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Le mouvement égyptien Tamaroud fait des émules en Tunisie

04/07/2013 04:32 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT

Berceau du printemps arabe, la Tunisie regarde attentivement les événements qui se déroulent au Caire et dans l'ensemble de l'Égypte. L'opposition tunisienne a lancé sa propre version du mouvement égyptien Tamaroud qui a mobilisé des millions d'opposants au président Mohamed Morsi issu des Frères musulmans et décidé l'armée à le destituer.

Les jeunes chefs de file méconnus de cette campagne de désobéissance dont le nom signifie « rébellion » espèrent tirer parti des événements du Caire pour mettre en difficulté le gouvernement tunisien, emmené lui aussi par des mouvements islamistes arrivés aux affaires après la « révolution de Jasmin », premier acte du « printemps arabe », en 2011.

« C'est toute une onde de choc qui traverse la Tunisie, un pays où de nombreuses voies avaient appelé à s'inspirer du mouvement égyptien Tamaroud », relate le chroniqueur et écrivain tunisien Hatem Bourial au Réseau de l'information (RDI). « Elles [les réactions] sont concentrées dans les mouvements sociaux puisque du côté des partis politiques et du gouvernement, pas de réaction pour l'instant. »

Comme en Égypte, l'opposition reproche aux dirigeants de vouloir instaurer un régime théocratique liberticide et d'aggraver la crise économique.

Après avoir rassemblé 200 000 signatures, soit 100 fois moins que leurs homologues égyptiens, ils ont l'intention d'appeler rapidement à de grandes manifestations.

« La jeunesse tunisienne marche dans les pas des jeunes  Égyptiens. Nous ne sommes pas satisfaits de ce qui se passe dans le pays, qu'il s'agisse des atteintes aux libertés ou des difficultés économiques et sociales », a déclaré à la presse Mohamed Bennour, porte-parole du mouvement Tamaroud.

L'objectif, a-t-il expliqué, est d'obtenir la formation d'un nouveau gouvernement intérimaire et la dissolution de l'Assemblée constituante, qui s'apprête, selon lui, à ancrer la religion dans la loi fondamentale. Les opposants au régime et militants de « Tamaroud » saluent le travail de l'armée égyptienne « qui ont suivi les revendications de Tamaroud et mis en avant la volonté du peuple », explique M. Bourial.

De leur côté, les partisans tunisiens des Frères musulmans critiquent les « pseudo-démocrates » qui se réjouissent de la destitution de M. Morsi en Égypte. 

Jusqu'ici, le parti Ennahda, majoritaire à l'Assemblée, est  parvenu à limiter la contestation et à apaiser les partis  laïques en faisant entrer des personnalités sans étiquette dans le gouvernement formé en mars. Le mouvement a en outre renoncé à  toute mention de la loi islamiste dans la nouvelle Constitution.

Le chef du parti au pouvoir Ennhada, Rached Ghannouchi, écarte un scénario à l'égyptienne pour son pays. « Notre armée nationale se tient à l'écart de la politique », contrairement à « l'Égypte qui a été gouvernée par l'armée pendant 60 ans », a déclaré M. Ghannouchi dans le quotidien Asharq Al-Awsat.

« Certains jeunes rêveurs peuvent croire qu'il est possible de rééditer en Tunisie ce qui s'est passé en Égypte, mais ce sera une oeuvre vaine », soutient M. Ghannouchi Il souligne que la donne, en Tunisie, « est différente » de celle qui prévaut en Égypte. « Nous avons adopté une sérieuse stratégie d'entente entre les courants islamiste et moderniste, ce qui a épargné au pays les risques de division. »

M. Bourial abonde dans le sens de M. Ghannouchi en précisant que les situations des deux pays sont différentes. « Les voies prises par les deux révolutions respectives ne sont pas comparables, avance M. Bourial. Les deux situations sont peu ou [pas] similaires, car, en Égypte, on n'a pas tourné le dos à la constitution antérieure alors qu'en Tunisie nous sommes en train de rédiger une nouvelle constitution. »

Beaucoup de gens rêvent à un scénario à l'égyptienne en Tunisie pendant que les islamistes regardent avec attention le déroulement des événements en Égypte. « Tout cela se fait sur fond de débat sur le rôle de l'institution militaire en Tunisie, dont le chef des armées vient de présenter sa démission le premier juillet dernier », poursuit M. Bourial.

C'est dans ce contexte que le président français, François Hollande, arrivera à Tunis jeudi. M. Hollande entend encourager le processus de  démocratisation entamé dans la confusion. M. Hollande « s'apprête naturellement à évoquer en Tunisie les autres printemps arabes, en Syrie, en Libye et en Égypte », selon le porte-parole diplomatique de l'Élysée, Romain Nadal.

Il s'agira de la première visite d'un président français en Tunisie depuis la chute du régime Ben Ali en janvier 2011. La France avait été accusée, à l'époque, d'avoir soutenu Ben Ali jusqu'au bout.

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