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Construction : les négociations sont rompues, une loi spéciale semble inévitable

29/06/2013 10:10 EDT | Actualisé 29/08/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - Quelques heures après que la première ministre Pauline Marois eut convoqué les députés à l'Assemblée nationale pour le dépôt, dimanche, d'une loi spéciale qui mettrait fin au conflit dans la construction, les négociations ont été rompues entre l'Association de la construction du Québec (ACQ) et l'Alliance syndicale, en fin d'après-midi samedi.

Lors d'un bref entretien avec La Presse Canadienne en début de soirée samedi, Éric Côté, porte-parole de l'ACQ, a précisé que c'est le médiateur spécial du gouvernement, Normand Gauthier, qui avait décidé de mettre un terme aux négociations.

Pendant que M. Côté refusait de commenter l'allure des discussions tenues samedi, se contentant de dire «qu'il n'y avait pas d'entente possible et que l'ACQ était extrêmement déçue», l'Alliance syndicale a publié un communiqué dans lequel elle dit avoir tout fait pour conclure une entente négociée, mais que l'ACQ avait présenté des demandes intransigeantes envers les travailleurs de la construction.

«Lorsque nous sommes arrivés à notre bureau ce matin, la partie patronale nous a appelés pour nous dire qu'elle avait une offre à nous faire. Mais cette offre était pire que celle que nous avions eue la dernière fois», a raconté Yves Ouellet, porte-parole de l'Alliance syndicale.

Malgré cela, selon M. Ouellet, l'Alliance a décidé de présenter une nouvelle offre à l'ACQ.

«Nous avons encore abaissé nos demandes salariales, mais ça nous a confirmé que l'ACQ voulait une loi spéciale. Ils ont dit non du revers de la main.»

Si une loi spéciale est adoptée, celle-ci forcerait le retour au travail des quelque 77 000 travailleurs du secteur industriel, commercial et institutionnel en grève depuis le 17 juin.

Dans l'éventualité de l'adoption d'une loi spéciale, M. Ouellet dit craindre une détérioration du climat des relations de travail.

«Ce n'est jamais bon, une loi spéciale. C'est un retour forcé des travailleurs, et côté relations de travail, ce n'est jamais souhaité. Quand tu forces le monde à rentrer au travail, il y a de l'amertume. Et les coûts sont bien plus importants après qu'avant, pendant une grève», a déclaré le porte-parole de l'Alliance.

Sans savoir ce que contiendra la loi spéciale, si elle devait être adoptée, M. Ouellet espère qu'elle ne viendra pas retrancher des conditions déjà acquises par les travailleurs.

«Je ne peux pas me prononcer car la loi va être déposée seulement demain (dimanche). À partir de là, ce sont les députés qui en disposent et j'espère qu'ils vont être extrêmement prudents.»

«Il ne faut pas qu'ils oublient qu'entre 75 000 et 80 000 travailleurs seront touchés par cette loi, qu'ils ont des familles, qu'ils ont des enfants, que ce sont des payeurs de taxes québécois qui font rouler l'économie. J'espère que les députés auront ça dans leur tête lorsqu'ils voteront», a enchaîné M. Ouellet.

Retour dès mardi

Mme Marois a écrit au président de l'Assemblée nationale pour que l'Assemblée nationale siège dimanche matin. La première ministre a confirmé la nouvelle alors qu'elle terminait un voyage officiel au Mexique.

«Je leur avais donné jusqu'à la fin de semaine pour arriver à une entente, nous constatons actuellement une impasse, j'ai donc demandé au président de l'Assemblée nationale de convoquer pour demain (dimanche) matin, 9 h 45, l'ensemble des membres de l'Assemblée nationale pour que nous procédions à l'adoption d'une loi spéciale.»

En point de presse à Québec, la ministre du Travail Agnès Maltais a indiqué qu'elle visait un retour au travail dès mardi prochain dans le secteur industriel, commercial et institutionnel.

La ministre Maltais a affirmé avoir rencontré les dirigeants des parties patronale et syndicale pour leur parler de la loi spéciale.

«Je leur ai présenté les balises qui ont guidé et guident le gouvernement dans ses travaux de préparation de la loi spéciale. Tous deux se sont montré satisfaits, voire soulagés, de ce que je leur ai expliqué.»

Tout comme Pauline Marois, elle a par ailleurs mentionné qu'avant l'adoption de cette loi spéciale, les partis pouvaient quand même conclure une entente négociée.

«Il reste encore plusieurs heures avant le dépôt de la loi spéciale. Je rappelle l'appel de la première ministre qui dit qu'une entente convenue entre les partis est toujours préférable à une entente imposée, alors je leur lance ce message: le médiateur est toujours en fonction.»

Maintes fois questionnée sur le délai avant d'en arriver à une loi spéciale, la ministre Maltais a rappelé que des ententes avaient été conclues dans les autres secteurs et a maintenu qu'il fallait laisser les parties négocier avant d'en arriver à ce scénario.

Pour sa part, le porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) dans ce dossier, Christian Dubé, estime que ce projet de loi, bien qu'il doive permettre un retour au travail dès mardi, arrive deux semaines trop tard.

«Ça fait deux semaines que les grands chantiers sont en interruption. Les coûts, les pénalités pour le gouvernement, je ne reviendrai pas là-dedans, mais tout ça aurait pu être évité, alors la première grande mauvaise nouvelle, c'est ça. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut trouver une solution à ça dans les prochains jours, mais j'ai hâte de voir... on va y mettre tout notre coeur.»

Le député de Lévis dénonce également que la ministre Maltais ait refusé de lui envoyer les grandes lignes de la loi spéciale.

«Je lui ai demandé de nous communiquer ses grandes lignes-là, ce qu'elle n'a pas voulu faire. Je trouve ça très malheureux, donc j'ai encore un doute qu'on va être capable d'avoir un projet de loi qui va faire consensus.»

Le porte-parole du Parti libéral, Guy Ouellette, déplore ne pas avoir reçu les grandes lignes de cette loi spéciale et dit que son parti n'entend pas l'accepter «à n'importe quel prix».

«On veut que tous les employés retournent travailler, mais on veut que la loi ou les dispositions de la loi tiennent compte de la capacité de payer des citoyens du Québec et on ne veut surtout pas qu'il y ait un recul sur tout ce qui a été fait dans la construction dans les dernières années.»

Les deux autres secteurs de l'industrie ont conclu une entente de principe en début de semaine. Dans le cas du génie civil et de la voirie, l'accord est survenu lundi et le retour au travail s'est amorcé mardi. Du côté résidentiel, patronat et syndicat se sont entendus mardi et les travailleurs devaient revenir sur les chantiers mercredi.

Les négociations concernent le renouvellement de la convention collective pour 2013-2017.

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