Viagra pour femme: faut-il vraiment avoir peur du Lybrido?

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À l'origine, il y a un livre, écrit par le journaliste, contributeur au New York Times Daniel Bergner. Son titre: What Do Women Want? que l'on pourrait grossièrement traduire par "Que veulent les femmes?", avec l'idée sous-jacente que l'objet de ce désir n'est ni un nouveau sac à main, ni le prince charmant. Non, ce que veulent les femmes d'après Daniel Bergner, c'est du sexe.

Du cul du cul du cul. L'auteur s'en défend, ce n'est pas lui qui le dit, c'est la science. Et notamment l'éthologie, qui s'intéresse aux comportements des animaux. La preuve? Quand on caresse le clitoris de rates, tel que des scientifiques l'ont fait pour les besoins de la recherche, elles en redemandent. Quant aux guenons et aux abeilles, elles aussi aiment prendre leur pied.

En somme, les femelles animales sont bien plus adeptes du jouissez sans entraves que leurs comparses humaines. La vraie nature des femmes? Être des hommes comme les autres. Et si celles-ci n'expriment pas leur sexualité comme elles pourraient l'entendre, c'est en raison des étiquettes de genre, imposées par la culture, qui leur collent à la peau. Mais aussi d'une monogamie qui leur pèse, mais alors qui leur pèse...

"Bouleverser l'ordre de la société"

La preuve? Si, la publication des bonnes feuilles du livre de Daniel Bergner, le mois dernier, a fait autant de bruit, c'est aussi en raison d'un effet d'annonce. Le journaliste a suivi de près les tests cliniques du Lybrido, un médicament un peu particulier, qui devrait être commercialisé d'ici 2016. Sa finalité: réveiller le désir chez les femmes qui n'en auraient plus. Son surnom: le viagra pour femme. Son problème: il fonctionne trop bien.

Question de formule. Mis au point et testé par le laboratoire néerlandais Emotional Brain, le Lybrido combine deux principes actifs. D'une part du sildenafil, le composant du viagra qui agit sur l'arrivée de sang dans les organes génitaux mais aussi de la testostérone, qui agit sur les centres cérébraux du désir. Chacune de ces molécules a été testée séparément sans succès, mais prises ensemble c'est l'autoroute pour l'orgasme.

Les résultats des essais cliniques seraient même tellement concluants que des responsables de la la Food and Drugs Administration, l'équivalent américain de notre Agence du médicament (ANSM), se poseraient sérieusement la question de sa commercialisation. Leurs objections? Le Lybrido pourrait "bouleverser l'ordre de la société". Entre fantasme du lâcher de salope et crainte d'une cocufication massive de la gent masculine, les stéréotypes ont la vie dure.

Alors quelle est la part de fantasme, de clichés et de réalité dans cette affaire? À qui s'adressera le Lybrido? Et surtout, faut-il vraiment en avoir peur? Le HuffPost a posé la question a plusieurs personnalités, sexologues, philosophes, travailleuse du sexe, chroniqueuse... L'occasion de faire le point sur la sexualité féminine aujourd'hui, en attendant que le 22 juin prochain, le Viagra masculin soit désormais disponible... en générique.

Avec:

  • Sylvain Mimoun est gynécologue, andrologue et l'auteur de nombreux ouvrages dont La masturbation rend sourd, 300 idées reçues sur le sexe (First éd., avec Isabelle Yhuel)
  • Morgane Merteuil, travailleuse du sexe, présidente du STRASS (Syndicat du travail sexuel)
  • Norbert Campagna, philosophe, professeur-associé de philosophie à l’Université du Luxembourg et auteur de L'Éthique de la sexualité (La Musardine)
  • Elisa Brune, journaliste, auteur, elle a publié plusieurs ouvrages sur la sexualité féminine dont La révolution du plaisir féminin, Sexualité et orgasme, (Odile Jacob) et Alors heureuse... croient-ils!: la vie sexuelle des femmes normales (Le Rocher)
  • Gilbert Bou-Jaoué, andrologue, médecin sexologue, président de l'ADIRS (Association pour le développement de la recherche sur la sexualité)
Pour lire la première entrevue, cliquez sur suivant:
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