Construction: Marois est «très déçue» d'être obligée d'en arriver à imposer une loi spéciale

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AGNES MALTAIS
PC

QUÉBEC - Les grévistes de la construction seront forcés de rentrer au travail mardi matin, mais à des conditions moins avantageuses que ce qu'espérait le Parti québécois. Les partis d'opposition ont fait bloc pour forcer la main au gouvernement Marois, dimanche, en modifiant profondément sa loi spéciale au bout d'un long psychodrame parlementaire.

Plutôt que de consentir à des hausses de salaires de plus de huit pour cent sur quatre ans, la loi ne s'appliquera qu'une seule année et indexera de deux pour cent les salaires, conformément aux exigences du Parti libéral et de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Le gouvernement avait manifesté une certaine intransigeance sur ces enjeux tout au long de la journée, au nom de la «stabilité» du secteur et de la «paix sur les chantiers».

La ministre du Travail, Agnès Maltais, avait même menacé de retirer son projet de loi, devant l'insistance de l'opposition.

Puis, elle a proposé un compromis d'une portée de deux ans, au terme de tractations en commission parlementaire en soirée, mais en vain. Son amendement a été battu par le front commun des députés de l'opposition, majoritaire, scellant la défaite du gouvernement.

La première ministre Pauline Marois a d'ailleurs déploré l'inflexibilité de ses adversaires, en visant même le chef libéral Philippe Couillard.

«Nous courons le risque d'être replongés dans un conflit», a-t-elle dit à l'Assemblée nationale juste avant l'adoption finale du projet de loi, en pleine nuit de lundi.

Tous les partis ont voté en faveur, à l'exception de Québec solidaire.

Mme Marois aurait voulu laisser aux parties «un espace plus grand dans le temps» pour s'entendre, deux ans, à défaut de fixer la convention pour quatre ans.

«Malheureusement, pour des motifs qui n'ont rien à voir avec l'intérêt du Québec, cette stabilité n'est assurée que pour un an», a-t-elle déclaré, en soupçonnant ainsi des motifs partisans derrière la manoeuvre des oppositions.

Les prochaines négociations risquent d'ailleurs de se dérouler, ou d'aboutir, en pleine campagne électorale, au printemps 2014, au bout de l'espérance de vie habituelle d'un gouvernement minoritaire comme celui du Parti québécois, ce qui pourrait être passablement encombrant.

Le gouvernement avait dû convoquer la Chambre à une séance exceptionnelle dimanche, qui rompt avec la relâche parlementaire estivale, afin de faire adopter sa loi spéciale. Le prétexte: les négociations piétinaient en effet dans le secteur industriel, commercial et institutionnel. Les 77 000 travailleurs de ce secteur sont en grève depuis pratiquement deux semaines, alors que leurs camarades du secteur résidentiel et de la voirie sont parvenus à une entente.

Le projet de loi 54 reprenait à l'origine les augmentations salariales prévues à l'entente de principe conclue le 24 juin entre l'Association des constructeurs de routes et de grands travaux du Québec et l'Alliance syndicale. Il prévoit aussi que, si jamais les parties venaient à s'entendre après son adoption, l'accord aurait préséance sur les dispositions de la loi spéciale.

Mais les libéraux et les caquistes, qui détiennent ensemble la majorité des sièges à l'Assemblée nationale, jugeaient que la proposition du gouvernement ne favorisait pas une reprise des négociations. Les deux partis de l'opposition s'entendaient sur la nécessité de prolonger les conventions collectives d'une année, jusqu'au 30 juin 2014, et de maintenir le pouvoir d'achat des travailleurs, avec une augmentation salariale de deux pour cent.

Ils ont réussi à faire adopter leur amendement en ce sens en fin de soirée, juste après 23h00, en commission parlementaire, ce qui consacrait leur victoire.

Le chef caquiste François Legault n'a pas mis de temps à célébrer, avant même l'adoption finale du projet de loi. La position qu'il préconisait depuis longtemps a en effet prévalu dans le débat et elle a rallié les libéraux. Selon lui, il faut maintenant laisser les parties négocier au cours de la prochaine année.

«Ce n'était pas raisonnable de proposer une nouvelle convention de quatre ans, d'aller jouer aux apprentis-sorciers qui décident de ce qui est bon pour l'industrie à la place de ceux qui négocient depuis deux semaines, a-t-il dit en conférence de presse, un peu avant minuit. Ce n'était pas une bonne idée du Parti québécois.»

Le chef libéral Philippe Couillard a pour sa part invité le gouvernement à être prévenant en encadrant précisément dès les prochains jours les négociations à venir pour s'assurer d'un résultat concluant. Toutefois, en point de presse après l'adoption finale, Pauline Marois a affirmé qu'elle n'avait pas l'intention de se substituer aux parties.

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