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Coup d'État en Égypte : plusieurs pays inquiets du changement de président

04/07/2013 05:54 EDT | Actualisé 03/09/2013 05:12 EDT
Flickr/White House

Les États-Unis et de nombreux pays ont exprimé leur inquiétude mercredi 3 juillet au soir après la destitution par l'armée égyptienne du président Mohamed Morsi tout en souhaitant à l'Égypte un rapide retour au processus démocratique. Des réactions aussi inquiètes qu'embarrassées.

Oui, il y a eu un coup d'État en Égypte

Coup d'état : "conquête ou tentative de conquête du pouvoir par des moyens illégaux, inconstitutionnels." Le Petit Robert édition 2012.

A priori le déroulé des événements ne laisse planer aucun doute. L'armée égyptienne a annoncé mercredi 3 juillet avoir transféré le pouvoir politique au président du Conseil constitutionnel, Adly Mansour, jusqu'à la tenue d'une présidentielle anticipée, sans toutefois préciser la durée de cette période transitoire. L'annonce de l'armée a été accueillie par une explosion de joie par les dizaines de milliers d'opposants qui manifestaient en masse à travers le pays contre Mohamed Morsi.

Le premier concerné, Mohamed Morsi, le président déchu, a lui très rapidement dénoncé un "coup d'Etat, rejeté par tous les hommes libres du pays". Il a ensuite déclaré qu'il restait "le président élu d'Egypte", dans un message vidéo pré-enregistré et diffusé mercredi soir. Il n'a pas vraiment tort. D'un point de vue démocratique, Adly Mansour n'a évidemment pas été élu.

De grosses sommes d'argent en question

Pour le président américain Barack Obama en revanche, la situation n'est pas si simple. Lui qui s'est dit "profondément inquiet" quelques heures après la destitution du président Morsi par l'armée, a appelé à l'élection rapide d'un nouveau gouvernement civil en Egypte.

Dans le même temps, il a annoncé qu'il allait demander aux agences et ministères concernés d'étudier les "implications" légales de la nouvelle situation pour l'aide que Washington verse annuellement à l'Égypte - et qui, en vertu de la loi américaine, ne peut aller vers un pays où un coup d'État a eu lieu. Washington a aussi ordonné l'évacuation de son ambassade au Caire.

Cette réponse est très attendue, d'elle dépend le milliard et demi de dollars que Washington verse chaque année au Caire, principalement sous forme d'aide militaire et la position des États-Unis en ce qui concerne la promotion de la démocratie dans les pays arabes. L'agence Reuters rappelle que dans le même cas, lorsqu'en juin 2009, le président hondurien a été chassé du pouvoir, l'aide américaine n'avait été suspendue pendant 2 mois seulement et que la secrétaire d'État Hillary Clinton n'avait jamais parlé de "coup d'État".

La France prend "acte"

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a estimé mercredi "préoccupante" l'intervention de l'armée pour renverser le président égyptien, tout en jugeant les revendications des manifestants égyptiens "légitimes". "Il sera donc essentiel de renforcer rapidement l'ordre civil en accord avec les principes de la démocratie", a-t-il ajouté.

L'Union européenne a appelé de son côté toutes les parties en Égypte à "retourner rapidement au processus démocratique", notamment par la tenue de nouvelles élections présidentielles, après le renversement du président islamiste démocratiquement élu.

Le Royaume-Uni a appelé au calme en Égypte après l'éviction par l'armée du président égyptien. Il a évité de parler d'un "coup d'Etat", tout en se prononçant contre l'intervention de l'armée pour changer le régime.

La France a pris "acte" de l'annonce en Égypte de nouvelles élections, a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. Elle "souhaite que les échéances soient préparées dans le respect de la paix civile, du pluralisme, des libertés individuelles et des acquis de la transition démocratique, afin que le peuple égyptien puisse choisir librement ses dirigeants et son avenir", a ajouté M. Fabius.

Le Canada a appelé à "un dialogue constructif" entre toutes les parties en Égypte après le renversement par l'armée du président Morsi. "Le Canada exhorte toutes les parties en Égypte (au) calme, à éviter la violence et à s'engager dans un dialogue constructif", a dit Rich Roth, porte-parole du ministre des Affaires étrangères.

Le roi d'Arabie saoudite, le premier à féliciter le nouveau président

Le roi Abdallah d'Arabie saoudite a été le premier dirigeant étranger à féliciter M. Mansour, qualifié de "président de la République arabe d'Égypte sœur", avant même sa prestation de serment. Le Soudan a fait savoir qu'il espérait que "la paix et la stabilité prévalent" dans son pays "frère" l'Égypte, selon l'agence Suna.

Le gouvernement brésilien s'est dit "préoccupé" par la "grave situation" en Égypte et a appelé à un dialogue sans violence pour une solution institutionnelle de la crise. Amnesty International a lancé un appel à l'armée égyptienne pour qu'elle "fasse tout ce qui est en son pouvoir pour préserver les droits de l'Homme et la sécurité de chacun en Égypte, quelles que soient ses opinions politiques".

Enfin, pour l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch pour le Moyen-Orient, "le nouveau gouvernement égyptien devrait rompre de manière décisive avec le modèle d'abus graves qui a prévalu depuis le soulèvement de janvier 2011 et s'engager au respect des droits de libre expression et de réunion pacifique".

"Les autorités devraient protéger et promouvoir les droits de tous les Egyptiens et mettre fin aux arrestations arbitraires de membres des Frères Musulmans et de leur allié du parti de la Liberté et de la Justice", a encore indiqué l'organisation.

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