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Loi spéciale: les 77 000 travailleurs touchés seront de retour au travail mardi

01/07/2013 02:41 EDT | Actualisé 31/08/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Quelques heures après l'adoption de la loi spéciale mettant fin à la grève légale dans l'industrie de la construction, l'Alliance syndicale a assuré que les 77 000 travailleurs touchés seront de retour sur les chantiers dès mardi matin.

«Nous demandons aux travailleurs de rentrer et de respecter la loi», a déclaré le porte-parole Yves Ouellet dans un point de presse livré lundi après-midi à Montréal.

Il prévient toutefois que ce ne sera pas de gaieté de coeur. «Quand tu sais que les associations de tes patrons ont essayé de te saigner, je suis pas sûr que tu rentres avec le sourire, je suis pas sûr que t'es content.»

La loi spéciale a été adoptée dans la nuit de lundi à l'Assemblée nationale pour mettre un terme à la grève dans le secteur industriel, commercial et institutionnel de la construction. Une grève générale dans toute l'industrie avait été déclenchée il y a deux semaines.

«La loi spéciale a pour but d'enlever le droit de grève aux travailleurs. Alors, on ne peut pas être content d'une loi spéciale. C'est extrêmement désolant», a souligné M. Ouellet.

Du même souffle, il a dénoncé le discours martelé par le Parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) lors du débat sur la loi spéciale qui s'est tenu dimanche.

«Ça a été l'un des pires spectacles de ventriloque que j'ai vus de ma vie. On s'apercevait bien que ce n'était pas l'opposition qui parlait: c'était le Conseil du patronat et l'Association de la construction du Québec», a-t-il dénoncé.

Bien qu'une hausse salariale de 2,0 pour cent ait été consentie aux travailleurs, M. Ouellet a refusé de se réjouir. «C'est un minimum», a-t-il simplement dit.

Dimanche, l'opposition est sortie victorieuse du bras de fer qu'elle a mené au gouvernement en imposant la reconduction de la convention collective pour une seule année.

L'Alliance syndicale et l'Association de la construction du Québec (ACQ) devront donc reprendre les négociations au cours des prochains mois pour s'entendre avant le 30 juin prochain sur un nouveau contrat de travail.

Des négociations qui risquent d'être houleuses, si l'on se fie aux propos de M. Ouellet. «Pour s'entendre avec l'ACQ, un changement de ton sera nécessaire, a-t-il dit. Souhaitons que la CAQ et le PLQ mettront autant d'efforts pour convaincre l'ACQ de négocier avec diligence au cours de la prochaine année qu'ils en ont mis dimanche pour attaquer les travailleurs de la construction.»

Satisfaction du côté patronal

L'ACQ s'est fait avare de commentaires depuis l'adoption de la loi spéciale. Dans un communiqué laconique, lundi après-midi, le regroupement patronal a simplement rappelé à ses membres de respecter la loi spéciale.

Le Conseil du patronat a toutefois pris la parole pour faire part de sa satisfaction et de son grand soulagement. Son directeur des affaires juridiques, Guy-François Lamy, a notamment déclaré que l'adoption de la loi spéciale permet de stopper «l'hémorragie économique» déclenchée depuis le début de la grève générale.

«C'est un baume qui a été mis (...) Mais il y a encore du travail à faire parce que les questions particulières de productivité qui préoccupent les employeurs n'ont pas été discutées dans le projet de loi», a-t-il rappelé.

M. Lamy salue d'ailleurs l'échéancier d'un an fixé par le PLQ et la CAQ pour ficeler un nouveau contrat de travail. «Un an, à mon avis, ça met suffisamment de pression sur les parties pour y arriver, tout en leur donnant la marge de manoeuvre et la latitude pour reprendre leur souffle», a-t-il affirmé.

C'est également avec un soupir de soulagement que la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, qui représente plus de 3000 petits entrepreneurs de la construction, a accueilli l'adoption de la loi spéciale.

«Les petits entrepreneurs de ce secteur et ceux qui y sont liés indirectement étaient frappés de plein fouet par ce conflit», a souligné François Vincent, analyste principal des politiques, ajoutant que le secteur de la construction visé par la loi spéciale représente trois pour cent du PIB québécois.

M. Vincent s'est également dit confiant à l'approche de la nouvelle ronde de négociations. «Dans le secteur de la construction, pendant 26 ans, il y a eu des ententes signées sans conflit de travail, de grève ou de lock-out», a-t-il rappelé.

De nouvelles conventions collectives avaient été signées dans les deux secteurs de la construction résidentielle et de la voirie. La loi spéciale ne concerne donc que les 77 000 travailleurs du secteur industriel, commercial et institutionnel qui étaient toujours en grève légale dimanche.

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