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Égypte : l'armée pourrait dissoudre le Parlement

02/07/2013 04:04 EDT | Actualisé 01/09/2013 05:12 EDT
AP

L'armée égyptienne prévoit suspendre la Constitution et dissoudre le Parlement dominé par les islamistes si le président Mohamed Morsi et l'opposition libérale ne parviennent pas à un accord de partage du pouvoir avant l'expiration de son ultimatum mercredi, a-t-on appris mardi de source militaire.

Bien que sa feuille de route ne soit pas achevée, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) entend confier la direction du pays à un « conseil intérimaire » jusqu'à la rédaction d'une nouvelle constitution et à l'organisation d'une nouvelle élection anticipée.

L'opposition, qui s'est toutefois dite défavorable à un coup d'État militaire, a déjà désigné son représentant en prévision d'une transition politique. L'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, agira ainsi à titre de représentant du « Front du 30 juin ». Il aura la responsabilité de porter les revendications du peuple égyptien et de préparer un scénario pour établir une feuille de route afin de sortir le pays de la crise politique.

La nomination de M. ElBaradei survient au moment où des milliers de citoyens - pro et anti-Morsi - se trouvent toujours dans les rues de plusieurs villes égyptiennes et que l'armée menace de suspendre la Constitution. L'armée suspendra la Constitution et proposera sa propre feuille de route aux politiciens si les islamistes, au pouvoir, et les libéraux, dans l'opposition, ne parviennent pas à s'entendre avant l'expiration de son ultimatum.

Sommé de s'entendre avec l'opposition dans les 48 heures, le président Morsi a déjà rejeté l'ultimatum qui arrivera à échéance mercredi. En dépit du rejet de l'ultimatum de l'armée, le président Morsi a rencontré le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, sans qu'aucune information ne filtre sur la nature ou la teneur des échanges. Amorcés en matinée, ces échanges se poursuivaient toujours en soirée alors que les dernières heures séparant l'Égypte de l'ultimatum des militaires s'égrènent lentement.

L'armée intervient pour séparer les factions

Les manifestants réclamant le départ de Morsi sont de retour sur la place Tahrir, au Caire, pour une troisième journée, rappelant les manifestations du printemps 2011 qui ont conduit au départ de l'ancien président Hosni Moubarak. Des rassemblements du genre sont organisés dans plusieurs places publiques de l'Égypte.

Les partisans du président Morsi et des Frères musulmans ne sont pas en reste. Ils organisent des contre-manifestations, notamment aux abords de l'Université du Caire, en dénonçant ce qu'ils qualifient de tentative de coup d'État. Preuve de l'escalade des tensions, les Frères musulmans ont appelé leurs partisans à résister à cette tentative de coup d'État jusqu'au « martyr ». « Chercher le martyr pour empêcher un coup d'État est ce que nous pouvons offrir aux précédents martyrs de la révolution », a déclaré dans un communiqué un porte-parole des Frères musulmans Mohamed al-Beltagui.

Devant la montée des tensions, l'armée se dit prête à se déployer dans les rues du Caire et d'autres villes du pays pour éviter des affrontements entre partisans et opposants du président Morsi. Consciente de la présence d'éléments dangereux dans les deux camps - islamistes radicaux d'un côté et anciens membres de la sécurité sous le régime Moubarak de l'autre - l'armée a indiqué qu'une force d'intervention rapide est prête à intervenir depuis vendredi pour prévenir toute attaque contre les manifestants. Ils ont d'ailleurs dû intervenir à Alexandrie pour séparer les deux factions. Des heurts se sont également produits à Gizeh, un faubourg du Caire, de même que dans la ville de Kaliouba, au nord de la capitale.

Des hélicoptères Apache ont survolé en décrivant des cercles autour de la place Tahrir, mardi.

Le gouvernement du Canada a fermé son ambassade égyptienne, située au Caire, pour des raisons de sécurité et pour une période indéterminée. Le Canada craint que l'ultimatum lancé par l'armée au président Morsi ne provoque des affrontements violents avec les partisans armés des Frères musulmans, dont est issu le président.

Démissions en série

Pendant que le président et ses partisans continuent de s'accrocher, les démissions se succèdent au sein même du gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères, Mohammed Kamel Amr, est le dernier d'une série de six ministres à avoir annoncé leur démission depuis lundi. Un porte-parole du président et un autre du gouvernement ont également quitté leur poste, dans la foulée des démissions ministérielles.

Autre revers du président Morsi, le procureur général qu'il avait démis de ses fonctions a été réintégré dans ses fonctions par la Justice égyptienne. « La Cour d'appel rend une décision définitive de réintégration d'Abdel Méguid Mahmoud [au poste de] procureur général », a indiqué l'agence officielle Mena.

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