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Festival de jazz 2013 : Charles Lloyd, le rêveur

30/06/2013 10:07 EDT | Actualisé 30/08/2013 05:12 EDT
Agence QMI

MONTRÉAL - Le saxophoniste et flûtiste Charles Lloyd en était à la dernière de ses trois représentations comprises dans la série Invitation du Festival international de jazz de Montréal, dimanche soir. Au Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts, le brillant musicien de 75 ans récipiendaire du Prix Miles-Davis 2013 se produisait cette fois-ci en compagnie de son comparse pianiste Jason Moran (ils ont travaillé ensemble sur son récent album) et du très reconnu guitariste Bill Frisell.

Mélange d’innocence, de sagesse, de sensibilité, d’expérience, de pureté, la proposition de Lloyd s’est avérée être l’une des belles rencontres du Festival pour le moment. Calme à souhait, mais loquace et drôle à l’occasion, Lloyd a proposé des arrangements très mélodiques, truffés de prouesses techniques toujours emplies de nuances. Rien ne déborde dans son travail. Tout est libre, ou presque, mais jamais extravagant.

C’est ainsi que Lloyd a présenté les morceaux de son dernier disque intitulé Hagar’s Song, construit de balades épurées et de jolies sonorités qui évoquent notamment la nostalgie lumineuse. Avec Charles Lloyd on voyage et visite le passé les deux pieds ancrés dans le présent.

« Nous sommes des rêveurs et nos rêves sont plus grands que nos souvenirs », racontera en début de concert le saxophoniste. « Nous jouerons les pièces de notre album, ainsi que quelques morceaux inspirés de nos petites vies antérieures. Tout ceci dans une approche assez spontanée. C’est ce que nous aimons. »

C’est dans cet esprit que l’excellent pianiste Jason Moran a offert chacune des compositions. Tantôt une balade touchante, tantôt des rythmes plus énergiques, mais toujours épurés. On pense à ces passages de jazz bluesy qui rappellent parfois les ambiances de saloon, voire de cabaret. Cela dit, dans un rendu sophistiqué et de très haut calibre.

On entendra aussi la flûte alto, la plupart du temps douce et souriante. Excepté peut-être le moment durant lequel Lloyd aura soufflé [en même temps qu’il jouera de son instrument] une sorte de plainte, un murmure, une inquiétude accentuée par les lignes légèrement aliénantes du piano.

Du côté de Frisell, du travail raffiné tout au long, des invitations contemplatives, des touches rafraichissantes, des étincelles de génie et surtout le plaisir d’accompagner deux musiciens au sommet de leur art.

Certains diront que l’univers de Lloyd est trop tranquille, un univers de salon. Peut-être. Mais de temps en temps pourquoi ne pas retrouver un peu de quiétude dans ce jazz de festival qui mise souvent sur la performance, l’éclat, l’esbroufe et les jeux de doigts de techniciens prodiges.

Pour se réjouir de la musique de Charles Lloyd, il fallait entendre par exemple ce morceau I Shall Be Released (Bob Dylan), dédié en fin de concert à son ami Levon Helm. Superbe.

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