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Les Chinois ne s'entendent pas sur la définition de la prostitution

28/06/2013 09:09 EDT | Actualisé 28/08/2013 05:12 EDT

PÉKIN, Chine - Les forces de l'ordre chinoises discutent de manière étonnamment ouverte d'un sujet très délicat: est-ce que des services sexuels offerts dans les salons de massage et appelés «fin heureuse» constituent des crimes, même s'ils n'impliquent aucune relation sexuelle complète?

La prostitution est officiellement interdite en Chine, mais les paramètres exacts de la chose sont débattus de manière très candide par les tribunaux, la police et les médias officiels — même le très sérieux quotidien officiel du Parti communiste s'est mis de la partie.

«Différents endroits ont différentes normes pour déterminer si les services de masturbation représentent un crime; interprétation judiciaire requise de manière urgente», titrait récemment le Quotidien du peuple, une publication qui sermonne habituellement les membres du parti au sujet de la discipline ou de questions idéologiques obscures.

Le débat concerne les services sexuels offerts par les employé(e)s de salons de massage ou de salons de coiffure malfamés. Ces services sont annoncés aux clients par le biais de phrases colorées comme «randonnée en avion» ou «massage des seins».

Même s'ils sont courants à Pékin et dans d'autres villes chinoises, ces services se retrouvent au coeur du débat national seulement depuis une semaine, dans la foulée d'événements survenus dans la province méridionale du Guangdong.

Les policiers de la ville de Foshan ont arrêté les employés d'un salon de coiffure qui offraient des services sexuels, mais les accusations de prostitution portées contre eux ont été rejetées par un tribunal de la ville.

Les tribunaux, la police, les procureurs, les avocats et les chercheurs discutent maintenant ouvertement de toutes ces activités sexuelles qui n'impliquent pas les parties génitales, des sujets habituellement tabous qui fascinent le public.

La question est de savoir si de tels services constituent de la prostitution même s'il n'y a pas de relation sexuelle complète.

Techniquement, non — du moins, s'il faut en croire le plus haut tribunal de la province de Guangdong, qui affirme que de tels services se trouvent à l'extérieur de la définition traditionnelle de la prostitution.

Sur son microblogue officiel, le tribunal demande aux législateurs de faire la lumière sur la question, affirmant que même si aucune loi ne les interdits, de tels services «endommagent de manière importante la paix sociale».

Le plus haut tribunal de la province orientale du Zhejiang estime lui aussi qu'il n'y a pas de prostitution sans relation sexuelle complète, mais les policiers de la ville de Pékin, de Guiyang plus au sud et d'ailleurs ne sont pas d'accord. Cette mésentente est très inhabituelle dans une société où les policiers, les procureurs et les tribunaux ne parlent souvent que d'une seule voix.

Le débat illustre aussi la nouvelle ouverture des Chinois urbains face à la sexualité, alors que la prospérité est en pleine croissance et que le contrôle gouvernemental sur les libertés personnelles s'allège. Les attitudes demeurent toutefois plus conventionnelles dans les campagnes.

La sexologue Li Yinhe a expliqué que le débat démontre aussi tout le chemin parcouru par le pays depuis 20 ans, une époque où les démonstrations publiques d'affection — et même le simple fait de danser avec un membre du sexe opposé — étaient passibles de sanctions.

«Toute l'ambiance sociale a changé. Même dans les années 1980, la répression demeurait très sévère, a dit Mme Li. Dans le passé, la prostitution organisée était passible de la peine de mort.»

Elle a accueilli avec une fausse indignation le verdict inattendu rendu par le tribunal: «C'est tout simplement trop subversif».

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