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Le peuple de Mandela défile la tristesse au coeur devant l'hôpital

26/06/2013 06:59 EDT | Actualisé 26/08/2013 05:12 EDT
Getty
A security guard walks past signs wishing well (R) and quoting (L) former South African president Nelson Mandela on June 25, 2013 outside of the Mediclinic heart hospital in Pretoria where Mandela is receiving treatment. Mandela's close family gathered today at his rural homestead to discuss the failing health of the South African anti-apartheid icon who was fighting for his life in hospital. Messages of support poured in from around the world for the Nobel Peace Prize winner, who spent 27 years behind bars for his struggle under white minority rule and went on to become South Africa's first black president. AFP PHOTO / ALEXANDER JOE (Photo credit should read ALEXANDER JOE/AFP/Getty Images)

Devant la clinique de Pretoria où les heures de l'ancien président sud-africain Nelson Mandela semblent désormais comptées, le ballet des visiteurs anonymes a repris mercredi "la tristesse au coeur".

"C'est triste mais il n'y a rien que l'on puisse faire, à part souhaiter qu'il puisse être en paix", confie les yeux déjà brillants de larmes Franz, un père de famille venu en voisin avec son fils.

Comme lui, beaucoup ne font que passer, improvisent un détour, mus par le désir soudain de communier avec les autres en se plongeant dans la lecture des petits mots accrochés à la grille de l'entrée principale de l'hôpital.

Des fleurs, des ballons, des drapeaux, un nounours, des photos, dont celle en noir et blanc d'un Mandela dans la fleur de l'âge rappelant ce jeune avocat d'une quarantaine d'années qu'il fut, militant d'une nouvelle Afrique du Sud à laquelle bien peu croyaient, avant d'en devenir en 1994 le premier président élu démocratiquement.

Dans le flot des petits mots, déposés au fil des jours pour souhaiter "une guérison rapide", dire "Ciao Nelson et merci" ou "chère icône de l'Afrique", une maxime du héros de la lutte anti-apartheid se détache en majuscules: "Toute chose semble impossible seulement jusqu'au moment où elle se réalise".

"Je passais par là, et je me suis dit: +allons lire les petits mots+", murmure Annerine, 62 ans, qui se souvient de cette amie grecque qui quitta le pays avant 1994 par peur du bain de sang que tout le monde prédisait.

"Mais quand il a pris le pouvoir, nous avons juste connu la paix", dit-elle. "Je suis triste, c'était un grand leader pour notre pays", ajoute cette dame, issue de la communauté afrikaner blanche que Nelson Mandela a combattu avant de lui tendre la main.

"On se sent très tristes, c'est notre père. On ne veut pas qu'il souffre comme ça", ajoute Puluso, un étudiant de 19 ans qui se rêve avocat et dont la mère est femme de ménage.

"Elle aurait voulu être infirmière mais aujourd'hui encore elle nettoie les vêtements des autres. Sous l'apartheid, les seuls métiers pour les Noirs c'était en cuisine ou au jardin. Passé 16h00, si on était en ville on risquait d'être arrêtés par la police ou tabassés", ajoute le jeune homme né avec la démocratie sud-africaine et à qui sa mère a raconté l'apartheid.

"We love u Tata"

En face de l'entrée, gardée par une poignée d'agents au visage détendu, il n'y a plus un mètre carré de trottoir libre là où les médias ont pris leurs quartiers, avec tables et chaises pliantes, dans un bourdonnement de générateurs alimentant les innombrables équipes de télévision du monde entier.

La rue a été rendue piétonne et la présence policière a été légèrement renforcée par rapport aux derniers jours.

Tout au plus, un barbier congolais ambulant renonce-t-il à installer son stand de coiffure minute par peur de l'amende ou d'une saisie de son maigre matériel. Dans le quartier, chacun vaque à ses occupations. Les chiffonniers font les poubelles et charrient sur leur dos leurs baluchons remplis de trouvailles.

Un petit groupe d'une classe maternelle des environs pourvoit à l'animation en posant pour les caméras, intimidés sous leur bonnets jaunes, avec dans leur main un poster sur lequel ils ont dessinés "We love u Tata" (On t'aime papa).

La police laisse qui veut prendre des photos souvenirs.

"La vie continue mais dans nos coeurs nous sommes assez tristes. On dit que dans son village, ils préparent la tombe, donc on a compris que c'était maintenant très très grave", dit Tshepo, un père de 38 ans venus avec ses deux garçons.

"On sait qu'il est vieux mais les Sud-Africains tiennent beaucoup à ce qu'il a apporté au pays. Le perdre maintenant ce sera très triste surtout dans la période politique actuelle", ajoute-t-il, en allusion aux dérives de l'ANC, le parti avec lequel Mandela a remporté la lutte contre l'apartheid.

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