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Martine Ouellet partage les préoccupations d'Obama à propos des oléoducs

04/07/2013 10:52 EDT | Actualisé 03/09/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, partage les préoccupations du président des États-Unis Barack Obama concernant les risques de hausse des gaz à effet de serre liés aux projets d'oléoducs.

Mme Ouellet a déclaré jeudi que cette question fera partie des sujets discutés lors d'une consultation publique qui doit mener à l'élaboration d'une nouvelle stratégie énergétique, attendue l'an prochain.

La semaine dernière, M. Obama a déclaré que le projet d'oléoduc Keystone XL, entre l'Alberta et le Texas, ne pourrait être approuvé par les autorités américaines qu'à la condition de ne pas augmenter de manière «significative» les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le territoire québécois est aussi convoité par des entreprises albertaines qui souhaitent ainsi trouver une autre voie de transport du pétrole en raison de l'opposition suscitée en Colombie-Britannique et aux États-Unis.

TransCanada Pipeline (TSX:TRP), responsable du projet Keystone, a un projet au Québec, tout comme Enbridge (TSX:ENB), qui souhaite inverser le flux d'un oléoduc aboutissant à Montréal.

Lors d'une entrevue, jeudi, Mme Ouellet a affirmé qu'elle partage les préocupations de M. Obama concernant des projets d'oléoducs qui pourraient amener du brut albertain au Québec, notamment parce que son extraction des sables bitumineux crée plus de pollution.

«Nous avons une préoccupation, un peu comme M. Obama, concernant la provenance du pétrole, a-t-elle dit. Parce que nous savons, dans le cas de Enbridge, il y aura du pétrole conventionnel, mais fort probablement également du pétrole non conventionnel, tiré des sables bitumineux, qui a ce moment-là émet plus de gaz à effet de serre.»

Commentant le projet d'Enbridge, Mme Ouellet a néanmoins souligné les avantages économiques pour les raffineries montréalaises, si elles avaient accès au pétrole albertain.

Ces questions seront évaluées à l'automne, dans le cadre d'une consultation annoncée récemment par le ministre de l'Environnement Yves-François Blanchet.

Mme Ouellet a affirmé que la pollution causée par les sables bitumineux pourra être discutée lors de cette consultation, mais aussi dans le cadre des travaux de la commission dont elle a annoncé la formation jeudi.

«C'est un élément qui fait partie de la réflexion», a-t-elle dit.

Un porte-parole du regroupement écologiste Greenpeace, Patrick Bonin, s'est réjoui de la position de Mme Ouellet concernant les projets d'oléoducs et la nécessité d'évaluer la pollution des sables bitumineux.

«C'est bien si Mme Ouellet dit ça, a-t-il dit. Il faudra en effet que ça fasse partie du mandat d'évaluation du projet d'Enbridge. C'est pas ce qu'on a entendu de la part du gouvernement jusqu'à maintenant et ce serait une très bonne nouvelle que le gouvernement formalise qu'il devra absolument les émissions de GES.»

La commission annoncée jeudi par Mme Ouellet sera coprésidée par Normand Mousseau, professeur au département de physique à l'Université de Montréal, et Roger Lanoue, qui a travaillé pendant plus de 20 ans chez Hydro-Québec.

Ils tiendront des consultations, ouvertes aux citoyens, groupes et entreprises, en septembre et octobre prochains.

Mme Ouellet a insisté sur l'importance de réduire la consommation de combustibles fossiles comme le pétrole. Les péquistes souhaitent aussi lancer un grand chantier pour l'électrification des transports, un projet qui vise à stimuler l'économie et la lutte aux changements climatiques, notamment avec les surplus de production d'électricité qui s'accumulent.

Même si elle a insisté sur l'importance de la filière de l'électricité au Québec, de la production hydro-électrique jusqu'à la fabrication de bornes de recharges pour les véhicules, la ministre a reconnu que la présence d'hydrocarbures au Québec change la donne. Ces réserves pourraient servir durant une période de transition, a-t-elle indiqué.

«Dans cette période de transition, étant donné que nous achetons actuellement pour 14 milliards $ de pétrole à l'étranger, même si nous diminuons de 25 pour cent nos émissions de GES, il restera quand même plusieurs milliards en achats de pétrole, a-t-elle dit.

«Donc il y a un choix à faire et nous pensons qu'il peut y avoir un intérêt économique à examiner le potentiel d'exploitation du pétrole au Québec, tout ne prenant en considération les impacts environnementaux.»

À propos du gaz de schiste, un secteur actuellement soumis à un moratoire durant une évaluation de ses impacts, Mme Ouellet a affirmé que ce carburant nuisait aux tarifs d'exportations d'Hydro-Québec, puisque le prix de l'hydro-électricité est apparié à celui du gaz naturel.

«Une grande quantité de gaz naturel mis sur le marché américain a fait chuter les prix de façon importante, pour le Québec ça vient changer le portrait des retombées économiques des exportations aux États-Unis, a-t-elle dit. Ça nuit à la rentabilité.»

En ajouter davantage avec les réserves québécoises contribuerait à augmenter cet effet négatif sur les exportations québécoises, a-t-elle ajouté, en précisant que ce dossier est examiné par le Bureau d'audiences publiques en environnement.

«Au prix actuel du gaz naturel, en plus des risques environnementaux et pour la santé, la rentabilité économique elle n'est clairement pas là», a-t-elle dit.

M. Bonin estime que le gouvernement péquiste a un discours contradictoire lorsqu'il souhaite à la fois réduire les GES tout en cherchant l'indépendance énergétique avec le pétrole.

«On est en voie de complètement rater nos objectifs de réduction de gaz à effets de serre pour 2020 et en plus le gouvernement voudrait augmenter les émissions en développant une nouvelle industrie au Québec avec l'exploitation pétrolière», a-t-il dit.

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