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Égypte: l'ultimatum de l'armée expire dans quelques heures

03/07/2013 05:59 EDT | Actualisé 02/09/2013 05:12 EDT
AP

LE CAIRE, Égypte - Le président de l'Égypte, Mohammed Morsi, a été écarté du pouvoir, mercredi.

Dans une allocution télévisée, le chef de l'armée Abdel-Fattah el-Sissi a annoncé que M. Morsi serait remplacé par le juge en chef de la Cour suprême constitutionnelle. Il s'agit de la toute première expulsion d'un président démocratiquement élu en Égypte.

Un responsable de la sécurité a de son côté indiqué sous le couvert de l'anonymat que le chef du parti politique des Frères musulmans ainsi que l'un de ses adjoints avaient été arrêtés.

Selon ce responsable, Saad el-Katatni, le leader du Parti de la liberté et de la justice, ainsi que Rashad Bayoumi, l'un des deux adjoints du chef, avaient été arrêtés en lien avec une évasion de prison survenue en 2011 lors de la révolte contre l'autocrate Hosni Moubarak.

Ces arrestations sont survenues quelques heures après l'intervention de l'armée pour déposer le président Morsi. En janvier 2011, plus de 30 membres des Frères musulmans s'étaient échappés de prison.

Plus tôt, mercredi, l'armée avait aussi fait savoir que la constitution islamiste avait été suspendue et qu'un nouveau gouvernement intérimaire serait formé, sans toutefois en préciser la durée. Les militaires ont appelé à la tenue d'élections hâtives.

À l'annonce de ces déclarations, des acclamations de joie ont explosé parmi les millions de manifestants qui réclamaient à travers tout le pays le départ immédiat du président Morsi. Des feux d'artifice ont été projetés dans les airs, alors que les protestataires scandaient «non au gouvernement militaire».

Mohammed Morsi n'a pas tardé à réagir, écrivant sur son compte Twitter que l'initiative de l'armée était un «véritable coup d'État». Il aurait écrit que ces mesures «représentent un coup d'État rejeté catégoriquement par tous les hommes libres de (la) nation».

L'un de ses conseillers, Ayman Ali, a soutenu que le leader déchu avait été emmené dans un endroit gardé secret, sans donner plus de détails.

Par ailleurs, deux représentants des États-Unis ont déclaré que les militaires égyptiens leur avaient assuré qu'ils ne souhaitaient pas diriger le pays pour une longue période de temps.

Les chefs de l'armée ont assuré le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, et le chef d'état-major, le général Martin Dempsey, qu'ils mettraient rapidement en place un gouvernement civil, selon ce qu'ont précisé les porte-paroles américains, sous le couvert de l'anonymat.

Les événements se sont bousculés en Égypte mercredi après l'expiration de l'ultimatum, lancé lundi par l'armée.

Plus tôt dans la journée, Mohammed Morsi et les leaders des Frères musulmans avaient été interdits de tout déplacement à l'étranger, selon ce qu'avaient indiqué des porte-paroles d'un aéroport.

Les représentants avaient précisé que cette interdiction était liée à une affaire d'évasion de prison, impliquant M. Morsi et une trentaine d'autres membres des Frères musulmans, lors de la révolution de 2011 contre l'ancien président Hosni Moubarak. Le leader des Frères musulmans Mohammed Badie et son assistant Khairat el-Shater ont aussi été visés par cet interdit. L'opposition les accuse d'avoir orchestré toutes les actions posées pendant l'année au pouvoir du président Morsi.

Dans le même temps, l'armée avait déjà placé ses pions pour renforcer son contrôle sur les principales institutions du pays. Des officiers avaient notamment été dépêchés dans la salle de nouvelles de la télévision d'État, en vue du coup d'État contre le président islamiste.

M. Morsi avait à nouveau refusé de démissionner et demandé à l'armée de ne pas intervenir.

Au moins 39 personnes ont été tuées dans les affrontements entre pro et anti-Morsi depuis dimanche, faisant craindre un véritable bain de sang dans le pays.

Les médias officiels avaient déjà rapporté que le plan de l'armée prévoyait la mise en place d'un leadership intérimaire, la suspension de la Constitution islamiste et la dissolution du parlement contrôlé par les islamistes.

Pour sa part, le militant démocratique égyptien le plus en vue, Mohamed ElBaradei, a rencontré mercredi matin les dirigeants de l'armée en compagnie de plusieurs leaders musulmans et chrétiens coptes pour discuter de l'avenir politique du pays.

M. ElBaradei dirige le principal groupe d'opposition, le Front de salut national. Il a participé à la rencontre en compagnie du chef de l'armée, le général Abdel-Fattah el-Sissi; du cheik Ahmed el-Tayeb, le grand imam de la mosquée Al-Azhar; et du pape Tawadros II, le patriarche de la minorité chrétienne d'Égypte.

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