS A L'"UNITE"

Après la destitution de M. Morsi, l'armée avait appelé à oeuvrer en vue de "la réconciliation nationale", tandis que M. Mansour exhortait à oeuvrer pour l'"unité" dans le pays plus que jamais divisé.

Elu en juin 2012, M. Morsi était accusé de tous les maux --administrations corrompues, dysfonctionnements économiques, tensions confessionnelles-- par ses adversaires qui voyaient en lui un apparatchik islamiste inexpérimenté et avide de pouvoir. Il a été évincé par l'armée après des manifestations d'une ampleur inédite réclamant sa chute.

Le coup de l'armée, annoncé aux côtés de figures religieuses et de l'opposition, ouvre la voie à une nouvelle et délicate période de transition dans le plus peuplé des pays arabes.

Pour le représentant de l'opposition Mohamed ElBaradei, l'intervention de l'armée pour faire partir M. Morsi a été une "mesure douloureuse" mais nécessaire pour "éviter une guerre civile".

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