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Festival de jazz 2013: Thus:Owls, hibou au regard perçant au MAC

03/07/2013 02:01 EDT | Actualisé 03/07/2013 02:03 EDT
TIM GEORGESON

Montréal - Nous entendons parler de plus en plus du groupe canado-suédois Thus:Owls. Pourtant, trop peu de gens au Québec ont apprécié leur grand talent en concert. Née de la chanteuse d’origine européenne Erika Alexandersson et du guitariste québécois Simon Angell (Patrick Watson), la formation offre une magnifique opportunité aux Montréalais et autres festivaliers du jazz de partager un bijou d’originalité folk et de sensibilité indie rock.

C’est dans une salle du Musée d’art contemporain que Thus:Owls a joué sa musique contemplative et atmosphérique. Pour la série de trois représentations au Festival de jazz, ce quintette - complété par Martin Höper à la basse, Ola Hultgren à la batterie et Parker Shper aux claviers - a pris sous son aile une choriste ainsi que trois musiciens supplémentaires, notamment à la trompette et au cor français. Certainement par désir d’ajouter de la texture et des couches au majestueux de leur travail déjà existant.

«Moving painting»

Délicate présentation et sombres ambiances, voilà souvent comment on décrit le travail de Thus :Owls qui a fait paraître deux albums jusqu’à maintenant: Cardiac Malformations (2008) et le très bon Harbours (octobre 2012).

Un peu à l’image de la vidéo (une mise en scène impressionniste, qui laisse découvrir très lentement une femme immobilisée sur un rail de chemin de fer situé dans une clairière) projetée sur un écran géant disposé à l’arrière des musiciens, l’univers de Thus:Owls est captivant et intrigant: poignantes mélodies qui enrobent et appellent à l’introspection; arrangements amples, audacieux, parfois grandiloquents; voix douce, mais puissante de la chanteuse; influences post-rock indéniables (pensons à The Bernard Lakes ou Patrick Watson) et rythmes tantôt lourds, tantôt accueillants.

Ajoutons à cette description des atmosphères cinématographiques, hypnotisantes et parfois aliénantes qui s’installent lentement, mais sûrement. Thus :Owls c’est beau, mais parfois tragique. On flotte à la fois dans le rêve et dans le sentiment.

Le solennel

Mardi soir, les membres du groupe sont arrivés sur scène dans une sorte de cérémonial simple. Sympathique, touchant, mais déjà vu. You Arose to the Gods (issu du premier disque) était clamé dans la salle (sans micro) par Alexandersson, accompagnée doucement par quelques instruments acoustiques. Une mise en scène très «organique», à l’image de la chanteuse, qui semble avoir un penchant pour les valeurs promues à l’époque hippie des années 1960-70. Dramatique et fragile introduction assez réussie, cela dit.

Après l’intense The Tree, le groupe a enchainé avec White Night et Island, aux vocalises hypnotiques. Ensuite, les quelque 150 spectateurs ont eu droit à de toutes nouvelles compositions dont A Wind Full of Screams, la jolie Bloody War (bons riffs de guitare électrique et brillantes lignes mélodiques à l’orgue) et As Long As We Tried A Little, plus épurée avec ses trois voix féminines accompagnées par le piano. Du moins jusqu’à ce qu’arrive la charge émotive pesante exprimée par la guitare, la basse et la batterie.

Plus tard, à When They Fight, Thus:Owls en a mis plein la face aux gens du public avec ses arrangements post-rock inquiétés et sa finale tragique de petite fin du monde.

Au total, ils auront joué plus de 15 chansons pour une superbe performance, dans l’ensemble.

Quelques petits bémols quant à la proposition légèrement linéaire des ambiances, toujours un peu le même ton clair-obscur. Mentionnons aussi l’utilisation quelque peu excessive des harmonies vocales et autres ad lib qui habillent un peu trop la musique.

Pour le reste, un concert fort réussi. À voir ou à revoir.

Thus :Owls – les 3 et 4 juillet, à 20h – Musée d’art contemporain.

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