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L'Égypte retient son souffle avant les manifestations de dimanche

29/06/2013 02:45 EDT | Actualisé 28/08/2013 05:12 EDT

Après la mort de trois personnes vendredi, dont un étudiant américain à Alexandrie, l'Égypte a retrouvé le calme samedi, mais la tension est à son comble à la veille de manifestations de l'opposition, qui réclame la démission du président Mohamed Morsi, et des partisans du chef de l'État qui défendent la légitimité de son élection il y a juste un an.

L'armée s'est déployée massivement dans les rues des grandes villes et a prévenu qu'elle ne resterait pas les bras croisés si la confrontation entre libéraux et islamistes devait dégénérer. Dimanche en fin d'après-midi, plusieurs défilés doivent converger vers le palais présidentiel dans le quartier d'Héliopolis, en périphérie du Caire. Des manifestations sont également attendues en province.

Vendredi, plusieurs permanences des Frères musulmans, le mouvement dont est issu Mohamed Morsi, ont été attaquées à travers le pays. À Alexandrie, les affrontements ont fait deux morts, dont un étudiant américain, poignardé alors qu'il filmait la manifestation, selon des témoins. Un troisième homme est mort et quinze autres personnes ont été blessées par l'explosion d'une grenade artisanale au cours d'une manifestation à Port-Saïd, à l'entrée du canal de Suez, ont indiqué samedi des sources sécuritaires.

L'ambassade des États-Unis au Caire a annoncé l'évacuation de son personnel non essentiel ainsi que celle des membres des familles des diplomates. Elle a renouvelé son appel aux Américains à ne pas se rendre en Égypte sauf en cas de nécessité. À Pretoria, en Afrique du Sud, le président Barack Obama a appelé au dialogue entre les adversaires et les partisans du chef de l'État égyptien pour éviter que la situation ne s'envenime encore. « À l'évidence, nous suivons la situation avec inquiétude », a déclaré le président Obama au cours d'une conférence de presse avec son homologue sud-africain.

Situation économique désastreuse

Au Caire, plusieurs centaines de partisans des deux parties ont établi des campements à différents endroits de la capitale. Les islamistes sont rassemblés devant une mosquée du quartier périphérique de Nasr City, leur point de ralliement ces dernières semaines, tandis que les libéraux ont repris le chemin de la place Tahrir, lieu emblématique du soulèvement contre Hosni Moubarak en janvier 2011.

Les opposants espèrent rassembler des millions de personnes dimanche pour demander la démission du président Morsi. Ils dénoncent la dérive autoritaire du chef de l'État, la volonté qu'ils prêtent aux Frères musulmans d'accaparer tous les pouvoirs et la trahison par ces derniers des idéaux de la « révolution du Nil », en particulier la justice sociale. Le chef de l'État leur a proposé mercredi soir, dans un discours télévisé, de réviser la Constitution et de promouvoir la réconciliation nationale, mais ces propositions ont été jugées trop vagues par ses adversaires.

Un mouvement anti-Morsi, Tamarrod (rébellion en arabe NDLR), à l'origine des appels à manifester dimanche, a revendiqué quelque 22 millions de signatures pour un appel à une présidentielle anticipée, soit plus que le nombre d'électeurs de M. Morsi en 2012 (13,23 millions). Le camp présidentiel met néanmoins en avant que cette pétition n'a pas de valeur constitutionnelle et ne peut remplacer une élection.

Accablés par les coupures d'électricité et les pénuries d'essence et d'eau de plus en plus régulières, par la hausse du chômage et du coût de la vie, de nombreux Égyptiens ont exprimé leur intention de manifester dimanche. « Les islamistes sont au pouvoir depuis un an et ils ont démontré qu'ils étaient incapables de diriger le pays », qui va de crise en crise et s'enfonce dans les difficultés économiques, lance un manifestant, Adel al-Amir, sur la place Tahrir.

Des milliers d'islamistes étaient toujours présents devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, à Nasr City, un faubourg du Caire, au lendemain d'un rassemblement de masse pour soutenir le président. « Ce n'est pas simplement pour la personne de M. Morsi. C'est une question de défense de la légitimité » d'un président élu démocratiquement, souligne l'un de ses partisans, Kamal Ahmed Kamel.

La détermination des manifestants de chaque camp fait craindre une confrontation violente avec les islamistes, qui ont promis de défendre le premier président démocratiquement élu d'Égypte contre ce qu'ils présentent comme un coup de force manipulé en sous-main par les « felouls », un terme péjoratif désignant les partisans du régime Moubarak. La crainte d'une aggravation de la crise provoque en outre depuis plusieurs jours une ruée des automobilistes sur les stations-service, et pousse de nombreux Égyptiens à faire des provisions.

Crainte d'une « guerre civile »

La tension est telle que les dignitaires d'Al-Azhar, la grande institution sunnite du Caire et la principale autorité de l'islam dans le pays, ont évoqué vendredi un risque de « guerre civile ». « La vigilance est de mise si l'on veut éviter de basculer dans une guerre civile », a prévenu Al-Azhar. Dans un communiqué globalement favorable au président Morsi, elle accuse les responsables politiques libéraux, dont l'ancien diplomate et ex-directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohamed ElBaradei, d'inciter personnellement à la violence.

L'institution impute à des « bandes criminelles » faisant le siège de mosquées les violences qui se sont soldées, selon les Frères musulmans, par la mort d'une demi-douzaine de leurs partisans en une semaine.

Au Caire, où des dizaines de milliers de personnes ont participé vendredi à des rassemblements rivaux, aucun incident majeur n'a cependant été signalé. Il n'en a pas été de même à Alexandrie, où plusieurs milliers de manifestants anti-Morsi ont défilé vendredi sur le front de mer. Plusieurs centaines de jeunes ont ensuite attaqué une permanence des Frères musulmans qu'ils ont mise à sac et incendiée.

Dans la confusion, deux personnes ont été tuées, un Égyptien abattu par balle et un étudiant américain de 21 ans, Andrew Pochter, originaire de l'Ohio. Selon un message apparemment laissé par sa famille sur Facebook, le jeune homme s'était rendu en Égypte pour donner des cours particuliers d'anglais à deux enfants âgés de 7 à 8 ans, et pour perfectionner son arabe.

« Il avait pour projet de vivre et de travailler [en Égypte] pour oeuvrer pour la paix et la compréhension mutuelle », dit le message. « D'après ce que nous comprenons, il assistait à la manifestation en tant que spectateur et a été poignardé par un manifestant. » Des dizaines de personnes ont par ailleurs été blessées par des tirs de grenaille.

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