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L'Europe exige des explications sur les allégations d'espionnage des États-Unis

30/06/2013 08:42 EDT | Actualisé 30/08/2013 05:12 EDT

L'Allemagne, la France et l'Union européenne réclament des explications de la part des États-Unis au sujet des allégations d'écoutes électroniques contre des représentations diplomatiques européennes à Washington, aux Nations Unies et à Bruxelles.

Samedi, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel affirmait que le controversé programme américain Prism avait non seulement servi à espionner des pays ennemis, mais également des nations européennes.

« La France a demandé aujourd'hui des explications aux autorités américaines au sujet des informations dévoilées par l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, selon lesquelles la National Security Agency (NSA) aurait espionné les institutions de l'Union européenne », a dit le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, dans un communiqué. « Ces faits, s'ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables », a-t-il ajouté.

L'Allemagne veut en savoir plus

La ministre allemande de la Justice a aussi exigé dimanche des explications immédiates des autorités américaines sur les révélations de Der Spiegel.

« Il faut que du côté américain, on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d'écoutes clandestines totalement disproportionnées par les États-Unis dans l'Union européenne sont exactes ou non », a déclaré la ministre Sabine Leutheusser-Schnarrenberge dans un communiqué.

« Cela dépasse notre imagination que nos amis américains considèrent les Européens comme des ennemis ». « Si les informations des médias sont exactes, ce n'est pas sans rappeler des actions entre ennemis pendant la guerre froide », ajoute-t-elle. Si ces allégations étaient avérées, « elles ne pourraient guère être expliquées en utilisant l'argument de la lutte contre le terrorisme », a averti Mme Leutheusser-Schnarrenberger.

L'UE veut des réponses

L'Union européenne a indiqué dimanche qu'elle avait interrogé les autorités américaines sur les allégations d'espionnage des institutions européennes, et qu'elle attendait leur réponse. « Nous avons pris contact immédiatement avec les autorités américaines à Washington et à Bruxelles et les avons mis face aux informations de presse. Ils nous ont dit qu'ils vérifiaient l'exactitude des informations publiées hier et qu'ils reviendraient vers nous », a ajouté la Commission européenne dans un communiqué. L'hebdomadaire allemand basait ses affirmations à partir de documents obtenus de l'ancien consultant américain Edward Snowden, actuellement en fuite.

Dans l'un d'eux, daté de septembre 2010, classé « strictement confidentiel », la NSA décrit comment elle espionnait la représentation diplomatique de l'Union européenne à Washington. Il s'agissait non seulement de micros installés dans le bâtiment, mais aussi d'une infiltration du réseau informatique qui lui permettait de lire les courriers électroniques et les documents internes.

Impact sérieux sur les relations UE-Washington?

Le président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz, a vivement réagi aux informations du Spiegel, samedi, estimant que s'il était confirmé que la NSA américaine avait bien espionné des bureaux de l'Union européenne, cela aurait un « impact sérieux » sur les relations entre l'UE et Washington.

« Au nom du Parlement européen, j'exige tous les éclaircissements et demande aux autorités américaines de fournir rapidement un complément d'information concernant ces accusations », a-t-il dit dans un communiqué.

D'après le Spiegel, l'agence de renseignement américaine surveillait aussi les systèmes de communication de l'immeuble Justus Lipsius, qui héberge le Conseil européen à Bruxelles et où les gouvernements de l'UE disposent de bureaux à partir desquels ils peuvent passer des appels sécurisés. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, a estimé que « si ces informations sont bel et bien authentiques, c'est écoeurant ».

« Les États-Unis feraient mieux de surveiller leurs propres services secrets que d'espionner leurs alliés. Nous devons avoir maintenant la garantie au plus haut niveau que cela cesse tout de suite », a ajouté le ministre.

L'informateur Edward Snowden se trouve depuis presque une semaine dans la zone de transit de l'aéroport de Moscou, en attendant la réponse de l'Équateur à sa demande s'asile politique.

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