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Le maire par intérim de Laval, Alexandre Duplessis, démissionne

28/06/2013 08:50 EDT | Actualisé 28/08/2013 05:12 EDT

LAVAL, - Après avoir martelé, vendredi matin, qu'il ne démissionnerait pas et nié avoir reçu des services sexuels de la part de prostituées, le maire par intérim de Laval, Alexandre Duplessis, a finalement annoncé sa démission, quelques heures plus tard.

C'est la Ville de Laval qui a diffusé un communiqué de presse, en après-midi vendredi, pour indiquer que le maire par intérim avait remis une lettre de démission au greffier de la municipalité. La Ville a précisé que sa démission s'applique sur-le-champ.

La Ville de Laval est déjà placée sous tutelle depuis le 3 juin dernier. Le gouvernement du Québec a en effet nommé un ancien haut fonctionnaire chevronné, Florent Gagné, pour veiller à la saine administration de la troisième ville du Québec jusqu'à l'élection du 3 novembre.

Dans un très bref point de presse, vendredi à 8h30 à l'hôtel de ville de Laval, le maire Duplessis avait répété n'avoir jamais «reçu» de services sexuels de la part de prostituées.

Mais devant les questions répétées des journalistes quant à la sollicitation de tels services, il avait fini par laisser tomber qu'il n'avait pas sollicité de services sexuels, avant de se reprendre dans la même phrase pour dire qu'il n'en avait pas reçus. «Je n'ai jamais sollicité, je n'ai jamais rien reçu, rien à caractère sexuel», avait-il dit.

Les journalistes avaient tenté en vain d'obtenir des précisions sur les circonstances de l'événement; M. Duplessis avait répété la même phrase, à savoir qu'il n'avait jamais «reçu» de services sexuels, peu importe la question qui était lancée.

Selon ce qui a filtré jusqu'ici mais qui n'a pas été confirmé de source policière, une prostituée et sa conductrice se seraient rendues au chalet du maire dans les Laurentides à la mi-juin. L'une d'entre elles aurait reconnu le maire, qui les aurait finalement renvoyées sans aller plus loin.

Selon la plainte d'extorsion de M. Duplessis à la Sûreté du Québec, elles auraient redemandé de l'argent en le menaçant de dévoiler publiquement l'affaire.

Devant les caméras vendredi matin, M. Duplessis avait réitéré que c'est lui qui avait porté plainte à la police pour extorsion. «J'ai reçu des menaces d'extorsion; je ne démissionnerai pas sur des menaces d'extorsion», avait-il martelé. Après cette déclaration toutefois, M. Duplessis devait notamment rencontrer les autres conseillers municipaux à Laval, et il semble que la pression soit devenue trop forte et l'ait fait changer d'idée.

Il s'était posé en victime, affirmant que depuis les nombreux scandales qui ont ébranlé la ville de Laval, notamment à la Commission Charbonneau, les élus étaient soumis aux invectives, aux insultes de certains citoyens.

«J'ai reçu dans les dernières semaines, les derniers mois, des messages haineux, des messages insidieux, certaines menaces. Une infirme partie des messages que j'ai reçus avaient ce caractère-là. Je ne suis pas le seul à en avoir reçus, d'autres élus ont aussi eu ce type de messages-là de la population», avait-il raconté.

«Dernièrement, il y a quelques semaines, j'ai eu un message un peu plus important, un peu plus insidieux, à répétition, qui me visait personnellement sur des allégations. J'ai immédiatement contacté les services policiers», avait-il rapporté.

Il était passé rapidement sur la suite des événements, ne confirmant ni n'infirmant rien, se bornant à ajouter «donc, il y a eu enquête et il y a eu arrestation(s)».

Le maire était très nerveux, ses mains tremblaient sur le lutrin. Il n'a répondu qu'à quelques questions avant de s'esquiver.

La Ville de Laval a déjà été mise en tutelle par le gouvernement du Québec et les fonctions que le maire Duplessis ou son éventuel successeur peut encore exercer sont très limitées.

M. Duplessis a aussi été montré du doigt devant la Commission Charbonneau par l'ancien représentant officiel du parti PRO des Lavallois, Jean Bertrand, pour avoir servi de prête-nom pour le financement de son parti. Il versait une contribution financière à son parti par chèque, qui lui était ensuite remboursée en argent comptant, avait affirmé Me Bertrand devant la commission.

La Ville de Laval a fait savoir vendredi après-midi que les membres actuels du conseil municipal seront appelés à élire un nouveau maire par intérim pour tenir le fort jusqu'aux élections du 3 novembre prochain. Le greffier élaborera le calendrier des élections dès la semaine prochaine.

Fait à noter, Me Bertrand avait soutenu que la presque totalité des conseillers municipaux de Laval, à l'exception de trois, avaient eu recours au stratagème des prête-noms pour financer leur parti PRO des Lavallois.

La première ministre Pauline Marois, qui se trouve à Mexico pour une mission commerciale, a qualifié la démission du maire par intérim de Laval d'«événement fortuit qu'on n'attendait pas».

«Mais à partir de là, il y aura quelqu'un de nommé. N'oubliez pas que les élections auront lieu le premier dimanche de novembre», a dit Mme Marois.

«J'ai été en contact avec le ministre des Affaires municipales (Sylvain Gaudreault) et c'est le même processus qui va s'appliquer à Laval qui s'est appliqué jusqu'à maintenant pour Montréal et pour Laval. Les conseillers municipaux ont actuellement 30 jours pour prendre une décision quant à la nomination de quelqu'un qui va prendre la relève.»

Le vice-président du comité exécutif de Laval, Basile Angelopoulos, s'est montré confiant que le prochain maire par intérim puisse être désigné «avant la fin de la semaine prochaine».

«Le processus va prendre quelques jours et va être terminé avant vendredi prochain. Ça va dépendre s'il va y avoir plus qu'un candidat ou candidate. Si oui, il va y avoir une élection, si non il y aura une acclamation», a-t-il précisé en fin d'après-midi vendredi, au terme d'un «caucus» des conseillers municipaux.

«Je suis confiant qu'il va y avoir un candidat ou une candidate. Je peux vous dire que ce ne sera pas moi», a-t-il ajouté.

L'opposition à Laval a exprimé sa satisfaction de voir le maire par intérim démissionner finalement, lui qui a succédé au maire Gilles Vaillancourt qui avait également démissionné. Ce dernier fait face à des accusations de gangstérisme et fraude, notamment.

«C'est une décision vraiment logique et responsable. Il n'avait plus le choix. Il a perdu la confiance de son caucus et des Lavallois», a opiné David De Cotis, du Mouvement lavallois, en entrevue.

M. De Cotis trouve «vraiment inutile» d'élire un autre maire par intérim parmi les conseillers actuels, à quelques mois des élections. «Laval est sous tutelle. Il y a des personnes compétentes qui gèrent la ville de Laval, alors on n'a pas besoin d'un autre maire élu pour lui donner une autre prime de départ au mois de novembre», a commenté M. De Cotis.

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