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Égypte: le président affirme qu'il ne démissionnera pas et se dit prêt à mourir

02/07/2013 06:23 EDT | Actualisé 01/09/2013 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Le président égyptien, Mohammed Morsi, a déclaré mardi soir qu'il ne démissionnerait pas, au lendemain de l'ultimatum lancé par l'armée afin qu'il «respecte les demandes du peuple» qui exige son départ.

Les anti-Morsi affirment que le président, issu des Frères musulmans, n'a pas tenu ses promesses de réforme, plus de deux ans après la révolution qui a renversé l'ancien président Hosni Moubarak.

L'armée a lancé lundi un ultimatum de 48 heures au président, affirmant que s'il n'arrivait pas à s'entendre avec l'opposition, elle interviendrait pour mettre de l'avant une feuille de route politique et en assurer le respect.

S'adressant à la nation dans un discours télévisé de 46 minutes retransmis tard mardi soir, M. Morsi a accusé les fidèles de l'ancien régime d'être à la tête du mouvement de contestation actuel et de tenter de renverser son gouvernement.

«Il n'y a pas de substitut possible à la légitimité», a-t-il lancé. Il a affirmé qu'il était prêt à mourir pour protéger sa «légitimité constitutionnelle».

Plus tôt dans la journée, il avait réitéré, sur son compte Twitter, son «attachement à la légitimité constitutionnelle» et demandé à l'armée de retirer son ultimatum.

Des opposants au président ont pris d'assaut, mardi, les abords du palais présidentiel, dans le cadre de la troisième journée de manifestations de millions de personnes demandant le départ de M. Morsi. Le président n'était apparemment pas présent dans le palais.

Les manifestants ont également investi d'autres rues à l'extérieur d'un autre palais, la place Tahrir et des endroits importants d'autres villes à travers le pays.

Au moins 23 personnes ont été tuées mardi dans plusieurs affrontements distincts entre pro et anti-Morsi au Caire, selon des porte-paroles d'hôpitaux et des forces de l'ordre. Au moins 200 personnes ont été aussi été blessées dans les affrontements.

Ces décès portent à au moins 39 le nombre de personnes tuées depuis dimanche, lorsqu'une gigantesque manifestation avait été organisée pour marquer le premier anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Mohammed Morsi.

La police, sous le contrôle du ministère de l'Intérieur, est restée en marge des manifestations, refusant même de protéger les bureaux des Frères musulmans attaqués et pillés par la foule.

L'agence de presse officielle égyptienne a affirmé mardi que les militaires avaient élaboré un plan pour suspendre la Constitution soutenue par les islamistes, dissoudre l'assemblée législative dominée par les islamistes et mettre en place une administration intérimaire si le président Morsi n'arrive pas à s'entendre avec les opposants.

Un général à la retraite ayant des liens étroits avec les militaires a confirmé l'information.

Hossam Sweilam a indiqué qu'un comité d'experts élaborerait une nouvelle Constitution. Selon lui, l'administration intérimaire sera un conseil présidentiel mené par le juge en chef de la Cour suprême constitutionnelle et composé notamment du ministre de la Défense, de représentants des partis politiques, des groupes de jeunes, de la mosquée Al-Azhar et de l'Église copte.

Il a ajouté que l'armée envisageait une période de transition d'un an avant l'organisation d'une nouvelle élection présidentielle.

Le porte-parole de l'armée, le colonel Ahmed Mohammed Ali, a refusé de confirmer cette information, affirmant qu'il était encore trop tôt et qu'il ne fallait pas sauter aux conclusions.

Washington accentue la pression

Craignant une implosion qui pourrait semer le chaos en Égypte, des responsables américains ont affirmé que Washington avait suggéré à M. Morsi de convoquer des élections anticipées. Ils ont aussi dit avoir rappelé aux militaires les conséquences éventuelles d'un coup d'État sur l'aide américaine au pays.

Ces responsables ont parlé sous le couvert de l'anonymat, n'ayant pas été autorisés à discuter publiquement de ce dossier.

M. Ali a nié que Washington ait suggéré des élections anticipées et a affirmé que les consultations se poursuivaient pour dénouer la crise, sans donner plus de détails.

Des partis de l'opposition et le mouvement des jeunes à l'origine des manifestations ont convenu mardi que le réformateur Mohamed El-Baradeï, lauréat du prix Nobel de la paix, les représenterait dans d'éventuelles négociations sur l'avenir politique du pays.

Le pacte devrait mettre fin, du moins en théorie, aux rivalités qui ont plombé les efforts de l'opposition au cours des derniers mois.

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