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Égypte : d'influents religieux évoquent le spectre de la guerre civile

28/06/2013 01:08 EDT | Actualisé 27/08/2013 05:12 EDT

Les religieux d'Al-Azhar ont évoqué vendredi le risque de « guerre civile » en Égypte, où partisans et opposants de Mohamed Morsi se sont affrontés, à Alexandrie, avant la grande manifestation prévue dimanche contre le président islamiste.

Un membre des Frères musulmans, dont est issu le chef de l'État, a été tué dans la nuit par balle dans le delta du Nil. À Alexandrie, des dizaines de personnes ont été blessées lors de heurts entre un défilé d'opposants et des islamistes.

« La vigilance est de mise si l'on veut éviter de basculer dans une guerre civile », a prévenu la grande institution sunnite du Caire. Dans un communiqué, globalement favorable à Mohamed Morsi, elle impute à des « bandes criminelles » faisant le siège de mosquées les violences qui se sont soldées, selon la confrérie, par la mort de cinq de ses partisans en une semaine.

La vitrine politique des Frères a, de son côté, lancé une mise en garde, évoquant « de graves conséquences susceptibles de plonger le pays dans une spirale de violence et d'anarchie ».

Elle dit tenir les dirigeants libéraux, dont Mohamed ElBaradeï, pour personnellement responsables d'incitation à la violence pour avoir recruté des « voyous » jadis à la solde de Hosni Moubarak.

Rassemblement place Tahrir

À Alexandrie, 36 personnes au moins ont été blessées, selon une source au ministère de la Santé, dont un grand nombre par du plomb de chasse, lors d'échauffourées impliquant des centaines de personnes devant une permanence locale de la confrérie.

Un journaliste de Reuters a vu une dizaine d'hommes s'échapper d'un défilé anti-Morsi sur la corniche pour lancer des pierres sur les vigiles qui gardaient le bâtiment.

Les opposants libéraux, laïques et de gauche avaient appelé leurs compatriotes à se rassembler vendredi sur la place Tahrir, haut lieu de la « révolution du Nil » de 2011 dans le centre du Caire, ainsi que dans d'autres villes, avant les grandes manifestations prévues dimanche, un an jour pour jour après la prestation de serment du président islamiste.

Quelques milliers de personnes ont déambulé aux abords de Tahrir. Certains dans la foule brandissaient des cartons rouges proclamant « Dehors! » à l'adresse de Mohamed Morsi.

Des milliers d'islamistes se sont rassemblés de leur côté près d'une mosquée de la capitale à la sortie de la grande prière hebdomadaire, en signe de soutien au président Morsi.

Quel degré de mobilisation ?

Ses adversaires espèrent réunir des millions d'Égyptiens lors de la grande manifestation de dimanche pour exiger de nouvelles élections, un an après sa prise de fonctions à l'issue du premier scrutin libre de l'histoire du pays.

Les Frères affirment qu'un des leurs a été tué par balle jeudi soir dans l'attaque d'une permanence du mouvement islamiste à Zagazig, dans le delta du Nil. Au total, cinq personnes sont mortes dans les violences politiques au cours de la semaine écoulée, et des dizaines d'autres ont été blessées.

Les Frères musulmans disent que toutes les personnes tuées étaient des partisans de Mohamed Morsi, ce qui n'a pu être vérifié de source indépendante.

L'armée, en alerte sur les sites stratégiques, a prévenu les deux camps qu'elle interviendrait si la situation devenait chaotique. L'institution cairote, qui garde traditionnellement ses distances avec la classe politique, exhorte en outre l'opposition à accepter l'offre de dialogue de Mohamed Morsi plutôt que de persister à vouloir manifester dimanche.

Le chef de l'État a proposé mercredi soir, dans un discours télévisé, de réviser la Constitution et de promouvoir la réconciliation nationale, des propositions jugées trop vagues par ses adversaires.

Il est difficile d'anticiper le degré de mobilisation de l'opposition, qui affirme avoir réuni 15 millions de signatures dans une pétition réclamant le départ de Morsi.

Plusieurs mouvements de protestation depuis la chute de Moubarak n'ont pas toujours réussi à atteindre leurs objectifs, mais le mécontentement de la population s'alimente d'une dégradation des conditions économiques.

Reuters

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