Dessau et le génie-conseil: il n'y aura pas d'amnistie, prévient Lisée

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MONTRÉAL - Le gouvernement du Québec n'a pas l'intention de passer l'éponge sur les fautes commises par les firmes de génie-conseil même si des employés sont mis à pied, victimes collatérales des mesures correctrices qui ont été adoptées pour lutter contre la collusion et la corruption.

Le ministre Jean-François Lisée, responsable de la métropole, a prévenu jeudi qu'il n'était pas question d'amnistie pour les firmes fautives, bien qu'il trouve regrettable que des employés innocents soient touchés par des mises à pied.

«Il n'y aura pas d'amnistie; il n'y aura pas de 'passer l'éponge'. Il va falloir faire des changements. Alors, certaines entreprises vont réussir à se réformer et à survivre et à démontrer à l'AMF qu'elles se sont transformées. Certaines entreprises vont mourir et être remplacées par de jeunes entreprises plus saines», a résumé le ministre Lisée.

Il réagissait ainsi à une lettre ouverte rédigée par Frédéric Sauriol, vice-président institutionnel chez Dessau et cousin des ex-dirigeants Rosaire et Jean-Pierre Sauriol. Dans cette lettre, le vice-président de la firme de génie s'insurge contre le fait que des employés innocents soient mis à pied, parce que Dessau ne pourra pas obtenir de nouveaux contrats gouvernementaux à cause des gestes posés par leurs anciens dirigeants.

Pour pouvoir continuer à soumissionner des contrats gouvernementaux, les entreprises doivent en effet obtenir un certificat de bonne conduite délivré par l'Autorité des marchés financiers (AMF).

Or, certains dirigeants d'entreprises ont affirmé devant la Commission Charbonneau avoir eu recours à de la fausse facturation, avoir participé à un stratagème de collusion pour se partager les contrats, faisant ainsi gonfler les prix, ou avoir eu recours à des prête-noms pour financer des partis politiques et rembourser ces personnes à même leur compte de dépenses.

Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor et ministre responsable de l'Administration gouvernementale, a fait valoir jeudi un autre aspect du dilemme. «Je pense beaucoup aux entreprises qui se sont conformées à la loi et qui ont souvent perdu des contrats» à cause de la collusion et du partage des contrats entre un petit groupe select, a-t-il souligné.

C'est «l'ensemble de la population qui a été victime de la collusion», a rappelé le ministre Bédard. Et cette collusion a entraîné «un coût réel pour la société».

Le ministre Bédard a d'ailleurs rappelé que M. Sauriol ne parle pas au nom de Dessau mais en son nom personnel.

Et son ministère continue de discuter avec Dessau, a-t-il souligné. «Ils vont nous informer des efforts qu'ils vont continuer à faire. C'est ce que j'entends de Dessau», a-t-il résumé. L'entreprise doit collaborer avec le gouvernement, et elle pourra de nouveau tenter d'obtenir une habilitation «en autant que vous vous conformiez aux attentes en matière de probité», rappelle le ministre.

Dessau, souligne-t-il, «a compris qu'on ne peut pas contourner la loi».

Récupérer les sommes volées

Par ailleurs, le ministre Lisée a réitéré la volonté du gouvernement du Québec de tout faire pour obtenir un remboursement de la part des firmes fautives, qui ont par leurs gestes fait gonfler les prix, notamment.

«La volonté de Montréal et du gouvernement du Québec de monter des dossiers pour pouvoir récupérer un maximum des sommes qui ont été volées est sans faille; elle est sans faille. Mais il faut que les dossiers soient bien montés. Il ne faut pas arriver en cour avec des dossiers approximatifs où les fraudeurs vont réussir à s'en sortir. Notre procédure, là-dedans, elle prend le temps qu'elle prend parce qu'on veut des résultats», a martelé le ministre Lisée.

C'est dans cette optique qu'il maintient la ligne dure face à ceux qui ont profité du système. «Il n'est pas vrai que des gens vont s'en tirer. Les gens ne vont pas s'en tirer; ils vont avoir l'UPAC (Unité permanente anticorruption) à leur porte, ils vont avoir la Commission Charbonneau à leur porte. Ils vont voir les procureurs de la Ville de Montréal et du gouvernement du Québec leur demander de rembourser», a prévenu le ministre.

De son côté, la Coalition avenir Québec a tenté de prêcher à la fois pour le maintien de la ligne dure face aux compagnies fautives, et la compréhension face à celles-ci.

Le porte-parole de la CAQ pour ces dossiers, Christian Dubé, a invité à «faire la différence entre la théorie et la pratique», soulignant qu'il faut exiger d'être remboursé par les firmes fautives, mais ne pas risquer de les mettre en faillite en ne leur accordant plus de nouveaux mandats. Sinon, «ils vont tomber en faillite et ne pourront plus jamais payer», a-t-il affirmé.

La gouvernance de Montréal

Par ailleurs, le ministre Lisée et le nouveau maire par intérim de Montréal, Laurent Blanchard, ont semblé bien s'entendre sur le contexte de transition tranquille souhaité pour Montréal d'ici les élections du 3 novembre.

Le ministre responsable de la métropole ne croit pas qu'il soit opportun d'amorcer dès maintenant de grands bouleversements à Montréal. «Je pense qu'on est dans une étape où les Montréalais se posent des questions sur l'efficacité de leur gouvernance. Ce n'est pas au gouvernement du Québec à imposer ses vues. C'est un vrai débat. On est tous d'accord sur le fait que des améliorations sont à venir», a-t-il conclu.

Le nouveau maire par intérim a tenu à se faire rassurant. «Le ministre voulait nous signifier l'appui du gouvernement du Québec envers Montréal, envers la gouvernance de coalition, envers le fait qu'en dépit des récentes turbulences, Montréal fonctionne, les services sont donnés», a résumé M. Blanchard.

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